Kyoto: Ottawa fait un petit pas
Photo : Jacques Nadeau
Ottawa fixe comme objectif que chaque citoyen réduise de 20 % (une tonne) ses émissions de gaz à effet de serre. On suggère d’acheter des automobiles moins énergivores, de mieux isoler sa maison ou d’utiliser moins souvent les appareils électro
Ottawa — Le gouvernement fédéral a enfin annoncé hier comment il utiliserait plus de la moitié des 1,7 milliard de dollars prévus dans le dernier budget pour réduire les gaz à effet de serre, en conformité avec le protocole de Kyoto. Cette somme colossale ne permettra de réduire que de 20 mégatonnes les émissions, soit moins de 10 % du total à atteindre en vertu des obligations internationales du Canada, mais une grande partie des autres réductions devra être accomplie par les industries lourdes, sans qu'il n'en coûte un sou à l'État.
La mesure la plus accessible pour la population concernera sans contredit les rénovations domiciliaires. Le plan prévoit une somme de 73,4 millions sur trois ans pour financer en partie les améliorations apportées à une maison en vue de réduire sa consommation d'énergie.
Les citoyens désireux d'entreprendre la démarche doivent d'abord faire faire une évaluation de l'efficacité énergétique de leur maison. Cette évaluation, qu'on obtient par l'entremise du programme ÉnerGuide, coûte 150 $ et dure environ deux heures et demie. L'inspecteur vérifie où se produisent les pertes de chaleur (mauvaise étanchéité du toit ou des fenêtres, isolation insuffisante, etc.) et recommande ensuite une série de travaux. Le consommateur a le choix de faire faire (ou non) les travaux qu'il désire.
Bien que les économies sur la facture d'électricité soient généralement suffisantes pour inciter le consommateur à faire les travaux, le nouveau programme fédéral financera environ le tiers des dépenses de rénovation, pour un total moyen de 1000 $ par maison. Le consommateur devra faire appel une deuxième fois à l'inspecteur, cette fois payé par le gouvernement fédéral, qui évaluera dans quelle mesure les travaux ont amélioré l'efficacité énergétique de la demeure. Sur la base de cette évaluation, Ottawa offrira le remboursement.
Le fonds ne permettra de financer qu'environ 75 000 foyers en trois ans. Le programme sera donc offert selon la formule bien connue: «premier arrivé, premier servi». Ceux ayant déjà fait faire une inspection d'ÉnerGuide cette année et commencé les travaux pourront se qualifier même si le programme n'est pas encore en vigueur. Celui-ci sera officiellement annoncé cet automne.
Ottawa fixe comme objectif que chaque citoyen réduise de 20 % (une tonne) ses émissions de gaz à effet de serre. On suggère d'acheter des automobiles moins énergivores (remiser les véhicules utilitaires, par exemple) ou d'utiliser moins souvent les appareils électroménagers. Le gouvernement lancera une vaste campagne de publicité au coût de 45 millions.
Essence verte?
Une autre portion importante du milliard annoncé hier concerne l'éthanol, ce produit mélangé à l'essence pour la rendre moins polluante. Le gouvernement veut en favoriser la production et la consommation en mettant sur pied un fonds de 100 millions de dollars.
Le groupe Greenpeace émet toutefois d'importantes réserves à l'égard de ce projet. Bien que moins polluant lors de sa combustion, l'éthanol est très polluant à fabriquer. Selon Steven Guilbault, on brûlerait environ un litre de pétrole pour fabriquer un litre d'éthanol à partir de céréales, la forme la plus courante, sans compter les pesticides utilisés pour faire pousser le grain. «Ce n'est pas une très bonne nouvelle à cause du bilan énergétique de l'éthanol», a commenté M. Guilbault. «L'éthanol de grain est une fausse solution. Qu'on le subventionne à ce point est une aberration totale.» De manière générale, toutefois, M. Guilbault se dit «assez satisfait» du plan annoncé hier. «Le volet sensibilisation, c'est la clé du plan.»
L'éthanol fabriqué à partir de résidus de bois ou de foin inutilisé (cellulose) serait beaucoup plus propre, notamment parce que la transformation de la matière est assurée par une enzyme et que les résidus du procédé de production sont utilisés pour produire l'énergie faisant fonctionner l'usine. Il se crée parfois même des surplus qui sont revendus aux compagnies d'électricité!
Le hic, c'est que la technologie n'est pas encore tout à fait au point, et il reste à voir si le fonds annoncé hier pourra être utilisé par les entreprises qui en sont au stade du développement de la technologie. C'est le cas de IOGEN, une entreprise d'Ottawa comptant sur 150 employés. «Nous sommes très encouragés par l'annonce d'aujourd'hui», lance la porte-parole, Tania Glithero. Plus tôt cette semaine, Mme Glithero avait indiqué au Devoir que l'entreprise «aura besoin de l'aide du gouvernement, sinon, nous n'aurons d'autre choix que d'aller ailleurs», dans certains pays européens qui financent la recherche dans le domaine. La menace est-elle levée? «Il ne faut pas crier victoire trop vite. Nous devons négocier avec le gouvernement. Il n'y a rien de coulé dans le béton encore.»
