Quel est le plan de match?
Jean-Robert Sansfaçon
19 août 2003
Le premier ministre du Québec, M. Jean Charest, a profité de la rencontre annuelle de la Commission jeunesse de son parti pour réitérer sa ferme intention de «réinventer le Québec». Un vaste chantier qui doit inclure une révision de tous les programmes et conduire à une réduction du fardeau fiscal. Entre-temps, il semble cependant évident que des hausses de tarifs qui toucheront bien des gens seront au programme. Entre baisses d'impôts et hausses de tarifs, quel est votre choix, Monsieur le premier ministre?
Au fur et à mesure que passent les mois, les Québécois se rendent compte que le gouvernement libéral nouvellement élu est déterminé à provoquer des réformes importantes à tous les échelons de l'appareil d'État. L'avenir nous dira si la résistance qui ne manquera pas de surgir au détour de chaque réforme l'empêchera d'agir ou non mais, en attendant, les déclarations se succèdent à bon rythme depuis le printemps, sans qu'on sache toujours s'il s'agit de ballons politiques ou de projets réels.
Que ce soit à l'égard des garderies, des soins de santé, des services éducatifs, le mot d'ordre est le même: revoir les processus, à la fois pour faire plus de place à l'initiative privée, mais aussi, semble-t-il, pour remplacer l'argent des impôts généraux par celui d'une contribution financière accrue des citoyens.
La semaine dernière, c'était au tour des deux ministres responsables de la famille, Claude Béchard et Carole Théberge, de présenter des scénarios de financement des services de garde qui, tous, impliquent une augmentation de la contribution des parents.
Avec le temps, le tarif de 5 $ a pris valeur de symbole politique rattaché au gouvernement du Parti québécois. Et sans que personne ne l'ait décidé, sans débat public non plus, le Québec s'est offert un système public quasi universel et gratuit de service de garde. Les défenseurs ont raison de crier au scandale devant l'intervention intempestive du nouveau gouvernement, mais ce dernier n'a pas tort de vouloir appliquer sa propre philosophie, celle sur la base de laquelle il a été élu. La bataille sera dure, mais quelle qu'en soit l'issue, on ne parlera bientôt plus des «garderies à 5 $» ...
En matière d'assurance médicaments, le gouvernement précédent a été tenté par le scénario de l'universalité et de la gratuité, comme le revendiquaient plusieurs au sein du Parti québécois. C'est l'ampleur des coûts d'un tel régime à très court terme qui a vite eu raison du rêve. Le régime est donc contributif et les hausses ont été significatives depuis sa création. Les libéraux ne feront donc que suivre l'exemple, sans devoir réformer le système, pour l'instant du moins. Mais encore là, hausse il y aura, tous les ans ou presque. Puis, il y a Hydro-Québec qui vient de demander à la Régie de l'énergie de lui accorder deux augmentations de tarifs d'ici au printemps prochain.
Pour le moment, l'éducation est l'exception qui confirme la règle: le gouvernement a promis de maintenir la gratuité complète au collège et le gel des droits à l'université, du moins d'ici à la fin du premier mandat. Une promesse absurde compte tenu des besoins que le gouvernement ne comblera jamais.
En fin de semaine, le premier ministre a attribué à ses prédécesseurs l'obligation d'augmenter certains tarifs. Est-ce la seule raison qui explique ce qui paraît être, et devrait être, une stratégie budgétaire? N'existe-t-il aucun plan d'ensemble, aucune politique fiscale cohérente à plus long terme derrière ces décisions annoncées à la pièce?
En principe, rien ne s'oppose à ce qu'un gouvernement utilise la voie des augmentations de tarifs pour financer une partie de ses opérations. Le Québec est un des endroits en Amérique du Nord où les services publics sont le plus largement financés par les impôts des particuliers. Santé, éducation, garde des enfants, réseau routier sont quelques-uns seulement des services où l'État québécois est présent comme nulle part ailleurs. Voilà autant de secteurs où il y a place pour une tarification aux usagers plus énergique qui éviterait de soumettre le service public aux aléas de la conjoncture et des priorités budgétaires changeantes des gouvernements. De toute façon, rien n'est gratuit! Et comme seulement 55 % des contribuables paient des impôts, il faut choisir entre comprimer les services, hausser les impôts de ceux qui en paient déjà beaucoup ou transférer une fraction de la croissance des coûts aux usagers.
