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Libre opinion: La honteuse position de l'Église catholique face aux homosexuels

Svend Robinson - Député de Burnaby-Douglas  9 août 2003 
À titre de député élu, je suis attristé et choqué par les récentes tentatives des dirigeants de l'Église catholique, tant au Vatican qu'au Canada, pour intimider et menacer les députés au sujet du mariage homosexuel. Je pense notamment à la déclaration renversante de l'archevêque de Calgary, selon laquelle le premier ministre sera condamné à brûler dans les feux éternels de l'enfer pour sa prise de position. En tant qu'homosexuel qui vit depuis près de dix ans une relation exclusive pleine de tendresse avec mon partenaire Max, je suis révolté par le langage calomnieux et dénonciateur utilisé par le Vatican dans sa récente déclaration sur le sujet, déclaration dans laquelle il qualifiait les gays et les lesbiennes de «diaboliques», de «déviants», d'«immoraux», et leur conduite d'«objectivement désordonnée» et de «dépravée» s'ils ne respectent pas les voeux de chasteté des prêtres.

Je suis particulièrement dégoûté par l'attaque honteuse portée contre les couples de gays ou de lesbiennes qui élèvent des enfants dans des foyers aimants et chaleureux, couples que le Vatican accuse de «faire violence» à leurs enfants. Comment le Vatican ose-t-il répandre ces mensonges haineux, alors qu'il a lui-même une longue histoire de violence réelle et d'abus commis contre des centaines de milliers d'enfants dans des paroisses partout à travers le monde, violence cachée et niée et pour laquelle l'Église ne s'est pas encore complètement rachetée? Dans le seul diocèse de Boston que présidait l'ancien cardinal Law, démis de ses fonctions, plus de 700 enfants ont été abusés par quelques 200 prêtres. L'hypocrisie de cette missive est ahurissante et je l'ai vécue personnellement. En effet, peu de temps après que j'ai avoué être gay, en 1988, le directeur de l'école catholique pour garçons de ma circonscription m'a appelé. En raison du très mauvais exemple que je donnais aux garçons, m'a-t-il déclaré sur un ton coupant, je ne pouvais plus assister à la cérémonie de fin d'année et remettre à un élève méritant une bourse que j'avais créée à la mémoire de Tommy Douglas. Quelque temps plus tard, j'ai appris qu'il était lui-même l'un des prêtres qui avaient abusé des enfants dans une autre province avant d'être expédié en catimini en Colombie-Britannique par les dirigeants de l'Église. Il a finalement été traduit en justice. Lorsqu'on étudie de plus près l'histoire de l'Église catholique dans le monde, que ce soit son indifférence ou sa complicité avec les auteurs de l'Holocauste, ses déclarations immorales contre l'utilisation des condoms dans la lutte contre le sida en Afrique et ailleurs qui ont mené à la mort de nombreuses personnes, sa misogynie et sa condamnation de la contraception et plus encore, elle est bien mal placée pour faire la morale aux députés au sujet du respect de la vie. Je me souviens de la déclaration qu'a faite le révérend André Vallée en 1984, lorsqu'il était secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques. Il condamnait les relations sexuelles pour le plaisir, même entre époux, et disait que l'Église «ne ferait jamais de compromis sur ce point». Les dirigeants de l'Église étaient complètement déconnectés de la réalité des Canadiens à l'époque; ils le sont encore plus aujourd'hui.

Les dirigeants de l'Église ont le droit de prendre la parole dans ce débat et d'autres — je les ai d'ailleurs souvent félicités pour leurs déclarations sur les injustices économiques et leur excellent travail pour lutter contre l'injustice et l'oppression qui ont cours dans les dictatures d'Amérique latine et ailleurs —, mais en tant que député élu, je n'ai pas à recevoir d'ordre d'eux. Je rends des comptes non pas aux cardinaux de Rome, mais aux citoyens que j'ai le privilège de représenter, à la Constitution et à la Charte des droits et libertés, qui est l'ultime loi du pays. Il est vrai que la Charte protège également la liberté de religion et la liberté d'expression, celles des prêtres et des politiciens, et elle doit continuer de le faire. Cependant, nous devons combattre vigoureusement la bigoterie, l'intolérance et le mensonge. Par exemple, dans une déclaration faite plus tôt cette année, l'archevêque de Vancouver, Mgr Adam Exner, écrit, à propos de la «défense du mariage», que si les mariages gays sont permis, «les personnes mariées perdront les droits et les avantages que leur confère la loi». Cela est complètement faux et désolant, quand on sait qu'il est membre du clergé. Aux Pays-Bas, où les mariages homosexuels sont légaux depuis plus de deux ans, on n'a pas constaté de baisse substantielle du taux de natalité, les hétérosexuels n'ont pas abandonné le mariage et il n'y a eu aucune perte d'avantages. Bref, la vie suit son cours.

Heureusement, des voix se sont élevées au sein même de l'Église pour dénoncer l'intolérance et l'intimidation. Mgr Louis Dicaire, de l'Assemblée des évêques du Québec, voulant souligner l'importance de séparer l'Église et l'État (se rappelant sans doute une époque pas si lointaine où ce concept était gravement oublié), a dit récemment que «l'Église catholique est une communauté de foi, pas un groupe de pression». Il y a quelques années, un autre prêtre catholique, le père Norman Birch, de Richmond (Colombie-Britannique), a écrit avec beaucoup d'émotion au sujet d'un jeune homme gay de sa paroisse qui s'était suicidé, alléguant que l'«homophobie et la haine» étaient responsables de sa mort. Il avait demandé: «Qu'avons-nous fait du précepte "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés"?» Aujourd'hui, je pose la même question aux diigeants de l'Église catholique et je les exhorte à s'exprimer non pas pour condamner par sentiment d'intolérance, mais pour défendre la justice, la dignité et l'amour. C'est un message que tous les députés écouteraient avec attention. J'espère que les députés balayeront du revers de la main la dernière missive du Vatican et appuieront le droit de tous leurs électeurs, dans toutes les circonscriptions, d'être traités avec le même respect et la même dignité, tel que le prévoient la Déclaration universelle des droits de l'homme et la Loi constitutionnelle du Canada.
 
 
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