Lendemain de veille
De passage à Joliette le 27 mai dernier, Jean Charest rencontrait la presse locale. «C'est un changement de gouvernement qui se prépare dans ces partielles-là», expliquait-il. Puis il posait cette question: «Quel candidat incarne cette possibilité de changement de gouvernement?» Il a eu sa réponse lundi soir, et le réveil a été brutal.
Au lendemain des élections de 1998, le chef du PLQ avait conclu que sa faiblesse en région était le principal problème. Pendant les deux années suivantes, il a sillonné méthodiquement les routes du Québec. À chaque réunion du conseil général, il faisait aux délégués un compte rendu remarquablement détaillé de son emploi du temps, comme s'il cherchait à justifier son poste.
Curieusement, M. Charest ne s'est jamais demandé pourquoi les libéraux avaient tant de difficulté dans des régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean ou l'Abitibi mais jamais en Outaouais, en Estrie ou encore dans Pontiac. Pourquoi, sinon qu'il s'agit de régions essentiellement francophones? Les résultats des partielles sont éloquents: aussi bien en banlieue de Montréal (Vimont) qu'en milieu semi-urbain (Joliette) ou en région éloignée (Lac-Saint-Jean), le réflexe des électeurs francophones en a été un de rejet.
Évidemment, admettre que son parti avait un problème avec les francophones impliquait qu'il fallait adopter des positions plus musclées envers Ottawa, quitte à faire le jeu du PQ et à mécontenter sa clientèle ultra-fédéraliste. Il était tellement plus commode de diagnostiquer un problème de région.
Avec le résultat que la méfiance s'est installée à demeure. Depuis qu'il a débarqué sur la scène québécoise, M. Charest n'a jamais réussi à convaincre les francophones que son allégeance première allait au Québec. Un peu comme son prédécesseur Daniel Johnson, après qu'il a eu le malheur de déclarer: «I am Canadian first and foremost.» Cette maudite phrase l'a hanté jusqu'au jour de sa démission.
Le Soleil rapportait dans son édition d'hier que le ministre du Commerce international, Pierre Pettigrew, convoite le poste de M. Charest. Si M. Pettigrew s'imagine qu'un membre du cabinet Chrétien, qui a applaudi à la loi C-20 sur la clarté, va avoir plus de succès, il se réserve lui aussi un pénible lendemain de veille.
Le pire est qu'en 1998, le chef du PLQ avait un programme assez similaire au «vrai changement» que propose aujourd'hui l'ADQ. Soit, il avait été maladroit en se laissant comparer à Mike Harris. De la même façon, l'héritier de Jean Lesage n'aurait pas dû suggérer qu'il était temps de tourner la page de la Révolution tranquille. Il fallait plutôt en proposer une deuxième.
Jacques Parizeau, qui en connaît un bout sur la fidélité à ses convictions, avait l'habitude de dire qu'une horloge arrêtée a raison deux fois par jour. Si M. Charest avait maintenu son discours sur la nécessité de revoir le «modèle québécois», Mario Dumont aurait déjà l'air moins novateur.
Encore aurait-il fallu que le chef du PLQ croie vraiment ce qu'il disait, au lieu d'emprunter ici et là des formules qui semblaient bien sonner. Quand Lucien Bouchard a commencé à dénoncer le vent froid de la droite qui menaçait de nous glacer les os, M. Charest a immédiatement retraité et amorcé un spectaculaire virage à gauche, qui a culminé l'an dernier avec l'élection de Nathalie Rochefort dans Mercier.
Pour concrétiser cette nouvelle vocation social-démocrate, le conseil général a adopté à grand renfort de publicité des résolutions sur l'indexation des prestations d'aide sociale et l'instauration d'un barème plancher. Bien entendu, on a coupé court à tout débat sur la privatisation des services de santé.
Malheureusement pour M. Charest, le PQ a refusé de se laisser déborder sur sa gauche. Après s'être fait l'artisan du déficit zéro, Bernard Landry aura sans doute du mal à en convaincre certains de sa sincérité, mais pas autant que son vis-à-vis libéral.
Le résultat net de ce repositionnement est que les libéraux sont présentement dans les limbes idéologiques. Ils ne peuvent plus incarner ni la préservation du «modèle québécois» ni sa remise en question. M. Charest promet d'écouter davantage, mais le problème est plutôt qu'il n'a rien à dire, sinon qu'il demeure inconditionnellement fédéraliste.
***
Comble de malheur pour le chef du PLQ, les prochaines élections générales seront sans doute les premières en quarante ans dont la question constitutionnelle ne sera pas le thème central.
Quand M. Landry parle de revenir au credo du PQ, souveraineté et social-démocratie, il veut surtout battre le rappel de ses militants. En réalité, Mario Dumont a déjà imposé l'enjeu principal de la prochaine campagne: le «vrai changement» qu'il propose.
Depuis un quart de siècle, les deux «vieux partis» se sont entendus comme larrons en foire pour laisser intact l'héritage de la Révolution tranquille, afin de mieux débattre de la question nationale. Un jour ou l'autre, il faudra inévitablement y revenir, mais ils n'ont plus le choix de faire une pause, sous peine de se couper d'un électorat qui a maintenant d'autres priorités.
M. Landry semble sincèrement convaincu que l'engouement pour l'ADQ s'estompera rapidement, quand son programme sera mieux connu. Lui aussi fait peut-être une mauvaise lecture de l'opinion publique. Pendant des semaines, libéraux et péquistes ont mitraillé les électeurs de quatre comtés d'une publicité noircissant au maximum le programme adéquiste. On a vu les résultats.
