Défense de sourire
Bernard Descôteaux
27 août 2003
Au Canada, on ne badine pas avec la sécurité. Quiconque a déjà eu à s'adresser à un douanier canadien sait que notre police des frontières est la meilleure au monde pour traquer ce malheureux fromage au lait cru dans les bagages d'un innocent voyageur. Depuis les événements du 11 septembre 2001, la résolution des douaniers n'a fait que se renforcer. Ainsi, on ne doit même plus sourire sur nos passeports. Un sourire peut dissimuler de mauvaises intentions. Pour que nos douaniers ne se méprennent pas, il faudra dorénavant leur présenter une face de carême.
Il est normal que les douaniers sachent à qui ils ont affaire, mais combien de fois n'ont-ils pas vu plus loin que le bout de leur nez. Par exemple, il leur a fallu des années pour comprendre que le barbu aux cheveux longs était un voyageur plutôt inoffensif alors que le passeur de drogue se cachait généralement dans un complet trois pièces. Récemment, il aura fallu un coup de fil amical des douaniers mexicains (!) pour leur faire réaliser que le Ottawa Business College, où un groupe de 19 étudiants pakistanais prétendaient étudier, n'existait que sur papier. Entrés au pays au cours des cinq dernières années, ces étudiants ont été arrêtés il y a quelques jours en raison de comportements suspects.
Avec raison, les autorités fédérales ont développé un plus grand souci pour la sécurité depuis les attentats du 11 septembre. Il est heureux qu'à la suite de l'intervention des Mexicains la police se soit intéressée aux activités du groupe pakistanais, qui se modelaient sur celles des terroristes responsables des détournements d'avions sur le Pentagone et les tours du World Trade Center. Pour autant, il ne faut pas devenir parano au point d'interdire le sourire.
Ces deux affaires ne contribueront pas à accroître le degré de confiance envers les politiques canadiennes en matière de sécurité. En ce domaine, le Canada porte une solide réputation d'incompétence qui n'est pas entièrement imméritée. Les excès commis par le passé conduisent les citoyens soucieux du respect des droits de la personne à douter spontanément de l'à-propos de certaines enquêtes et de certaines arrestations, y compris le recours à des mesures d'exception qui parfois pourraient être justifiées. Peut-être prendrions-nous les responsables de la sécurité davantage au sérieux s'ils savaient garder le sourire.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Il est normal que les douaniers sachent à qui ils ont affaire, mais combien de fois n'ont-ils pas vu plus loin que le bout de leur nez. Par exemple, il leur a fallu des années pour comprendre que le barbu aux cheveux longs était un voyageur plutôt inoffensif alors que le passeur de drogue se cachait généralement dans un complet trois pièces. Récemment, il aura fallu un coup de fil amical des douaniers mexicains (!) pour leur faire réaliser que le Ottawa Business College, où un groupe de 19 étudiants pakistanais prétendaient étudier, n'existait que sur papier. Entrés au pays au cours des cinq dernières années, ces étudiants ont été arrêtés il y a quelques jours en raison de comportements suspects.
Avec raison, les autorités fédérales ont développé un plus grand souci pour la sécurité depuis les attentats du 11 septembre. Il est heureux qu'à la suite de l'intervention des Mexicains la police se soit intéressée aux activités du groupe pakistanais, qui se modelaient sur celles des terroristes responsables des détournements d'avions sur le Pentagone et les tours du World Trade Center. Pour autant, il ne faut pas devenir parano au point d'interdire le sourire.
Ces deux affaires ne contribueront pas à accroître le degré de confiance envers les politiques canadiennes en matière de sécurité. En ce domaine, le Canada porte une solide réputation d'incompétence qui n'est pas entièrement imméritée. Les excès commis par le passé conduisent les citoyens soucieux du respect des droits de la personne à douter spontanément de l'à-propos de certaines enquêtes et de certaines arrestations, y compris le recours à des mesures d'exception qui parfois pourraient être justifiées. Peut-être prendrions-nous les responsables de la sécurité davantage au sérieux s'ils savaient garder le sourire.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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