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Québec lance un front commun pour sauver le Grand Prix

Legault mise sur une intervention des constructeurs auprès d'Ecclestone

Brian Myles   12 août 2003 
La survie du Grand Prix du Canada repose entre les mains de Ferrari, McLaren/Mercedes, BMW/Williams et autres puissants constructeurs de la Formule 1, en qui Normand Legault et le gouvernement du Québec fondent leurs derniers espoirs.

Le promoteur du Grand Prix, Normand Legault, entretient toujours un «mince» espoir de revoir les bolides de la F1 à Montréal en 2004. Mais la survie de l'épreuve dépend d'une intervention des constructeurs auprès de Bernie Ecclestone, a-t-il réitéré hier.

Le ministre québécois du Loisir et du Sport, Jean-Marc Fournier, a d'ailleurs annoncé hier la création d'un comité afin de convaincre les manufacturiers de la F1 qu'ils ne peuvent se passer d'un arrêt à Montréal. «Ce sera une Mission Grand Prix de Montréal, pour appuyer Normand Legault. Il faut que les avantages de l'événement pour les intervenants soient bien compris», a dit M. Fournier.

Dans la seule journée d'hier, Normand Legault s'est entretenu à quatre reprises avec Bernie Ecclestone, le patron de Formula One Management, qui a confirmé de vive voix sa décision de retirer Montréal du calendrier 2004 en raison de l'entrée en vigueur, en octobre, de la loi interdisant la commandite du tabac.

L'adoption de la loi antitabac sert ici de prétexte. Elle permet à Bernie Ecclestone de rayer Montréal de la carte, en toute légalité, en vertu des contrats signés entre le Grand Prix du Canada et Formula One Management. En toile de fond, ce retrait permet à Ecclestone de régler un criant problème de croissance. Il a trop de grands prix sur les bras, résume M. Legault.

La Chine et le Bahreïn feront leur entrée officielle dans le cirque de la F1 en 2004. La Belgique y retrouvera sa place après avoir assoupli sa loi antitabac. Avec la disparition des épreuves en Autriche et au Canada, le championnat de la F1 serait ramené à 17 épreuves, contre 16 cette année. Le scénario idéal pour Ecclestone. Il n'est pas dans l'obligation de consulter les écuries pour établir un calendrier comptant 17 épreuves ou moins. Mais à partir de 18, il doit obtenir l'assentiment de toutes les équipes, ce qui entraînerait de houleuses négociations.

Bernie Ecclestone jongle avec l'idée de réinsérer le Canada dans un calendrier avec 18 courses, mais la partie n'est pas gagnée pour Legault. Les discussions d'hier entre les deux amis de longue date se sont soldées par un échec.

Avec l'appui du maire de Montréal, Gérald Tremblay, l'industrie touristique s'est mobilisée vendredi dernier pour suggérer aux gouvernements de s'aligner sur l'Union européenne et de reporter deux ans encore l'entrée en vigueur de l'interdiction sur la commandite du tabac.

Selon M. Legault, il ne sert à rien de multiplier les pressions sur Québec et Ottawa. Un moratoire ne pourra sauver le Grand Prix. «Ça m'apparaît hautement improbable que de tels changements puissent être faits dans un délai permettant de présenter l'épreuve en 2004», a-t-il dit hier.

Le ministre Fournier a enfin écarté ce scénario concocté par Tourisme Montréal en réaffirmant que le Québec ne changerait pas sa loi. M. Fournier prendra cependant la tête de la «Mission Grand Prix», qui regroupera des représentants des ministères du Loisir et du Sport, du Développement régional, du Tourisme, de la Chambre de Commerce du Montréal métropolitain, de Tourisme Montréal et du gouvernement fédéral.

Le ministre cherche «l'exception au contrat» plutôt que «l'exemption à la loi». Il voudrait convaincre les constructeurs de retirer la publicité du tabac de leurs bolides pour l'épreuve de Montréal, comme ils le font déjà en France et en Angleterre, où la commandite du tabac est bannie.

À Ottawa, le conseil des ministres se réunit ce matin, mais il ne faut pas s'attendre à des surprises. Le premier ministre, Jean Chrétien, a déjà indiqué que la loi antitabac ne souffrirait d'aucune nouvelle mesure d'exception.

Normand Legault entamera, dans les prochains jours, ses discussions avec les principaux bailleurs de fonds de la F1, des constructeurs comme Honda jusqu'aux fabricants de pneus comme Bridgestone. «Il en va de leur intérêt de conserver un Grand Prix au Canada», a-t-il dit.

La course de Montréal est l'une des plus suivies en Europe en raison du décalage horaire. De l'autre côté de l'Atlantique, elle tombe dans le créneau de soirée. Le Grand Prix du Canada est suivi par 3,1 millions de spectateurs dans 114 pays, offrant aux constructeurs et à leurs sponsors une jolie vitrine commerciale.

Avec la Presse canadienne
 
 
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