L'ennui à l'heure actuelle, c'est d'apprendre les nouvelles goutte à goutte, sans connaître le plan d'intervention global du gouvernement. De deux choses l'une: ou bien un tel plan existe et nous sommes en droit de le connaître avant longtemps, ou il n'existe pas et voilà qui est inquiétant. Cela laisse supposer qu'une seule chose intéresse le gouvernement: tenir sa promesse de réduire les impôts généraux de cinq milliards en cinq ans. Osons souhaiter que le gouvernement Charest ait cette vision du voyage qu'il entend faire faire aux Québécois, et qu'il la fasse connaître sans attendre.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Au fur et à mesure que passent les mois, les Québécois se rendent compte que le gouvernement libéral nouvellement élu est déterminé à provoquer des réformes importantes à tous les échelons de l'appareil d'État. L'avenir nous dira si la résistance qui ne manquera pas de surgir au détour de chaque réforme l'empêchera d'agir ou non mais, en attendant, les déclarations se succèdent à bon rythme depuis le printemps, sans qu'on sache toujours s'il s'agit de ballons politiques ou de projets réels.
Que ce soit à l'égard des garderies, des soins de santé, des services éducatifs, le mot d'ordre est le même: revoir les processus, à la fois pour faire plus de place à l'initiative privée, mais aussi, semble-t-il, pour remplacer l'argent des impôts généraux par celui d'une contribution financière accrue des citoyens.
La semaine dernière, c'était au tour des deux ministres responsables de la famille, Claude Béchard et Carole Théberge, de présenter des scénarios de financement des services de garde qui, tous, impliquent une augmentation de la contribution des parents.
Avec le temps, le tarif de 5 $ a pris valeur de symbole politique rattaché au gouvernement du Parti québécois. Et sans que personne ne l'ait décidé, sans débat public non plus, le Québec s'est offert un système public quasi universel et gratuit de service de garde. Les défenseurs ont raison de crier au scandale devant l'intervention intempestive du nouveau gouvernement, mais ce dernier n'a pas tort de vouloir appliquer sa propre philosophie, celle sur la base de laquelle il a été élu. La bataille sera dure, mais quelle qu'en soit l'issue, on ne parlera bientôt plus des «garderies à 5 $» ...
En matière d'assurance médicaments, le gouvernement précédent a été tenté par le scénario de l'universalité et de la gratuité, comme le revendiquaient plusieurs au sein du Parti québécois. C'est l'ampleur des coûts d'un tel régime à très court terme qui a vite eu raison du rêve. Le régime est donc contributif et les hausses ont été significatives depuis sa création. Les libéraux ne feront donc que suivre l'exemple, sans devoir réformer le système, pour l'instant du moins. Mais encore là, hausse il y aura, tous les ans ou presque. Puis, il y a Hydro-Québec qui vient de demander à la Régie de l'énergie de lui accorder deux augmentations de tarifs d'ici au printemps prochain.
Pour le moment, l'éducation est l'exception qui confirme la règle: le gouvernement a promis de maintenir la gratuité complète au collège et le gel des droits à l'université, du moins d'ici à la fin du premier mandat. Une promesse absurde compte tenu des besoins que le gouvernement ne comblera jamais.
En fin de semaine, le premier ministre a attribué à ses prédécesseurs l'obligation d'augmenter certains tarifs. Est-ce la seule raison qui explique ce qui paraît être, et devrait être, une stratégie budgétaire? N'existe-t-il aucun plan d'ensemble, aucune politique fiscale cohérente à plus long terme derrière ces décisions annoncées à la pièce?
En principe, rien ne s'oppose à ce qu'un gouvernement utilise la voie des augmentations de tarifs pour financer une partie de ses opérations. Le Québec est un des endroits en Amérique du Nord où les services publics sont le plus largement financés par les impôts des particuliers. Santé, éducation, garde des enfants, réseau routier sont quelques-uns seulement des services où l'État québécois est présent comme nulle part ailleurs. Voilà autant de secteurs où il y a place pour une tarification aux usagers plus énergique qui éviterait de soumettre le service public aux aléas de la conjoncture et des priorités budgétaires changeantes des gouvernements. De toute façon, rien n'est gratuit! Et comme seulement 55 % des contribuables paient des impôts, il faut choisir entre comprimer les services, hausser les impôts de ceux qui en paient déjà beaucoup ou transférer une fraction de la croissance des coûts aux usagers.
L'ennui à l'heure actuelle, c'est d'apprendre les nouvelles goutte à goutte, sans connaître le plan d'intervention global du gouvernement. De deux choses l'une: ou bien un tel plan existe et nous sommes en droit de le connaître avant longtemps, ou il n'existe pas et voilà qui est inquiétant. Cela laisse supposer qu'une seule chose intéresse le gouvernement: tenir sa promesse de réduire les impôts généraux de cinq milliards en cinq ans. Osons souhaiter que le gouvernement Charest ait cette vision du voyage qu'il entend faire faire aux Québécois, et qu'il la fasse connaître sans attendre.
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