Un malaise difficile à porter
Le ton du texte romain sur les unions homosexuelles ferme la porte à toute espèce de dialogue avec des personnes qui sont aussi des fils et des filles de Dieu
Robert Richard - Prêtre du diocèse de Nicolet
27 août 2003
La Curie romaine, avec l'approbation du pape, s'oppose à la reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles. Elle invoque des raisons, mais ce n'est pas mon intention de les discuter ici.
Je voudrais cependant remettre en question le ton incisif de ce texte romain. D'une part, on y parle de l'homosexualité comme d'un problème, d'une anomalie, d'une inclination objectivement désordonnée. D'autre part, on dira des pratiques homosexuelles qu'elles sont des dépravations graves, des comportements déviants, des péchés gravement contraires à la chasteté.
Je me demande comment je pourrais être encore crédible en prêchant un Dieu d'amour tel qu'enseigné par le Christ tout en souscrivant à une telle façon d'aborder la question de l'homosexualité et des relations qui en découlent. Voilà l'objet d'un malaise que je ne suis certes pas seul à porter.
Au delà des comportements qui dérangent chez les autres, il y a d'abord des personnes en quête d'aimer et d'être aimées. C'est un trait fondamental de tout être humain et, dans ce cas-ci, il n'est pas inutile de le rappeler.
Je ne suis pas spécialiste des questions morales. Je reconnais qu'en cette matière, j'ai le devoir de me référer à des personnes plus compétentes. Mais l'Église m'a un jour ordonné prêtre pour annoncer une parole de libération à toute personne et pour favoriser la communion entre les personnes elles-mêmes et avec Dieu.
Je ne peux donc, en conscience, demeurer insensible à la souffrance que cause un tel jugement aux personnes qui vivent une situation de vie qu'elles n'ont pas choisie. À ce chapitre, la liste est beaucoup plus longue que celle des seules personnes homosexuelles.
Naturel ou pas ?
Le texte romain dit que «le mariage est saint alors que les relations homosexuelles contrastent avec la loi morale naturelle». Avec d'autres, je m'interroge sur ce qui est naturel pour une personne homosexuelle. Serait-ce de chercher à vivre en hétéro, de faire semblant, d'aller jusqu'au mariage avec une personne de l'autre sexe dans l'espoir de «guérir» un jour? De telles options, on l'a vu trop de fois, ne font qu'augmenter la souffrance ainsi que le nombre des personnes concernées par l'homosexualité.
Dans le cortège des maquillages, des accoutrements bigarrés et des gestes provocateurs de certaines personnes homosexuelles, n'y a-t-il pas un cri que l'on se doit d'entendre, comme être humain et surtout comme chrétien? Un cri qui dirait: «aimez-nous tels que nous sommes, sans que l'on doive se cacher, et laissez-nous le droit d'aimer»?
En condamnant les relations homosexuelles, la Curie romaine ne semble pas reconnaître que l'amour puisse être possible entre deux personnes de même sexe. Elle nie aussi toute espèce de fécondité de leur part. Ça aussi, ça me pose question.
Le plus grand commandement
Le Christ a fait de l'amour de Dieu et des autres le plus grand commandement duquel découlent tous les autres. Quelqu'un peut-il être «contre nature» lorsqu'il s'engage sur le chemin non pas de l'égocentrisme mais de l'amour véritable avec une autre personne? À mon humble avis, ce qui fait la dépravation d'un acte sexuel, qu'il soit hétéro ou gai, c'est lorsque l'amour en est absent ou lorsque le bien-être d'une autre personne est menacé.
Tant que l'homosexualité restera la proie de qualificatifs incendiaires, des personnes vivront dans l'ombre d'un secret inavouable par peur d'être rejetées par leurs proches. En revanche, il y aura aussi des gens qui se réuniront en ghetto et qui se manifesteront à l'occasion de manière provocante.
Ce qui est le plus navrant, c'est que le ton du texte romain sur les unions homosexuelles ferme la porte à toute espèce de dialogue avec des personnes qui sont aussi des fils et des filles de Dieu. Il aurait peut-être été bon d'entendre les personnes homosexuelles elles-mêmes sur ce qu'elles vivent non seulement de souffrant mais de beau et de grand.
