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    Quand l'agriculture biologique est aussi productive que l'agriculture traditionnelle

    26 avril 2012 |Pauline Gravel
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	Lorsque les meilleures conditions sont réunies, « les rendements des cultures biologiques égalent presque — ils sont en moyenne à peine 5 % moindre — ceux des cultures usuelles ».</div>
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir
    Lorsque les meilleures conditions sont réunies, « les rendements des cultures biologiques égalent presque — ils sont en moyenne à peine 5 % moindre — ceux des cultures usuelles ».
    Alors que l'agriculture biologique a la réputation d'être moins productive que l'agriculture traditionnelle, une nouvelle étude publiée dans la revue Nature démontre qu'elle rivalise plutôt bien quand il s'agit de plantes vivaces et de légumineuses cultivées selon les règles de l'art et dans certaines conditions agroécologiques particulières.

    L'agriculture doit aujourd'hui relever le double défi de nourrir une population croissante tout en minimisant son impact sur l'environnement, soulignent d'entrée de jeu les auteurs de l'article. L'agriculture biologique est souvent proposée comme la voie à adopter pour atteindre ces objectifs, mais plusieurs arguent que les récoltes de l'agriculture biologique sont nettement moindres et nécessitent de plus grandes surfaces pour produire la même quantité de nourriture que l'agriculture traditionnelle, ce qui résulterait en de plus vastes déforestations et de plus importantes pertes de biodiversité.

    Des chercheurs des universités McGill et du Minnesota ont voulu examiner de plus près comment se comparent les rendements de ces deux modes d'agriculture. Pour ce faire, ils ont procédé à une méta-analyse de tous les articles scientifiques comparant les récoltes de l'agriculture biologique à celles de l'agriculture conventionnelle. Pour leur synthèse analytique, les chercheurs ont retenu 66 études ayant été effectuées sur 62 sites différents, et qui faisaient part de 316 comparaisons impliquant 34 espèces différentes.

    La méta-analyse a ainsi révélé que le rendement des cultures biologiques variait substantiellement d'un type de culture à l'autre. Par exemple, les récoltes de fruits et d'oléagineux biologiques n'étaient pas statistiquement différentes de celles issues de cultures traditionnelles. Par contre, les cultures biologiques de céréales et de légumes produisaient des récoltes significativement moins abondantes (26 % de moins et 33 % de moins respectivement) que celles de l'agriculture courante. De façon générale, les chercheurs ont observé que les rendements de la culture biologique étaient meilleurs pour les vivaces et les légumineuses que pour les annuelles et les non-légumineuses, comparativement aux rendements de la culture usuelle. Pour expliquer cette différence, ils émettent l'hypothèse que « les légumineuses — telles que les fèves soya, les pois et les haricots — et les vivaces — qui sont typiquement des fruits, comme les pommes et les bleuets, et quelques cultures fourragères — sont davantage capables de puiser l'azote présent dans le sol. Dans les sols ayant été fertilisés biologiquement, les organismes du sol décomposent la matière organique et en libèrent de l'azote que les plantes peuvent utiliser. Mais comme la libération d'azote par ce processus est lente, elle ne convient pas bien aux plantes annuelles qui ont besoin de beaucoup d'azote durant une courte période de temps. Les vivaces dont la croissance s'étend sur plusieurs années sont quant à elles moins affectées par cette lente diffusion », explique la doctorante Verena Seufert du Département de géographie de l'Université McGill, qui figure comme premier auteur de l'article paru hier après-midi dans Nature.

    Les chercheurs ont également relevé que les moissons étaient plus abondantes lorsque l'agriculture biologique était pratiquée sur des sols faiblement acides ou faiblement alcalins (pH compris entre 5,5 et 8). « Dans les sols fortement acides ou alcalins, le phosphore se présente sous une forme insoluble qui le rend moins facilement assimilable par les plantes », avancent les auteurs de l'article pour expliquer cette préférence pédologique.

    L'analyse a aussi montré que les rendements de l'agriculture biologique pouvaient être accrus par de meilleures pratiques agricoles, comme le recours à des processus biologiques pour fournir aux plantes les nutriments dont elles ont besoin, et pour contrôler les mauvaises herbes et les insectes ravageurs. Comme pratiques bénéfiques, Mme Seufert cite la « diversification des cultures ainsi que l'incorporation de matière organique dans les sols, comme les résidus des récoltes passées ou du fumier d'animaux, qui non seulement fourniront de nouvelles sources d'azote et de phosphore, mais aussi amélioreront la structure du sol ».

    Comme on s'y attendait, les chercheurs ont également confirmé que les rendements des cultures biologiques s'accroissaient sur les parcelles de terrain où on avait adopté le mode d'agriculture biologique depuis au moins deux ans.

    Les cultures biologiques sont également apparues beaucoup plus performantes lorsque leur approvisionnement en eau provenait uniquement de la pluie (un rendement 17 % moindre que dans les cultures traditionnelles) plutôt que par irrigation (35 % moindre). « Les sols aménagés selon les critères de l'agriculture biologique produisaient des récoltes plus abondantes que les systèmes courants lors de grandes sécheresses et de pluies excessives », soulignent les scientifiques dans leur article. Selon Mme Seufert, les cultures biologiques supportent mieux des conditions climatiques variables que les cultures conventionnelles, « en raison de la structure des sols, qui contiennent davantage de matière organique et qui peuvent retenir davantage d'eau ».

    Somme toute, lorsque les meilleures conditions étaient réunies, « les rendements des cultures biologiques égalaient presque — ils étaient en moyenne à peine 5 % moindre — ceux des cultures usuelles », précise Verena Seufert.

    De concert avec les coauteurs de l'article, Mme Seufert affirme qu'« en respectant les conditions agroécologiques les plus favorables à l'agriculture biologique, et en trouvant des moyens de mieux approvisionner en azote et en phosphore les cultures biologiques qui pâtissent de ne pas recevoir un apport suffisant en ces nutriments, il devrait être possible d'annuler les différences de rendement entre l'agriculture biologique et l'agriculture traditionnelle. »

    Pour terminer, la biologiste insiste sur l'importance de considérer non seulement les facteurs économiques, mais aussi environnementaux et sociaux dans l'évaluation des coûts et bénéfices de l'agriculture biologique.   
     
     
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