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    Libre opinion: L'union entre personnes de même sexe: moralité et légalité, des enjeux différents

    12 août 2003 |Gérard Lévesque - Professeur de philosophie au Cégep de Sainte-Foy
    L'existence des chartes des droits de l'homme confirme admirablement bien que l'on admet qu'il y a un ordre de choses qui transcende les États et auxquelles leur législation doit se conformer. En reconnaissant par exemple la liberté d'expression, l'État ne crée pas un droit. Car la liberté d'expression est un droit naturel c'est-à-dire, selon Le Petit Larousse, un droit «qui trouve son fondement dans la nature de l'homme». En officialisant par le mariage la volonté des personnes de vivre une relation de vie en commun, la société ne crée pas une union qui n'existerait pas sans elle. Avant d'être institutionnalisée par la société, cette union l'est par la nature même de l'être humain et par ses inclinations les plus profondes. Voilà pourquoi cette union a toujours existé et continuera d'exister, indépendamment du droit et de la religion.

    De par l'ordre naturel des choses, l'union des personnes de sexe différent et celle des personnes de même sexe sont manifestement autres, dans leur fondement même et jusque dans leur portée ultime. Il n'est nul besoin d'un cours de sexualité 101 pour savoir que l'activité sexuelle de ces deux unions n'est pas la même, même si les deux ont des points en commun, dont le moindre n'est pas, même si on cherche à le passer souvent sous silence, le plaisir qui lui est naturellement rattaché. Dans cet ordre naturel de la sexualité humaine, la procréation est naturellement liée à l'union de l'homme et de la femme. Par son vocable, la notion de mariage comporte cette même référence à la procréation: le mot latin qui le désigne, «matrimonium», s'associe à l'idée de mère, «mater» en latin, et signifie régime de vie de qui est mère, retenant de préférence la maternité à la paternité vraisemblablement parce que plus évidente. De cette procréation dépendent la perpétuation de l'espèce humaine et l'existence même de la famille et des sociétés. Ce lien intrinsèque entre sexualité et procréation, voilà ce qui, en tout premier lieu et de la façon la plus manifeste, fait du mariage entre l'homme et la femme une union toute spéciale, à nulle autre pareille. À cet égard, il n'est aucunement nécessaire d'ajouter à cela d'autres différences fort probables, dont celles ayant trait à la psychologie des sentiments et à l'écologie des rapports familiaux et sociaux.

    Un droit est dû à une personne parce que cette personne a le pouvoir de faire ce que ce droit permet de faire. L'enfant n'a pas le droit de vote. On lui reconnaît par contre d'autres droits, des plus naturels, parce que découlant de sa nature d'enfant et des pouvoirs qu'elle lui confère naturellement, dont le droit d'être nourri et éduqué. L'homosexualité ne détient pas le pouvoir de procréer. C'est un pouvoir qui ne peut provenir que de l'hétérosexualité. Les personnes de même sexe ont beau avoir des relations sexuelles empreintes de tout le doigté et de toute la tendresse du monde, cela n'y change rien. Elles ne peuvent donc pas prétendre avoir le droit à une union identique à celle que peuvent avoir les personnes de sexe différent et que l'on désigne traditionnellement par le droit au mariage. Dans l'ordre naturel des choses et du point de vue de la morale universelle, cela est clair et net.

    Mais il n'y a pas que la morale qui régisse les réalités humaines. Il y a aussi la société et ses lois. L'État ne doit évidemment pas être indifférent au développement optimal des personnes. Mais cet épanouissement des personnes ne relève cependant pas de façon spécifique de la société et de la loi. Cela relève proprement de la morale et est surtout affaire d'éducation. C'est pourquoi on peut être un bon citoyen sans être une personne vraiment bien éduquée, et encore moins un bon chrétien. L'on peut ne pas voler son voisin sans aimer son prochain! Car l'État vise principalement à assurer le bon ordre dans les rapports entre citoyens. Ce bon ordre se réalise par le respect des lois. Or celles-ci ne peuvent être suffisamment respectées si elles interdisent les habitudes de vie d'un nombre élevé de citoyens ou si elles exigent des comportements difficilement compatibles avec leurs moeurs. Pour atteindre sa fin, l'État doit chercher prioritairement à réglementer les moeurs usuelles de ses citoyens, de façon à ce qu'elles n'entravent pas l'ordre de la justice et la paix sociale qui en découle. C'est là une façon de comprendre le dicton qui dit que gouverner, c'est l'art du possible. C'est faire avec. L'on peut bien souhaiter davantage mais, dans les faits, ce serait risquer d'opter pour le meilleur qui est l'ennemi du bien. Ce serait se rapprocher dangereusement de la théocratie dont nous préserve au Québec la séparation entre l'Église et l'État. Ce serait s'éloigner de la démocratie qui tend à l'équilibre à travers la diversité des moeurs et des croyances et qui demeure malgré tout, comme on l'a dit, le moins pire des mauvais régimes politiques.

    On peut espérer de la pertinence de réglementer l'union des personnes de même sexe que la législation puisse comporter les mêmes avantages que, en matière d'union entre personnes de sexe différent, on attribue au mariage civil comparativement à l'union libre. Mais il serait approprié que l'État procède grâce à une législation qui tienne compte de la spécificité du mariage traditionnel et des différences qu'entretient avec lui l'union des personnes de même sexe.

    On a tort de croire que qui dit différence dit discrimination. Il n'y a discrimination que lorsqu'il y a injustice. Et il n'y a que deux manières d'être injuste: refuser à quelqu'un un avantage auquel il a droit ou lui attribuer une différence qu'il ne désire pas mais, surtout, qui ne lui revient pas. Or nous croyons avoir montré qu'il existe entre les unions en cause des différences suffisamment importantes et radicales pour que la législation en tienne compte. À cet égard, la formule d'union civile utilisée par la législation québécoise nous semble une avenue dont tribunaux et autres gouvernements pourraient s'inspirer pour donner à l'union de fait entre personnes de même sexe un encadrement juridique approprié.












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