Lettres: Le mirage des garderies à 5 $
Carole Beaudoin - Mère de quatre enfants, Saint-Augustin-de-Desmaures, août 2003
26 août 2003
S'il vous plaît, ne parlons plus de la «politique familiale».
Ces dernières semaines, les discussions autour de la politique familiale occupent une place prépondérante dans les pages éditoriales des grands quotidiens. Essentiellement, le débat porte sur le coût des places en garderie ainsi que sur rôle des CPE et des garderies à but lucratif dans l'établissement de nouvelles places.
J'ai participé à ce débat, il y a quelques années, au début de la mise en oeuvre de cette politique. J'exprimais alors le point de vue des parents de jeunes enfants qui croient que les services de garde accessibles et de qualité sont nécessaires mais qu'il ne s'agit là que d'un seul aspect du soutien dont les familles ont besoin. J'exprimais aussi le point de vue des parents qui n'utilisent pas les services de garde et qui sont les grands oubliés et les grands perdants de cette politique. Pour les parents capables de «compter» à long terme, il était alors facile de prévoir qu'au bout du compte, l'État sortirait grand gagnant de cette politique. (Oui, Madame Josée Boileau, contrairement à ce que vous prétendiez dans votre article du 21 juillet, certains parents sont encore capables dans la vraie vie de compter autrement qu'à la petite semaine et de voir quand l'État est en train de les tromper en leur vidant les poches pour remplir celles des autres!)
L'État n'allait pas dépenser vraiment plus pour les familles, il ne concentrerait son aide principalement qu'à un seul service, le service de garde. De ce fait, il créait un symbole assez fort, la garderie à 5 $, pour que, six ans plus tard, toutes les énergies et les revendications des groupes organisés de la société québécoise soient exclusivement et artificiellement dirigées vers la protection de ce symbole plutôt que sur l'ensemble de la fiscalité des familles et du soutien de l'État à leur égard.
Dans le contexte actuel où la société québécoise semble éblouie par le mirage des garderies à 5 $, tout ce que je souhaite, c'est qu'on cesse d'utiliser frauduleusement le terme «politique familiale» pour désigner une politique dont l'objet principal demeure le service de garde plutôt que la famille. Un terme tel que «politique du congé parental et des services de garde», par exemple, serait plus approprié et diminuerait cette muette insatisfaction, muette en raison de l'absence d'un lobby organisé pour l'exprimer, ressentie par ces familles de la classe moyenne qui n'utilisent pas les services de garde, par choix pour leurs jeunes enfants ou parce que les enfants ont tout simplement grandi, et qui sont délibérément exclues et ignorées de cette politique. Le jour où le Québec sera doté d'une véritable politique destinée à soutenir toutes les familles où grandissent des enfants, sans exception, alors nous pourrons utiliser en toute justesse le terme «politique familiale».
Ces dernières semaines, les discussions autour de la politique familiale occupent une place prépondérante dans les pages éditoriales des grands quotidiens. Essentiellement, le débat porte sur le coût des places en garderie ainsi que sur rôle des CPE et des garderies à but lucratif dans l'établissement de nouvelles places.
J'ai participé à ce débat, il y a quelques années, au début de la mise en oeuvre de cette politique. J'exprimais alors le point de vue des parents de jeunes enfants qui croient que les services de garde accessibles et de qualité sont nécessaires mais qu'il ne s'agit là que d'un seul aspect du soutien dont les familles ont besoin. J'exprimais aussi le point de vue des parents qui n'utilisent pas les services de garde et qui sont les grands oubliés et les grands perdants de cette politique. Pour les parents capables de «compter» à long terme, il était alors facile de prévoir qu'au bout du compte, l'État sortirait grand gagnant de cette politique. (Oui, Madame Josée Boileau, contrairement à ce que vous prétendiez dans votre article du 21 juillet, certains parents sont encore capables dans la vraie vie de compter autrement qu'à la petite semaine et de voir quand l'État est en train de les tromper en leur vidant les poches pour remplir celles des autres!)
L'État n'allait pas dépenser vraiment plus pour les familles, il ne concentrerait son aide principalement qu'à un seul service, le service de garde. De ce fait, il créait un symbole assez fort, la garderie à 5 $, pour que, six ans plus tard, toutes les énergies et les revendications des groupes organisés de la société québécoise soient exclusivement et artificiellement dirigées vers la protection de ce symbole plutôt que sur l'ensemble de la fiscalité des familles et du soutien de l'État à leur égard.
Dans le contexte actuel où la société québécoise semble éblouie par le mirage des garderies à 5 $, tout ce que je souhaite, c'est qu'on cesse d'utiliser frauduleusement le terme «politique familiale» pour désigner une politique dont l'objet principal demeure le service de garde plutôt que la famille. Un terme tel que «politique du congé parental et des services de garde», par exemple, serait plus approprié et diminuerait cette muette insatisfaction, muette en raison de l'absence d'un lobby organisé pour l'exprimer, ressentie par ces familles de la classe moyenne qui n'utilisent pas les services de garde, par choix pour leurs jeunes enfants ou parce que les enfants ont tout simplement grandi, et qui sont délibérément exclues et ignorées de cette politique. Le jour où le Québec sera doté d'une véritable politique destinée à soutenir toutes les familles où grandissent des enfants, sans exception, alors nous pourrons utiliser en toute justesse le terme «politique familiale».
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