Quand l'agriculture biologique est aussi productive que l'agriculture traditionnelle

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	Lorsque les meilleures conditions sont réunies, « les rendements des cultures biologiques égalent presque — ils sont en moyenne à peine 5 % moindre — ceux des cultures usuelles ».</div>
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir
Lorsque les meilleures conditions sont réunies, « les rendements des cultures biologiques égalent presque — ils sont en moyenne à peine 5 % moindre — ceux des cultures usuelles ».

Alors que l'agriculture biologique a la réputation d'être moins productive que l'agriculture traditionnelle, une nouvelle étude publiée dans la revue Nature démontre qu'elle rivalise plutôt bien quand il s'agit de plantes vivaces et de légumineuses cultivées selon les règles de l'art et dans certaines conditions agroécologiques particulières.

L'agriculture doit aujourd'hui relever le double défi de nourrir une population croissante tout en minimisant son impact sur l'environnement, soulignent d'entrée de jeu les auteurs de l'article. L'agriculture biologique est souvent proposée comme la voie à adopter pour atteindre ces objectifs, mais plusieurs arguent que les récoltes de l'agriculture biologique sont nettement moindres et nécessitent de plus grandes surfaces pour produire la même quantité de nourriture que l'agriculture traditionnelle, ce qui résulterait en de plus vastes déforestations et de plus importantes pertes de biodiversité.

Des chercheurs des universités McGill et du Minnesota ont voulu examiner de plus près comment se comparent les rendements de ces deux modes d'agriculture. Pour ce faire, ils ont procédé à une méta-analyse de tous les articles scientifiques comparant les récoltes de l'agriculture biologique à celles de l'agriculture conventionnelle. Pour leur synthèse analytique, les chercheurs ont retenu 66 études ayant été effectuées sur 62 sites différents, et qui faisaient part de 316 comparaisons impliquant 34 espèces différentes.

La méta-analyse a ainsi révélé que le rendement des cultures biologiques variait substantiellement d'un type de culture à l'autre. Par exemple, les récoltes de fruits et d'oléagineux biologiques n'étaient pas statistiquement différentes de celles issues de cultures traditionnelles. Par contre, les cultures biologiques de céréales et de légumes produisaient des récoltes significativement moins abondantes (26 % de moins et 33 % de moins respectivement) que celles de l'agriculture courante. De façon générale, les chercheurs ont observé que les rendements de la culture biologique étaient meilleurs pour les vivaces et les légumineuses que pour les annuelles et les non-légumineuses, comparativement aux rendements de la culture usuelle. Pour expliquer cette différence, ils émettent l'hypothèse que « les légumineuses — telles que les fèves soya, les pois et les haricots — et les vivaces — qui sont typiquement des fruits, comme les pommes et les bleuets, et quelques cultures fourragères — sont davantage capables de puiser l'azote présent dans le sol. Dans les sols ayant été fertilisés biologiquement, les organismes du sol décomposent la matière organique et en libèrent de l'azote que les plantes peuvent utiliser. Mais comme la libération d'azote par ce processus est lente, elle ne convient pas bien aux plantes annuelles qui ont besoin de beaucoup d'azote durant une courte période de temps. Les vivaces dont la croissance s'étend sur plusieurs années sont quant à elles moins affectées par cette lente diffusion », explique la doctorante Verena Seufert du Département de géographie de l'Université McGill, qui figure comme premier auteur de l'article paru hier après-midi dans Nature.

Les chercheurs ont également relevé que les moissons étaient plus abondantes lorsque l'agriculture biologique était pratiquée sur des sols faiblement acides ou faiblement alcalins (pH compris entre 5,5 et 8). « Dans les sols fortement acides ou alcalins, le phosphore se présente sous une forme insoluble qui le rend moins facilement assimilable par les plantes », avancent les auteurs de l'article pour expliquer cette préférence pédologique.

L'analyse a aussi montré que les rendements de l'agriculture biologique pouvaient être accrus par de meilleures pratiques agricoles, comme le recours à des processus biologiques pour fournir aux plantes les nutriments dont elles ont besoin, et pour contrôler les mauvaises herbes et les insectes ravageurs. Comme pratiques bénéfiques, Mme Seufert cite la « diversification des cultures ainsi que l'incorporation de matière organique dans les sols, comme les résidus des récoltes passées ou du fumier d'animaux, qui non seulement fourniront de nouvelles sources d'azote et de phosphore, mais aussi amélioreront la structure du sol ».

Comme on s'y attendait, les chercheurs ont également confirmé que les rendements des cultures biologiques s'accroissaient sur les parcelles de terrain où on avait adopté le mode d'agriculture biologique depuis au moins deux ans.

Les cultures biologiques sont également apparues beaucoup plus performantes lorsque leur approvisionnement en eau provenait uniquement de la pluie (un rendement 17 % moindre que dans les cultures traditionnelles) plutôt que par irrigation (35 % moindre). « Les sols aménagés selon les critères de l'agriculture biologique produisaient des récoltes plus abondantes que les systèmes courants lors de grandes sécheresses et de pluies excessives », soulignent les scientifiques dans leur article. Selon Mme Seufert, les cultures biologiques supportent mieux des conditions climatiques variables que les cultures conventionnelles, « en raison de la structure des sols, qui contiennent davantage de matière organique et qui peuvent retenir davantage d'eau ».