Les industries lourdes payeront
On le savait, les industries lourdes devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 55 mégatonnes (MT) par leurs propres moyens. Le gouvernement n'a pas annoncé hier ce que seraient les pénalités encourues advenant le non-respect de ces obligations, mais elles seront salées, a-t-on signifié. «Elles seront conçues de manière à ce qu'il soit nettement avantageux de respecter les obligations fixées», a expliqué un haut fonctionnaire. Le cadre législatif devant préciser ces obligations devrait être connu vers la fin de l'année prochaine.
Le Canada s'est engagé à réduire de 240 mégatonnes ses émissions d'ici 2008-2012. Une première phase de réduction est déjà en cours et vise 80 MT. Le Canada tente également d'obtenir sur la scène internationale une réduction de 70 MT de son fardeau pour ses exportations d'énergie dite «propre» vers les États-Unis, qui ne participent pas au protocole de Kyoto. Jusqu'à présent, la communauté internationale a refusé, mais le Canada n'a pas abandonné la bataille. Des 90 MT restantes, il faut encore retrancher la part des industries lourdes. Reste donc vraiment 35 MT pour lesquelles le gouvernement disposait de 1,7 milliard. L'annonce d'hier couvre 20 MT et utilise un milliard. Le reste suivra plus tard, au rythme où les ministres responsables du dossier réussiront à s'entendre, a indiqué une source au ministère des Ressources naturelles.
Le chef de l'opposition officielle, Stephen Harper, n'a pas mâché ses mots à propos du plan présenté hier. «C'est le début du plus grand trou noir de gaspillage de l'histoire du Canada».
Pas de TGV
Chose certaine, le plan annoncé hier ne contient rien pour une forme de lien ferroviaire à haute vitesse dans le corridor Québec-Windsor. Si jamais cela devait être financé par Ottawa, ce serait plutôt par l'entremise d'un programme d'infrastructure, a expliqué le fonctionnaire.
Enfin, quelque 300 millions (sur trois ans) sont réservés pour parvenir à des ententes avec les provinces désireuses d'agir dans des sphères spécifiques. C'est la faiblesse de cette somme qui fait bondir Bernard Bigras, porte-parole du Bloc québécois pour l'environnement. «C'est un plan conforme à l'héritage politique de Jean Chrétien, lance-t-il. C'est un plan très centralisateur qui n'est pas conforme aux efforts faits par les provinces dans le passé.» Selon lui, une plus grande proportion des sommes offertes hier aurait dû être affectée à des sphères d'action générale, laissant aux provinces la marge de manoeuvre nécessaire pour déterminer avec plus de précision les programmes à mettre en place.
La mesure la plus accessible pour la population concernera sans contredit les rénovations domiciliaires. Le plan prévoit une somme de 73,4 millions sur trois ans pour financer en partie les améliorations apportées à une maison en vue de réduire sa consommation d'énergie.
Les citoyens désireux d'entreprendre la démarche doivent d'abord faire faire une évaluation de l'efficacité énergétique de leur maison. Cette évaluation, qu'on obtient par l'entremise du programme ÉnerGuide, coûte 150 $ et dure environ deux heures et demie. L'inspecteur vérifie où se produisent les pertes de chaleur (mauvaise étanchéité du toit ou des fenêtres, isolation insuffisante, etc.) et recommande ensuite une série de travaux. Le consommateur a le choix de faire faire (ou non) les travaux qu'il désire.
Bien que les économies sur la facture d'électricité soient généralement suffisantes pour inciter le consommateur à faire les travaux, le nouveau programme fédéral financera environ le tiers des dépenses de rénovation, pour un total moyen de 1000 $ par maison. Le consommateur devra faire appel une deuxième fois à l'inspecteur, cette fois payé par le gouvernement fédéral, qui évaluera dans quelle mesure les travaux ont amélioré l'efficacité énergétique de la demeure. Sur la base de cette évaluation, Ottawa offrira le remboursement.
Le fonds ne permettra de financer qu'environ 75 000 foyers en trois ans. Le programme sera donc offert selon la formule bien connue: «premier arrivé, premier servi». Ceux ayant déjà fait faire une inspection d'ÉnerGuide cette année et commencé les travaux pourront se qualifier même si le programme n'est pas encore en vigueur. Celui-ci sera officiellement annoncé cet automne.
Ottawa fixe comme objectif que chaque citoyen réduise de 20 % (une tonne) ses émissions de gaz à effet de serre. On suggère d'acheter des automobiles moins énergivores (remiser les véhicules utilitaires, par exemple) ou d'utiliser moins souvent les appareils électroménagers. Le gouvernement lancera une vaste campagne de publicité au coût de 45 millions.
