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Grand Prix: des géants de l'auto appuient Montréal

Brian Myles   14 août 2003 
Pierre Bourque a reproché à la mission Grand Prix de ne pas déployer assez d’efforts.
Photo : Jacques Nadeau
Pierre Bourque a reproché à la mission Grand Prix de ne pas déployer assez d’efforts.
Une poignée de constructeurs de la F1 exercent déjà des pressions sur Bernie Ecclestone afin de sauver le Grand Prix du Canada, estimant qu'il en va de leurs intérêts à long terme de courir à Montréal.

C'est du moins l'information divulguée hier au compte-gouttes par Normand Legault, le promoteur du Grand Prix du Canada. Questionné par la presse, M. Legault a indiqué qu'il ne fallait pas interpréter le silence des constructeurs depuis une semaine comme une expression de leur désintérêt à l'égard de la crise secouant Montréal. Au contraire, «quelques manufacturiers» ont exprimé leurs «préoccupations» auprès de Bernie Ecclestone, a dit M. Legault, sans divulguer leur identité.

Principaux bailleurs de fonds de la F1, les sept manufacturiers ont investi des millions de dollars à long terme dans la mise au point de leurs voitures et, par conséquent, ils «ont à coeur» le développement à long terme du championnat du monde. «Certains ont commencé à faire valoir que c'est dans leur intérêt de courir au Canada», a confirmé Normand Legault lors d'un point de presse tenu en compagnie du maire de Montréal, Gérald Tremblay, et du ministre provincial du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier.

Malgré les beaux discours de MM. Fournier et Tremblay, il apparaît plus clair que jamais que la survie du Grand Prix du Canada repose entre les mains de son principal artisan, Normand Legault, le seul à connaître tous les rouages de la F1 et à pouvoir négocier d'égal à égal avec Bernie Ecclestone.

Les gouvernements du Québec et du Canada de même que la coalition pilotée par Tourisme Montréal se rangent tous derrière lui. L'attaché de presse du ministre Fournier parle d'ailleurs de Normand Legault comme du «maître d'oeuvre», du «kingpin» (pilier) de la mission Grand Prix annoncée lundi par le gouvernement Charest. «C'est lui qui a toute les entrées, il connaît tout le monde», a dit Stéphane Gosselin en marge du point de presse.

Le ministre Fournier et le maire Tremblay viendront prêter main forte à M. Legault, mais ils ne prendront pas les commandes de l'opération de sauvetage en téléphonant directement aux manufacturiers de la F1 ou à Bernie Ecclestone. «On va tout mettre en oeuvre pour soutenir Normand Legault», a confirmé le ministre Fournier.

Les délégations du Québec seront mises à contribution pour établir des contacts auprès des constructeurs et des équipes de F1. Des représentants du gouvernement accompagneront M. Legault, au besoin. «L'action doit être assez rapide. Tout va se dérouler dans les semaines à venir. On parle de trois semaines à un mois et demi au maximum», a dit le ministre Fournier.

Tourisme Montréal et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain écriront par ailleurs aux représentants canadiens des constructeurs de la F1 et à leurs concessionnaires dans les prochains jours. Les sept constructeurs sont BMW, Fiat (Ferrari et Sauber), Daimler/Chrysler (Mercedes), Renault, Honda, Toyota et Ford (Jordan, Jaguar et Minardi).

Le p.-d.g. de Tourisme Montréal, Charles Lapointe, ne s'en cache pas: il s'agit d'une stratégie d'assimilation vigoureuse. «Les manufacturiers ont peur d'une chose avant tout, c'est de la mauvaise publicité», a dit M. Lapointe. «Je pense qu'ils vont se coaliser avec nous.»

Le maire Tremblay a déclaré pour sa part qu'il est prêt à faire le tour du monde, s'il le faut, pour sauver le Grand Prix du Canada. «J'ai pris l'engagement d'être un maire présent», a-t-il dit.

L'exemption unique

Les commerçants des rues Peel, Crescent, Saint-Laurent et de la Petite-Italie ont par ailleurs exhorté Québec et Ottawa à reporter de deux ans encore l'interdiction de la commandite du tabac, en invitant les Montréalais à descendre dans la rue par milliers, samedi, dans une démonstration de solidarité.

La manifestation pour sauver le Grand Prix partira à 10h du parc Dorchester, angle Peel et René-Lévesque.

Les marchands s'entêtent à réclamer une exception unique pour le Grand Prix du Canada, qui permettrait aux bolides de la F1 d'arborer des publicités du tabac pour deux ans, comme en Europe, malgré le refus catégorique exprimé par le premier ministre Jean Chrétien et tous les leaders politiques, à Québec ou à Ottawa. Même le p.-d.g. de Tourisme Montréal, principal instigateur de la propoposition de morataire, a abandonné l'idée.

Alain Creton, propriétaire du restaurant Chez Alexandre, a comparé le Grand Prix aux Jeux olympiques. Comme il s'agit de l'événement touristique numéro un au Canada, l'octroi d'une exemption unique est justifiée, a expliqué M. Creton.

L'ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, s'est rallié à cette suggestion. À mots couverts, M. Bourque a reproché à la mission Grand Prix de ne pas déployer assez d'efforts. «Il faut bouger vite. [...] On devrait déjà être à Londres avec Bernie Ecclestone pour négocier», a dit M. Bourque.

Montréal sans Grand Prix, c'est comme Rio de Janeiro sans carnaval, a illustré le chef de l'opposition à l'hôtel de ville. «Montréal, c'est une âme, une flamme, un coeur. Et le Grand Prix fait partie de ce coeur.»

La Ville de Montréal a injecté «de 25 à 30 millions» pour accommoder le Grand Prix de Montréal au fil des ans, et l'intransigeance manifestée par les gouvernements met cet investissement en péril. «Je suis en désaccord avec tous ceux qui ne sont pas ouverts à la négociation. [...] Il faut faire des compromis. Quand on perd un investissement de plusieurs millions, il faut y penser deux fois», a dit M. Bourque.






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