Un plan bien timide
En décembre dernier, le Parlement fédéral donnait son adhésion au protocole de Kyoto, dont l'entrée en vigueur n'attend plus que l'adhésion de la Russie. Hier, c'est Jean Chrétien lui-même qui a prononcé le discours annonçant le plan financier du gouvernement du Canada pour lutter contre les changements climatiques. C'est dire l'importance politique que le premier ministre accorde à ce plan, qui est pourtant loin d'assurer le respect de l'engagement canadien.
Plus de 1,2 milliard de dollars seront engagés par Ottawa d'ici cinq ans pour la première phase du plan canadien, dont les orientations sont connues depuis quelques mois déjà. L'objectif auquel le gouvernement canadien s'est engagé, en ayant donné son adhésion au protocole de Kyoto, consiste à ramener les émissions de gaz à effet de serre à 6 % sous leur niveau de 1990, ce qui représente une baisse approximative de plus de 20 % par rapport à la situation actuelle, étant donné la détérioration enregistrée entre-temps.
Parmi les nombreuses mesures annoncées hier, mentionnons le défi lancé à chaque Canadien de réduire ses propres émissions de gaz d'une tonne en moyenne par année, que ce soit en achetant des électroménagers moins énergivores et des véhicules moins polluants ou en isolant mieux sa maison. Le simple fait de réduire la température ambiante la nuit et lorsque la maison n'est pas habitée en hiver équivaut à une réduction d'une demi-tonne, explique la documentation gouvernementale. Pour aider les individus à relever le défi, Ottawa consacrera quelques dizaines de millions à des programmes d'information, au financement de mesures d'évaluation de la consommation énergétique des maisons, à la commercialisation de véhicules «écoénergétiques» et à l'étiquetage des VTT. Rien de coercitif donc, et tous les espoirs sont mis dans la sensibilisation.
On entend aussi favoriser la production et l'usage de l'éthanol, un moyen de réduire la consommation d'essence, certes, mais qui exige la culture intensive de maïs, dont on connaît pourtant les effets néfastes sur la pollution des cours d'eau et la déforestation des terres...
Une part importante des millions prévus ira à la stimulation de la recherche, que ce soit en matière de technologies pour les entreprises ou de biocombustibles, et une somme de 169 millions sera réservée pour «appuyer les provinces et les territoires et collaborer avec eux dans les initiatives prioritaires de réduction des émissions», stipule le document gouvernemental. Ottawa s'engage aussi à donner l'exemple en faisant l'acquisition de véhicules moins énergivores et en améliorant sensiblement l'efficacité énergétique de son parc immobilier.
Voilà donc un plan ambitieux, si l'on fait le décompte des mesures envisagées — deux douzaines — chacune exigeant la mise sur pied d'une petite armada bureaucratique, on le devine.
Le hic, c'est que ces mesures d'incitation, dont le coût pour le gouvernement oscillera entre un et deux milliards, et beaucoup plus pour les individus et les entreprises, ne permettront, au mieux, de réduire les émissions de gaz que du dixième de l'objectif. Ottawa veut montrer son sérieux et pour ce faire, comme à son habitude, il dépensera beaucoup d'argent afin de sensibiliser les citoyens. Mais s'il ne s'attaque pas de front aux causes premières des émissions de gaz à effet de serre que sont la production et la consommation d'énergies fossiles, cet argent aura été dépensé uniquement pour épater la galerie. Pour le moment, ni les acheteurs de véhicules très polluants, ni les producteurs d'énergie thermique comme l'Ontario, ni les grands producteurs de pétrole comme l'Alberta n'auront à faire d'effort particulier pour participer à l'atteinte des objectifs. Pourtant, Dieu sait que les amateurs de véhicules utilitaires, de VTT, de motoneiges, de motomarines et d'autres gadgets du genre sont les derniers à se préoccuper de l'environnement!
Quant aux grands pollueurs industriels et aux producteurs de pétrole, notamment ceux qui exploitent les sables bitumineux, ils ont été rassurés en apprenant qu'ils n'auraient pas à ralentir la croissance de leurs émissions de plus de 15 % par rapport au niveau qu'ils auraient normalement atteint... en 2010, ce qui leur laissera toute la marge nécessaire pour croître sans contrainte, laissant l'évolution normale de la technologie faire le reste.
Mais comment croit-on pouvoir respecter nos engagements de revenir sous le niveau de 1990 si tous les grands pollueurs sont en quelque sorte exclus de l'exercice? Comment, sinon en culpabilisant la majorité qui n'est pourtant pas responsable du problème et en lui faisant supporter les coûts des dépenses gouvernementales?