Somme toute, lorsque les meilleures conditions étaient réunies, « les rendements des cultures biologiques égalaient presque — ils étaient en moyenne à peine 5 % moindre — ceux des cultures usuelles », précise Verena Seufert.

De concert avec les coauteurs de l'article, Mme Seufert affirme qu'« en respectant les conditions agroécologiques les plus favorables à l'agriculture biologique, et en trouvant des moyens de mieux approvisionner en azote et en phosphore les cultures biologiques qui pâtissent de ne pas recevoir un apport suffisant en ces nutriments, il devrait être possible d'annuler les différences de rendement entre l'agriculture biologique et l'agriculture traditionnelle. »

Pour terminer, la biologiste insiste sur l'importance de considérer non seulement les facteurs économiques, mais aussi environnementaux et sociaux dans l'évaluation des coûts et bénéfices de l'agriculture biologique.   
  • Richard Evoy - Abonné 26 avril 2012 05 h 50

    On a pas besoin de Monsanto

    Si on combine les résultats de cette étude avec celle qui démontre la plus grande valeur nutritive des produits de l'agriculture biologique et si on tient compte de tous les problèmes environnementaux qu'entrainent l'utilisation d'engrais chimiques, de pesticides et d'herbicides, quelles arguments restent-ils au lobbyiste de Monsanto pour justifier leurs nuisances planétaire? Les seuls parasites qui méritent d'être éradiquer de la surface de la Terre ce sont ces corporations sans âme mais cela ne sera pas possible tant que les habitants de la Terre resteront des esclaves travailleurs / consommateurs infantilisés. La révolution des consciences est en marche et le point de rupture est presqu'atteint. Ce système économique ne peut pas être amélioré. Il se détruit tout seul, nous devons nous préparer mentalement et spirituellement aux profonds boulversements à venir. Je suis optimiste pour l'Humanité.

  • Richard Laroche - Inscrit 26 avril 2012 07 h 55

    Le choix des mots

    L'agriculture biologique est pratiquée par toutes les civilisations, depuis 10000 ans.

    Depuis moins de 100 ans nous utilisons des produits chimiques et des manipulations génétiques, et là on appelle ça de l'agriculture "traditionnelle"?

    Y'a quelque chose que j'ai pas compris...

    • France Marcotte - Abonnée 26 avril 2012 10 h 01

      C'est vrai que cette confusion dans les termes est plutôt navrante et tellement révélatrice.

  • Yvan Dutil - Inscrit 26 avril 2012 08 h 22

    Est-ce le même article?

    C'est drôle, mais l'article de Nature dit exactement le contraire que le tire de cet article:

    "Now, a comprehensive analysis of the existing science, published in Nature, suggests that farming without the use of chemical fertilizers and pesticides could supply needs in some circumstances. But yields are lower than in conventional farming, so producing the bulk of the globe’s diet will require agricultural techniques including the use of fertilizers, the study concludes."

    http://www.nature.com/news/organic-farming-is-rare

  • Marc Levasseur4 - Inscrit 26 avril 2012 08 h 59

    Du sens des mots

    Ne devrait-on pas plutôt parler d'agriculture industrielle ou industrialisée pour référer aux aliments issus d'une agriculture fortement accélérée par une kyrielle de produits et de techniques artificiels?

    Il me semble que le terme traditionnelle correspond mieux à l'agriculture dite bio qui existe depuis l'époque où l'humanité a commencé à se sédentariser et à faire pousser ses légumes. Cette activité traditionnelle n'a perdu la cote que très récemment, au cours de la deuxiéme moitier du 20ème siècle.

  • France Marcotte - Abonnée 26 avril 2012 09 h 12

    Intelligence vs violence


    La terre produit mieux quand on la comprend, quand on comprend les processus à l'oeuvre. Il faut du temps et de l'intelligence. Quel jardinier l'ignore?
    "...en respectant les conditions agroécologiques les plus favorables à l'agriculture biologique, et en trouvant des moyens de mieux approvisionner en azote et en phosphore les cultures biologiques qui pâtissent de ne pas recevoir un apport suffisant en ces nutriments, il devrait être possible d'annuler les différences de rendement entre l'agriculture biologique et l'agriculture traditionnelle", disent d'ailleurs les auteurs de l'article.

    L'agriculture chimique est expéditive, elle applique mécaniquement des procédés sans trop réfléchir. Elle triture la terre pour la faire produire comme on le fait des vaches à lait ou des poules (comme par hasard deux entités qui deviennent des qualificatifs dont on affuble les femmes...).

    Et en supposant que l'agriculture biologique se prête moins bien à la production à grande échelle, il n'y aurait pas de quoi s'en désoler puisqu'elle participe à une idéologie d'autonomie alimentaire et d'agriculture locale et de proximité.

    On pourrait imaginer que chaque citoyen disposant même en ville d'un petit lopin de terre devienne jardinier de l'agriculture biologique, intelligente et respectueuse des exigences de la terre.
    Mais n'est-ce pas en voie de se réaliser?

    • Yvan Dutil - Inscrit 26 avril 2012 10 h 49

      Est-vous capacble de cultiver un acre par personne en ville? C'est la surface nécessaire.