dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Une autre parole

11 août 2003 
Le sort de la journaliste-photographe montréalaise d'origine iranienne, Zahra Kazemi, battue à mort après avoir été arrêtée en marge d'une manifestation près d'une prison dans son pays d'origine, a fait les manchettes en juillet. On se rendait compte que la liberté de la presse avait un prix. Dur prix, celui de la vie d'une femme douce dont les photographies étaient autant de témoignages de l'injustice subie par des peuples déshérités.

Ses proches l'appelaient Ziba. À 53 ans, elle avait visité 25 pays caméra au poing afin de documenter la vie des gens ordinaires pris au piège de logiques belliqueuses qui leur étaient pourtant étrangères. Les journaux étrangers se sont intéressés à son cas. Reporters sans frontières s'est porté à sa défense. Les rapports de presse soulignaient le professionnalisme de cette femme déterminée.

Zahra Kazemi travaillait à la pige. Ses reportages imagés étaient vendus par l'entremise de l'agence londonienne Camera Press. Mais depuis cinq ans, elle publiait ses clichés dans un minuscule magazine indépendant de Montréal, Recto Verso, l'héritier de Vie ouvrière et d'une longue tradition québécoise de journalisme engagé mais tout aussi professionnel.

Dans une lettre parue dans Le Devoir du 19 juillet, l'éditrice de Recto Verso, Anne-Marie Brunelle écrivait à son amie Ziba: «Je te vois tiquer devant les manifestations récentes d'intérêt pour ton travail. Tu répétais souvent combien il y a peu de place pour la photo documentaire comme tu la pratiquais. Peu de médias pour acheter, de pauvres conditions pour réaliser tes projets.»

***

C'est à peu près au même moment qu'Anne-Marie Brunelle apprit que Recto Verso n'aurait plus droit à l'aide financière du gouvernement fédéral. Une maigre subvention de 30 000 $ par année, sur un budget total de 675 000 $, mais qui couvrait un salaire et permettait à cette revue distribuée à 80 000 exemplaires dans des lieux publics et les réseaux communautaires, de boucler les fins de mois.

Le Fonds du Canada pour les magazines a accordé l'an dernier 554 000 $ au magazine 7 jours, 279 000 $ à Dernière Heure, 275 000 $ à Lundi, autant de torchons à potins appartenant à des géants de l'édition et qui ne prennent pas le centième des risques de Recto Verso et de ses journalistes pigistes pour offrir au public québécois une information diversifiée, de qualité et susceptible d'aider les lecteurs à exercer leur rôle de citoyens.

Les principaux bénéficiaires de ce fonds ont été jusqu'à présent et continueront d'être les grands conglomérats de l'édition. Le groupe Rogers Media de Toronto (Macleans, L'actualité, Châtelaine, etc.) jouira d'un soutien de 4,9 millions de dollars en 2003. Quebecor et Transcontinental, deux autres groupes milliardaires, ont reçu près de deux millions chacun en 2001-2002 pour «améliorer le contenu rédactionnel» de leurs publications.

Recto Verso ne recevra plus d'aide publique pour l'amélioration de son contenu rédactionnel parce qu'il est distribué gratuitement. Le magazine est injustement classé dans la catégorie des «magazines d'affaires et professionnels». Une aberration.

Le Fonds du Canada pour les magazines a été créé en 1999 à la suite d'une longue dispute commerciale gagnée par les États-Unis devant l'Organisation mondiale du commerce. Depuis, les magazines américains comme Time, People ou Sports Illustrated peuvent vendre de l'espace publicitaire dans leurs éditions distribuées au Canada même si le contenu de leur magazine demeure entièrement américain. Pour aider les publications canadiennes à faire face à cette concurrence, le gouvernement soutient financièrement le contenu rédactionnel. C'est une logique commerciale et nationaliste qui structure les critères du fonds et non pas une logique démocratique destinée à faire contrepoids à la concentration de la propriété de la presse.

Empruntant une logique différente, un comité présidé par l'ancienne journaliste Armande Saint-Jean a recommandé au gouvernement du Québec, au début de 2003, la création d'un fonds d'aide à l'information destiné à soutenir la diversité et la qualité de l'information au Québec. Il s'agissait de mettre en oeuvre un mécanisme de correction afin de diversifier l'offre d'information au Québec en dehors des grands conglomérats afin de «rétablir ce que le libre marché ne fait pas de lui-même».

Le 8 juillet, la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, a annoncé une réduction de moitié du fonds, qui passera de 32 à 16 millions par an d'ici trois ans. L'essentiel de l'économie sera réalisée en supprimant l'aide aux revues distribuées gratuitement. Recto Verso est emportée dans le lot, sans distinction.

En revanche, cinq millions de dollars supplémentaires seront distribués à une nuée de journaux communautaires et culturels. En vertu de ce programme, une publication élitiste et confidentielle tirée à 2500 exemplaires deux fois par an pourra jouir d'une aide mais pas Recto Verso avec ses 80 000 exemplaires mensuels. Le fonds continuera d'aider à consolider les géants de l'édition, qui contrôlent aussi la distribution en kiosque, que la diffusion gratuite permettait de contourner.

Récemment, une «Société des actionnaires solidaires de Recto Verso» a été créée pour soutenir la publication. L'action coûte 10 $. Je suggère à Quebecor, Rogers et Transcontinental d'acheter chacun 1000 actions (et pourquoi pas un peu plus) pour au moins compenser la perte de la subvention fédérale, en attendant que Sheila Copps se rende compte de l'ineptie de la décision des fonctionnaires de son ministère.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012