Essence verte?
Une autre portion importante du milliard annoncé hier concerne l'éthanol, ce produit mélangé à l'essence pour la rendre moins polluante. Le gouvernement veut en favoriser la production et la consommation en mettant sur pied un fonds de 100 millions de dollars.
Le groupe Greenpeace émet toutefois d'importantes réserves à l'égard de ce projet. Bien que moins polluant lors de sa combustion, l'éthanol est très polluant à fabriquer. Selon Steven Guilbault, on brûlerait environ un litre de pétrole pour fabriquer un litre d'éthanol à partir de céréales, la forme la plus courante, sans compter les pesticides utilisés pour faire pousser le grain. «Ce n'est pas une très bonne nouvelle à cause du bilan énergétique de l'éthanol», a commenté M. Guilbault. «L'éthanol de grain est une fausse solution. Qu'on le subventionne à ce point est une aberration totale.» De manière générale, toutefois, M. Guilbault se dit «assez satisfait» du plan annoncé hier. «Le volet sensibilisation, c'est la clé du plan.»
L'éthanol fabriqué à partir de résidus de bois ou de foin inutilisé (cellulose) serait beaucoup plus propre, notamment parce que la transformation de la matière est assurée par une enzyme et que les résidus du procédé de production sont utilisés pour produire l'énergie faisant fonctionner l'usine. Il se crée parfois même des surplus qui sont revendus aux compagnies d'électricité!
Le hic, c'est que la technologie n'est pas encore tout à fait au point, et il reste à voir si le fonds annoncé hier pourra être utilisé par les entreprises qui en sont au stade du développement de la technologie. C'est le cas de IOGEN, une entreprise d'Ottawa comptant sur 150 employés. «Nous sommes très encouragés par l'annonce d'aujourd'hui», lance la porte-parole, Tania Glithero. Plus tôt cette semaine, Mme Glithero avait indiqué au Devoir que l'entreprise «aura besoin de l'aide du gouvernement, sinon, nous n'aurons d'autre choix que d'aller ailleurs», dans certains pays européens qui financent la recherche dans le domaine. La menace est-elle levée? «Il ne faut pas crier victoire trop vite. Nous devons négocier avec le gouvernement. Il n'y a rien de coulé dans le béton encore.»
Les industries lourdes payeront
On le savait, les industries lourdes devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 55 mégatonnes (MT) par leurs propres moyens. Le gouvernement n'a pas annoncé hier ce que seraient les pénalités encourues advenant le non-respect de ces obligations, mais elles seront salées, a-t-on signifié. «Elles seront conçues de manière à ce qu'il soit nettement avantageux de respecter les obligations fixées», a expliqué un haut fonctionnaire. Le cadre législatif devant préciser ces obligations devrait être connu vers la fin de l'année prochaine.
Le Canada s'est engagé à réduire de 240 mégatonnes ses émissions d'ici 2008-2012. Une première phase de réduction est déjà en cours et vise 80 MT. Le Canada tente également d'obtenir sur la scène internationale une réduction de 70 MT de son fardeau pour ses exportations d'énergie dite «propre» vers les États-Unis, qui ne participent pas au protocole de Kyoto. Jusqu'à présent, la communauté internationale a refusé, mais le Canada n'a pas abandonné la bataille. Des 90 MT restantes, il faut encore retrancher la part des industries lourdes. Reste donc vraiment 35 MT pour lesquelles le gouvernement disposait de 1,7 milliard. L'annonce d'hier couvre 20 MT et utilise un milliard. Le reste suivra plus tard, au rythme où les ministres responsables du dossier réussiront à s'entendre, a indiqué une source au ministère des Ressources naturelles.
Le chef de l'opposition officielle, Stephen Harper, n'a pas mâché ses mots à propos du plan présenté hier. «C'est le début du plus grand trou noir de gaspillage de l'histoire du Canada».
Pas de TGV
Chose certaine, le plan annoncé hier ne contient rien pour une forme de lien ferroviaire à haute vitesse dans le corridor Québec-Windsor. Si jamais cela devait être financé par Ottawa, ce serait plutôt par l'entremise d'un programme d'infrastructure, a expliqué le fonctionnaire.
Enfin, quelque 300 millions (sur trois ans) sont réservés pour parvenir à des ententes avec les provinces désireuses d'agir dans des sphères spécifiques. C'est la faiblesse de cette somme qui fait bondir Bernard Bigras, porte-parole du Bloc québécois pour l'environnement. «C'est un plan conforme à l'héritage politique de Jean Chrétien, lance-t-il. C'est un plan très centralisateur qui n'est pas conforme aux efforts faits par les provinces dans le passé.» Selon lui, une plus grande proportion des sommes offertes hier aurait dû être affectée à des sphères d'action générale, laissant aux provinces la marge de manoeuvre nécessaire pour déterminer avec plus de précision les programmes à mettre en place.
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