lundi 6 février 2012 Dernière mise à jour 23h04
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Libre opinion: Le nouvel ordre mondial se met peu à peu en place

Jules Dufour - Président de l'Association canadienne pour les Nations unies (ACNU), section Saguenay-Lac-Saint-Jean; consultant au Bureau international de la Paix, Genève, Suisse; coordonnateur du Groupe de recherche et d'intervention régionales (GRIR), Université du Québec à Chicoutimi  20 août 2003 
Washington annonçait le 1er juillet dernier la suspension de son «aide» militaire à près de 50 pays auxquels il reproche d'appuyer la Cour pénale internationale (CPI) et de ne pas avoir signé les accords bilatéraux permettant aux ressortissants américains à l'étranger de ne pas tomber sous sa juridiction. Le lendemain de la diffusion de cette dépêche, Le Devoir, dans un éditorial de Serge Truffaut intitulé «La justice écope», analysait cette décision des Américains dans le contexte des divergences fondamentales concernant la conduite des affaires mondiales qui semblent se dessiner de plus en plus entre l'Union européenne et les USA, et soulignait son caractère arbitraire. Cette décision s'avère l'un des nombreux éléments de la nouvelle politique étrangère américaine définie par la présente administration. J'aimerais, ici, apporter mes commentaires et réflexions à ce sujet.

Le grand contrevenant

L'attitude des Américains, depuis quelques années, est celle d'un contrevenant qui ne veut plus tenir compte des règles du droit international qui ont été établies par consensus au cours des dernières décennies, et qui cherchent à assurer des relations harmonieuses et de coopération entre les nations. Comme l'écrit si bien Le Monde diplomatique, dans son atlas de 2003: «Washington agit désormais sans même consulter ses alliés et multiplie les ruptures du consensus international: rejet des traités limitant la prolifération des armements non conventionnels et autres armes meurtrières pour les civils (interdiction des essais nucléaires, des mines antipersonnel, des armes biologiques); abrogation unilatérale du traité de limitation des missiles antimissiles, afin de déployer un réseau de défense antimissile réprouvé pour son effet proliférateur; rejet des accords environnementaux de Kyoto; etc.»

En effet, les Américains, depuis l'invasion armée de l'Irak par la «coalition», tendent à agir encore davantage de façon unilatérale, et à ne pas tenir compte des décisions de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité de l'ONU ainsi que des manifestations massives de l'opinion publique internationale contre leur politique étrangère et leurs interventions directes, armées ou non, dans des pays souverains. De plus, les États-Unis envisagent de créer et de commander une force d'intervention globale de maintien de la paix qui opérerait en dehors des cadres de l'ONU et de l'OTAN (L.A. Times, 27 juin 2003). Une autre intervention très récente de l'administration Bush a trait à l'émission d'un avertissement sévère à l'endroit des organismes de la société civile (ONG) leur enjoignant de se taire (Naomi Klein, Globe and Mail, 20 juin 2003).

Tous ces gestes semblent s'inscrire dans le contexte de la définition d'un ordre mondial dans lequel l'ordre du jour sera désormais fixé par l'administration américaine seule et imposé à l'ensemble de tous les pays du monde, créant par le fait même un climat d'insécurité générale, elle-même amplifiée par l'application de la doctrine de l'intervention militaire unilatérale préventive et la poursuite de la guerre contre le terrorisme — cette dernière étant, en soi et tout simplement, la défense armée des intérêts américains dans le monde et la poursuite, voire l'anéantissement pur et simple, de ceux et celles qui les menacent ou qui pourraient éventuellement les menacer.

De quoi se réjouir

Au lieu de déplorer cette décision concernant la CPI, nous devrions au contraire nous réjouir de la suspension de l'aide militaire américaine à près de 50 pays. En fait, l'aide militaire des États-Unis, à l'instar de celle qui est fournie par les principaux producteurs mondiaux d'armements comme la Russie, l'Angleterre, la France ou la Chine, n'est pas une aide, mais plutôt l'établissement d'un marché pour la vente de leurs armes qui, le plus souvent, sont utilisées par les armées nationales non pas dans un contexte de défense des intérêts collectifs des peuples, mais bien pour réprimer les mouvements populaires de libération et pour mener des opérations de poursuite et d'attaque des groupes armés organisés qui menacent les intérêts des oligarchies au pouvoir — ceux des possédants les plus riches et ceux des entreprises multinationales, comme c'est le cas dans la plupart des pays de l'hémisphère sud.

Le plus grand bien que les Américains pourraient faire à l'humanité et aux citoyens de leur pays serait de rester chez eux et de se mêler de leurs propres affaires. Il sera, cependant, de plus en plus difficile pour eux de le faire, car leurs investissements à l'étranger sont sans cesse croissants, et leur économie est foncièrement dépendante de l'ensemble des ressources stratégiques de la planète. Il ne faut pas oublier que les États-Unis ne correspondent qu'à près de 5 % de la population mondiale, mais consomment plus de 30 % de l'énergie globale commercialisée dans le monde.

En somme, cette décision, comme les autres, illustre la naissance de facto d'une dictature mondiale; l'affaiblissement appréhendé des principes du multilatéralisme et de leur gardienne que constitue l'Organisation des Nations unies; le risque de rupture des consensus obtenus lors des Sommets de la Terre tenus à Rio de Janeiro en 1992 et à Johannesburg en 2002; le danger de voir les grandes conventions mondiales sur l'environnement et le développement signées et ratifiées au cours de la dernière décennie devenir inopérantes, étant à toutes fins pratiques mises au rancart par cette dictature; et la création d'un climat d'insécurité générale avec la mise en place d'un ordre mondial qui rendra désormais légitime le recours à la violence armée et qui abandonnera progressivement les règles du droit.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012