D'ici là, je crains fort qu'encore beaucoup trop de gens ne souffrent en silence au profit d'une prétendue rectitude morale chrétienne. Et ça, comme prêtre et comme être humain, je ne peux pas l'accepter.
Je voudrais cependant remettre en question le ton incisif de ce texte romain. D'une part, on y parle de l'homosexualité comme d'un problème, d'une anomalie, d'une inclination objectivement désordonnée. D'autre part, on dira des pratiques homosexuelles qu'elles sont des dépravations graves, des comportements déviants, des péchés gravement contraires à la chasteté.
Je me demande comment je pourrais être encore crédible en prêchant un Dieu d'amour tel qu'enseigné par le Christ tout en souscrivant à une telle façon d'aborder la question de l'homosexualité et des relations qui en découlent. Voilà l'objet d'un malaise que je ne suis certes pas seul à porter.
Au delà des comportements qui dérangent chez les autres, il y a d'abord des personnes en quête d'aimer et d'être aimées. C'est un trait fondamental de tout être humain et, dans ce cas-ci, il n'est pas inutile de le rappeler.
Je ne suis pas spécialiste des questions morales. Je reconnais qu'en cette matière, j'ai le devoir de me référer à des personnes plus compétentes. Mais l'Église m'a un jour ordonné prêtre pour annoncer une parole de libération à toute personne et pour favoriser la communion entre les personnes elles-mêmes et avec Dieu.
Je ne peux donc, en conscience, demeurer insensible à la souffrance que cause un tel jugement aux personnes qui vivent une situation de vie qu'elles n'ont pas choisie. À ce chapitre, la liste est beaucoup plus longue que celle des seules personnes homosexuelles.
Naturel ou pas ?
Le texte romain dit que «le mariage est saint alors que les relations homosexuelles contrastent avec la loi morale naturelle». Avec d'autres, je m'interroge sur ce qui est naturel pour une personne homosexuelle. Serait-ce de chercher à vivre en hétéro, de faire semblant, d'aller jusqu'au mariage avec une personne de l'autre sexe dans l'espoir de «guérir» un jour? De telles options, on l'a vu trop de fois, ne font qu'augmenter la souffrance ainsi que le nombre des personnes concernées par l'homosexualité.
Dans le cortège des maquillages, des accoutrements bigarrés et des gestes provocateurs de certaines personnes homosexuelles, n'y a-t-il pas un cri que l'on se doit d'entendre, comme être humain et surtout comme chrétien? Un cri qui dirait: «aimez-nous tels que nous sommes, sans que l'on doive se cacher, et laissez-nous le droit d'aimer»?
En condamnant les relations homosexuelles, la Curie romaine ne semble pas reconnaître que l'amour puisse être possible entre deux personnes de même sexe. Elle nie aussi toute espèce de fécondité de leur part. Ça aussi, ça me pose question.
Le plus grand commandement
Le Christ a fait de l'amour de Dieu et des autres le plus grand commandement duquel découlent tous les autres. Quelqu'un peut-il être «contre nature» lorsqu'il s'engage sur le chemin non pas de l'égocentrisme mais de l'amour véritable avec une autre personne? À mon humble avis, ce qui fait la dépravation d'un acte sexuel, qu'il soit hétéro ou gai, c'est lorsque l'amour en est absent ou lorsque le bien-être d'une autre personne est menacé.
Tant que l'homosexualité restera la proie de qualificatifs incendiaires, des personnes vivront dans l'ombre d'un secret inavouable par peur d'être rejetées par leurs proches. En revanche, il y aura aussi des gens qui se réuniront en ghetto et qui se manifesteront à l'occasion de manière provocante.
Ce qui est le plus navrant, c'est que le ton du texte romain sur les unions homosexuelles ferme la porte à toute espèce de dialogue avec des personnes qui sont aussi des fils et des filles de Dieu. Il aurait peut-être été bon d'entendre les personnes homosexuelles elles-mêmes sur ce qu'elles vivent non seulement de souffrant mais de beau et de grand.
D'ici là, je crains fort qu'encore beaucoup trop de gens ne souffrent en silence au profit d'une prétendue rectitude morale chrétienne. Et ça, comme prêtre et comme être humain, je ne peux pas l'accepter.
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