Adhérer au protocole de Kyoto fut un geste politique courageux, cela s'entend. Mais si le gouvernement de Jean Chrétien n'avait pas vraiment l'intention de mettre en place les mesures nécessaires pour que l'engagement ne soit pas qu'un voeu pieux, alors pourquoi avoir signé le protocole?
jrsansfacon@ledevoir.ca
Plus de 1,2 milliard de dollars seront engagés par Ottawa d'ici cinq ans pour la première phase du plan canadien, dont les orientations sont connues depuis quelques mois déjà. L'objectif auquel le gouvernement canadien s'est engagé, en ayant donné son adhésion au protocole de Kyoto, consiste à ramener les émissions de gaz à effet de serre à 6 % sous leur niveau de 1990, ce qui représente une baisse approximative de plus de 20 % par rapport à la situation actuelle, étant donné la détérioration enregistrée entre-temps.
Parmi les nombreuses mesures annoncées hier, mentionnons le défi lancé à chaque Canadien de réduire ses propres émissions de gaz d'une tonne en moyenne par année, que ce soit en achetant des électroménagers moins énergivores et des véhicules moins polluants ou en isolant mieux sa maison. Le simple fait de réduire la température ambiante la nuit et lorsque la maison n'est pas habitée en hiver équivaut à une réduction d'une demi-tonne, explique la documentation gouvernementale. Pour aider les individus à relever le défi, Ottawa consacrera quelques dizaines de millions à des programmes d'information, au financement de mesures d'évaluation de la consommation énergétique des maisons, à la commercialisation de véhicules «écoénergétiques» et à l'étiquetage des VTT. Rien de coercitif donc, et tous les espoirs sont mis dans la sensibilisation.
On entend aussi favoriser la production et l'usage de l'éthanol, un moyen de réduire la consommation d'essence, certes, mais qui exige la culture intensive de maïs, dont on connaît pourtant les effets néfastes sur la pollution des cours d'eau et la déforestation des terres...
Une part importante des millions prévus ira à la stimulation de la recherche, que ce soit en matière de technologies pour les entreprises ou de biocombustibles, et une somme de 169 millions sera réservée pour «appuyer les provinces et les territoires et collaborer avec eux dans les initiatives prioritaires de réduction des émissions», stipule le document gouvernemental. Ottawa s'engage aussi à donner l'exemple en faisant l'acquisition de véhicules moins énergivores et en améliorant sensiblement l'efficacité énergétique de son parc immobilier.
Voilà donc un plan ambitieux, si l'on fait le décompte des mesures envisagées — deux douzaines — chacune exigeant la mise sur pied d'une petite armada bureaucratique, on le devine.
Le hic, c'est que ces mesures d'incitation, dont le coût pour le gouvernement oscillera entre un et deux milliards, et beaucoup plus pour les individus et les entreprises, ne permettront, au mieux, de réduire les émissions de gaz que du dixième de l'objectif. Ottawa veut montrer son sérieux et pour ce faire, comme à son habitude, il dépensera beaucoup d'argent afin de sensibiliser les citoyens. Mais s'il ne s'attaque pas de front aux causes premières des émissions de gaz à effet de serre que sont la production et la consommation d'énergies fossiles, cet argent aura été dépensé uniquement pour épater la galerie. Pour le moment, ni les acheteurs de véhicules très polluants, ni les producteurs d'énergie thermique comme l'Ontario, ni les grands producteurs de pétrole comme l'Alberta n'auront à faire d'effort particulier pour participer à l'atteinte des objectifs. Pourtant, Dieu sait que les amateurs de véhicules utilitaires, de VTT, de motoneiges, de motomarines et d'autres gadgets du genre sont les derniers à se préoccuper de l'environnement!
Quant aux grands pollueurs industriels et aux producteurs de pétrole, notamment ceux qui exploitent les sables bitumineux, ils ont été rassurés en apprenant qu'ils n'auraient pas à ralentir la croissance de leurs émissions de plus de 15 % par rapport au niveau qu'ils auraient normalement atteint... en 2010, ce qui leur laissera toute la marge nécessaire pour croître sans contrainte, laissant l'évolution normale de la technologie faire le reste.
Mais comment croit-on pouvoir respecter nos engagements de revenir sous le niveau de 1990 si tous les grands pollueurs sont en quelque sorte exclus de l'exercice? Comment, sinon en culpabilisant la majorité qui n'est pourtant pas responsable du problème et en lui faisant supporter les coûts des dépenses gouvernementales?
Adhérer au protocole de Kyoto fut un geste politique courageux, cela s'entend. Mais si le gouvernement de Jean Chrétien n'avait pas vraiment l'intention de mettre en place les mesures nécessaires pour que l'engagement ne soit pas qu'un voeu pieux, alors pourquoi avoir signé le protocole?
jrsansfacon@ledevoir.ca
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