Lettres: Une simple panne?
Andréanne Joly - Kapuskasing, Nord-Est ontarien - Août 2003
27 août 2003
Lettre en réponse à Geneviève Ricard au sujet de l'«affolement» des médias et de la panne qui a affecté les «pauvres New-Yorkais»
Évidemment, je peux mal évaluer le travail qu'ont fait les médias: j'étais une des victimes de la panne qui a touché 50 millions de personnes.
Vos propos me font toutefois réagir lorsqu'il est question de «simple panne». Vivant dans une région rurale dans le nord de l'Ontario, l'impact d'une panne d'électricité n'est pas le même qu'à Toronto ou à New York. Nous étions au bon endroit, peut-on croire: j'habite au royaume des chalets alimentés par des génératrices et des radios à piles (qui se sont avérées inutiles, les tours de transmission étant à plat) pour la pêche. De plus, je n'ai pas vu un seul ascenseur depuis mon arrivée dans la région, il y a trois ans.
N'empêche que les gens se sont précipités dans les stations-service pour faire le plein et remplir leurs bidons, et ce, probablement alors qu'ils avaient de l'argent comptant, la carte de guichet étant devenue complètement inutile.
Je n'aurais sans doute pas aimé être coincée dans le métro si j'avais été à Toronto, ni être restaurateur dans la métropole ontarienne, vraiment touchée économiquement, d'abord par les événements du 11 septembre 2001, par la guerre en Irak puis par la pneumonie atypique. Je n'aurais sûrement pas trouvé rafraîchissantes ces quelques heures où notre monde a été un tant soit peu chamboulé.
Des gens d'affaires ont eu à réorganiser complètement leurs activités. Dans le monde de la presse, il a fallu revoir les heures de tombée et les presses ont dû attendre et prendre des commandes supplémentaires dans une coopération inhabituelle. Pour les particuliers et les supermarchés, l'arrêt de réfrigérateurs et de congélateurs a signifié des pertes de centaines de dollars. Pour les soupes populaires des centres urbains, on parle de milliers de dollars. Les images valaient mille mots: combien de repas congelés se sont retrouvés dans les conteneurs? Pour les malades, la panne a signifié l'arrêt de leurs respirateurs et l'urgence de se rendre à l'hôpital, question de continuer à respirer l'esprit tranquille. Bon nombre de personnes de notre coin du nord de l'Ontario avaient l'impression que l'électricité ne serait pas revenue avant de nombreuses heures, la région pesant peu dans la balance démographique nord-américaine.
Certes, il ne s'agit que d'une panne d'électricité et, vrai, peu ont paniqué, sauf peut-être ce jeune homme malade, retrouvé mort dans son appartement, probablement à cause de la chaleur et de l'impossibilité de quitter l'édifice autrement que par les escaliers.
Mais ces événements auront servi à prouver à quel point l'être occidental devient inutile sans ses quelques kW/h. Vrai, le nord de l'Amérique — du moins sa majorité — ne saurait que faire sans ampoules, ordinateurs, téléphones ou frigos.
Simple panne? Peut-être. Nous devrions tous être en mesure de fonctionner sans électricité, si ce n'est que quelques heures. Mais dans notre réalité citadine, c'est difficile de faire autrement, et c'est sûrement ce que les médias ont voulu, peut-être maladroitement, mettre en lumière.
Évidemment, je peux mal évaluer le travail qu'ont fait les médias: j'étais une des victimes de la panne qui a touché 50 millions de personnes.
Vos propos me font toutefois réagir lorsqu'il est question de «simple panne». Vivant dans une région rurale dans le nord de l'Ontario, l'impact d'une panne d'électricité n'est pas le même qu'à Toronto ou à New York. Nous étions au bon endroit, peut-on croire: j'habite au royaume des chalets alimentés par des génératrices et des radios à piles (qui se sont avérées inutiles, les tours de transmission étant à plat) pour la pêche. De plus, je n'ai pas vu un seul ascenseur depuis mon arrivée dans la région, il y a trois ans.
N'empêche que les gens se sont précipités dans les stations-service pour faire le plein et remplir leurs bidons, et ce, probablement alors qu'ils avaient de l'argent comptant, la carte de guichet étant devenue complètement inutile.
Je n'aurais sans doute pas aimé être coincée dans le métro si j'avais été à Toronto, ni être restaurateur dans la métropole ontarienne, vraiment touchée économiquement, d'abord par les événements du 11 septembre 2001, par la guerre en Irak puis par la pneumonie atypique. Je n'aurais sûrement pas trouvé rafraîchissantes ces quelques heures où notre monde a été un tant soit peu chamboulé.
Des gens d'affaires ont eu à réorganiser complètement leurs activités. Dans le monde de la presse, il a fallu revoir les heures de tombée et les presses ont dû attendre et prendre des commandes supplémentaires dans une coopération inhabituelle. Pour les particuliers et les supermarchés, l'arrêt de réfrigérateurs et de congélateurs a signifié des pertes de centaines de dollars. Pour les soupes populaires des centres urbains, on parle de milliers de dollars. Les images valaient mille mots: combien de repas congelés se sont retrouvés dans les conteneurs? Pour les malades, la panne a signifié l'arrêt de leurs respirateurs et l'urgence de se rendre à l'hôpital, question de continuer à respirer l'esprit tranquille. Bon nombre de personnes de notre coin du nord de l'Ontario avaient l'impression que l'électricité ne serait pas revenue avant de nombreuses heures, la région pesant peu dans la balance démographique nord-américaine.
Certes, il ne s'agit que d'une panne d'électricité et, vrai, peu ont paniqué, sauf peut-être ce jeune homme malade, retrouvé mort dans son appartement, probablement à cause de la chaleur et de l'impossibilité de quitter l'édifice autrement que par les escaliers.
Mais ces événements auront servi à prouver à quel point l'être occidental devient inutile sans ses quelques kW/h. Vrai, le nord de l'Amérique — du moins sa majorité — ne saurait que faire sans ampoules, ordinateurs, téléphones ou frigos.
Simple panne? Peut-être. Nous devrions tous être en mesure de fonctionner sans électricité, si ce n'est que quelques heures. Mais dans notre réalité citadine, c'est difficile de faire autrement, et c'est sûrement ce que les médias ont voulu, peut-être maladroitement, mettre en lumière.
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