Mario Dumont est trop politicien pour s'entêter à imposer des changements dont la population ne voudrait pas, mais quand les éducatrices en garderie menacent de faire la grève, elles ne lui nuisent certainement pas.
Au lendemain des élections de 1998, le chef du PLQ avait conclu que sa faiblesse en région était le principal problème. Pendant les deux années suivantes, il a sillonné méthodiquement les routes du Québec. À chaque réunion du conseil général, il faisait aux délégués un compte rendu remarquablement détaillé de son emploi du temps, comme s'il cherchait à justifier son poste.
Curieusement, M. Charest ne s'est jamais demandé pourquoi les libéraux avaient tant de difficulté dans des régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean ou l'Abitibi mais jamais en Outaouais, en Estrie ou encore dans Pontiac. Pourquoi, sinon qu'il s'agit de régions essentiellement francophones? Les résultats des partielles sont éloquents: aussi bien en banlieue de Montréal (Vimont) qu'en milieu semi-urbain (Joliette) ou en région éloignée (Lac-Saint-Jean), le réflexe des électeurs francophones en a été un de rejet.
Évidemment, admettre que son parti avait un problème avec les francophones impliquait qu'il fallait adopter des positions plus musclées envers Ottawa, quitte à faire le jeu du PQ et à mécontenter sa clientèle ultra-fédéraliste. Il était tellement plus commode de diagnostiquer un problème de région.
Avec le résultat que la méfiance s'est installée à demeure. Depuis qu'il a débarqué sur la scène québécoise, M. Charest n'a jamais réussi à convaincre les francophones que son allégeance première allait au Québec. Un peu comme son prédécesseur Daniel Johnson, après qu'il a eu le malheur de déclarer: «I am Canadian first and foremost.» Cette maudite phrase l'a hanté jusqu'au jour de sa démission.
Le Soleil rapportait dans son édition d'hier que le ministre du Commerce international, Pierre Pettigrew, convoite le poste de M. Charest. Si M. Pettigrew s'imagine qu'un membre du cabinet Chrétien, qui a applaudi à la loi C-20 sur la clarté, va avoir plus de succès, il se réserve lui aussi un pénible lendemain de veille.
Le pire est qu'en 1998, le chef du PLQ avait un programme assez similaire au «vrai changement» que propose aujourd'hui l'ADQ. Soit, il avait été maladroit en se laissant comparer à Mike Harris. De la même façon, l'héritier de Jean Lesage n'aurait pas dû suggérer qu'il était temps de tourner la page de la Révolution tranquille. Il fallait plutôt en proposer une deuxième.
Jacques Parizeau, qui en connaît un bout sur la fidélité à ses convictions, avait l'habitude de dire qu'une horloge arrêtée a raison deux fois par jour. Si M. Charest avait maintenu son discours sur la nécessité de revoir le «modèle québécois», Mario Dumont aurait déjà l'air moins novateur.
Encore aurait-il fallu que le chef du PLQ croie vraiment ce qu'il disait, au lieu d'emprunter ici et là des formules qui semblaient bien sonner. Quand Lucien Bouchard a commencé à dénoncer le vent froid de la droite qui menaçait de nous glacer les os, M. Charest a immédiatement retraité et amorcé un spectaculaire virage à gauche, qui a culminé l'an dernier avec l'élection de Nathalie Rochefort dans Mercier.
Pour concrétiser cette nouvelle vocation social-démocrate, le conseil général a adopté à grand renfort de publicité des résolutions sur l'indexation des prestations d'aide sociale et l'instauration d'un barème plancher. Bien entendu, on a coupé court à tout débat sur la privatisation des services de santé.
Malheureusement pour M. Charest, le PQ a refusé de se laisser déborder sur sa gauche. Après s'être fait l'artisan du déficit zéro, Bernard Landry aura sans doute du mal à en convaincre certains de sa sincérité, mais pas autant que son vis-à-vis libéral.
Le résultat net de ce repositionnement est que les libéraux sont présentement dans les limbes idéologiques. Ils ne peuvent plus incarner ni la préservation du «modèle québécois» ni sa remise en question. M. Charest promet d'écouter davantage, mais le problème est plutôt qu'il n'a rien à dire, sinon qu'il demeure inconditionnellement fédéraliste.
***
Comble de malheur pour le chef du PLQ, les prochaines élections générales seront sans doute les premières en quarante ans dont la question constitutionnelle ne sera pas le thème central.
Quand M. Landry parle de revenir au credo du PQ, souveraineté et social-démocratie, il veut surtout battre le rappel de ses militants. En réalité, Mario Dumont a déjà imposé l'enjeu principal de la prochaine campagne: le «vrai changement» qu'il propose.
Depuis un quart de siècle, les deux «vieux partis» se sont entendus comme larrons en foire pour laisser intact l'héritage de la Révolution tranquille, afin de mieux débattre de la question nationale. Un jour ou l'autre, il faudra inévitablement y revenir, mais ils n'ont plus le choix de faire une pause, sous peine de se couper d'un électorat qui a maintenant d'autres priorités.
M. Landry semble sincèrement convaincu que l'engouement pour l'ADQ s'estompera rapidement, quand son programme sera mieux connu. Lui aussi fait peut-être une mauvaise lecture de l'opinion publique. Pendant des semaines, libéraux et péquistes ont mitraillé les électeurs de quatre comtés d'une publicité noircissant au maximum le programme adéquiste. On a vu les résultats.
Mario Dumont est trop politicien pour s'entêter à imposer des changements dont la population ne voudrait pas, mais quand les éducatrices en garderie menacent de faire la grève, elles ne lui nuisent certainement pas.
Haut de la page

