Une question de valeurs
Jean-Robert Sansfaçon
26 août 2003
Les associations étudiantes des réseaux collégial et universitaire lancent un ultimatum au gouvernement Charest: si vous ne vous engagez pas à maintenir les droits de scolarité et les frais afférents à leur niveau actuel, nous déclencherons une grève générale à la rentrée! Ils ont raison sur un point, les étudiants: M. Charest doit mettre cartes sur table et dire de quelle façon il entend combler l'important manque à gagner des institutions post-secondaires.
Que les associations étudiantes menacent de faire la grève pour des considérations financières, personne ne s'en étonnera. Cela fait partie du folklore. Longtemps, il était question de prêts et bourses, aujourd'hui ce sont plutôt les frais afférents qui font l'objet de contestation. Dans la plupart des institutions, ces frais qui atteignent environ 200 $ par élève dans les cégeps, un peu plus à l'université, comblent une fraction de l'augmentation des coûts de fonctionnement.
En matière de financement des institutions post-secondaires, le Québec est une province distincte en ce qu'il interdit aux institutions d'augmenter les droits de scolarité tout en refusant de combler lui-même la différence. Aux prises avec d'énormes difficultés et l'obligation d'offrir des services de qualité équivalente à ce qu'on trouve dans les collèges et universités canadiennes et américaines, nos institutions ont donc introduit divers frais pour les services administratifs, la location de biens, la production de relevés de notes ou les changements de programme en cours d'année. Ces frais s'ajoutent évidemment à l'achat de manuels, mais ils ne représentent encore que très peu d'argent dans le budget annuel des jeunes dont les revenus de travail sont plus élevés que jamais à un moment de leur vie où ils n'ont d'autres responsabilités que de s'occuper de leur auguste personne.
Le Québec est la province au pays où les droits de scolarité sont de loin les plus bas, soit 1675 $ comparativement à une moyenne de 4025 $ dans les dix provinces canadiennes y compris la nôtre. C'est à peine plus que le prix des assurances de l'auto dont fiston a par ailleurs tellement besoin pour se rendre à ses cours...
Au collégial, le Québec est la seule province qui assume la totalité des coûts de fonctionnement du réseau, et ce, sans aucune exigence de résultats de la part des élèves. Quel mauvais message que cette gratuité complète de l'éducation à un âge où on découvre que ce qui a de la valeur a aussi un prix!
En revendiquant toujours plus du gouvernement et de l'ensemble des contribuables, les associations étudiantes font preuve non pas de progressisme, mais de corporatisme.
Au cours de l'automne, une commission parlementaire entendra les représentations des uns et des autres à propos du financement des institutions post-secondaires. La question de droits de scolarité et des frais afférents sera abordée et une loi-cadre devrait être présentée. Étant donné la promesse des libéraux de maintenir le gel des droits jusqu'à la fin du présent mandat, il faudra bien trouver d'autres façons de financer les institutions. Que l'on hausse les frais afférents ou que l'on introduise un nouvel impôt post-fréquentation scolaire pour les futurs diplômés des collèges et des universités, une chose est certaine: le système ne pourra pas souffrir éternellement de sous-financement sans que cela n'influe sur la qualité de la formation.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Que les associations étudiantes menacent de faire la grève pour des considérations financières, personne ne s'en étonnera. Cela fait partie du folklore. Longtemps, il était question de prêts et bourses, aujourd'hui ce sont plutôt les frais afférents qui font l'objet de contestation. Dans la plupart des institutions, ces frais qui atteignent environ 200 $ par élève dans les cégeps, un peu plus à l'université, comblent une fraction de l'augmentation des coûts de fonctionnement.
En matière de financement des institutions post-secondaires, le Québec est une province distincte en ce qu'il interdit aux institutions d'augmenter les droits de scolarité tout en refusant de combler lui-même la différence. Aux prises avec d'énormes difficultés et l'obligation d'offrir des services de qualité équivalente à ce qu'on trouve dans les collèges et universités canadiennes et américaines, nos institutions ont donc introduit divers frais pour les services administratifs, la location de biens, la production de relevés de notes ou les changements de programme en cours d'année. Ces frais s'ajoutent évidemment à l'achat de manuels, mais ils ne représentent encore que très peu d'argent dans le budget annuel des jeunes dont les revenus de travail sont plus élevés que jamais à un moment de leur vie où ils n'ont d'autres responsabilités que de s'occuper de leur auguste personne.
Le Québec est la province au pays où les droits de scolarité sont de loin les plus bas, soit 1675 $ comparativement à une moyenne de 4025 $ dans les dix provinces canadiennes y compris la nôtre. C'est à peine plus que le prix des assurances de l'auto dont fiston a par ailleurs tellement besoin pour se rendre à ses cours...
Au collégial, le Québec est la seule province qui assume la totalité des coûts de fonctionnement du réseau, et ce, sans aucune exigence de résultats de la part des élèves. Quel mauvais message que cette gratuité complète de l'éducation à un âge où on découvre que ce qui a de la valeur a aussi un prix!
En revendiquant toujours plus du gouvernement et de l'ensemble des contribuables, les associations étudiantes font preuve non pas de progressisme, mais de corporatisme.
Au cours de l'automne, une commission parlementaire entendra les représentations des uns et des autres à propos du financement des institutions post-secondaires. La question de droits de scolarité et des frais afférents sera abordée et une loi-cadre devrait être présentée. Étant donné la promesse des libéraux de maintenir le gel des droits jusqu'à la fin du présent mandat, il faudra bien trouver d'autres façons de financer les institutions. Que l'on hausse les frais afférents ou que l'on introduise un nouvel impôt post-fréquentation scolaire pour les futurs diplômés des collèges et des universités, une chose est certaine: le système ne pourra pas souffrir éternellement de sous-financement sans que cela n'influe sur la qualité de la formation.
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