Pas de Grand Prix du Canada en 2004
Motif: les lois antitabac qui entrent en vigueur en octobre
Fabien Deglise
8 août 2003
Photo : Patrick Sanfaçon
«Je n’ai pas d’état d’âme, dit le promoteur du Grand Prix, Normand Legault. C’est une disposition contractuelle dont M. Ecclestone s’est prévalu. [L’annulation de Grands Prix] a touché de nombreux pays où des lois similaires [sur le tab
Il y a eu les rumeurs, les démentis, et depuis hier la mise au point, sous forme de confirmation: en juin prochain, les pneus des voitures de Montoya, Schumacher, Coulthard et consorts ne laisseront guère de traces sur le circuit Gilles-Villeneuve de Montréal. Motif? Le Grand Prix du Canada, qui depuis 1978 fait vibrer la métropole, n'est plus. Pour la saison 2004 du moins, a décidé le grand patron de la Formule 1, Bernie Ecclestone, invoquant les lois fédérales et provinciales qui interdisent aux fabricants de tabac de parrainer ce genre d'événement. Lois dont l'entrée en vigueur complète est fixée au 1er octobre 2003.
«J'ai reçu hier [mercredi] une lettre de Formula One Managment [FOM, la société de M. Ecclestone gérant les Grands Prix partout dans le monde], a annoncé hier en conférence de presse Normand Legault, promoteur du Grand Prix du Canada. Cette lettre indique que le Grand Prix du Canada ne figurera pas au calendrier 2004 du championnat du monde de Formule 1.»
L'hypothèse étrangement évoquée par le ministre belge de l'Économie, Serge Kubla, samedi dernier lors de l'annonce du retour du Grand Prix de Belgique en 2004 à la date prévue pour la course montréalaise, vient donc de se vérifier. Sans grande surprise pour Normand Legault. «Je n'ai pas d'état d'âme, a-t-il déclaré. C'est une disposition contractuelle dont M. Ecclestone s'est prévalu. [L'annulation de Grands Prix] a touché de nombreux pays où des législations similaires [sur le tabac] sont en vigueur. C'est son droit de le faire et je considère sa décision comme sérieuse.»
Sérieuse, mais aussi «incompréhensible», a commenté hier le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, en entrevue au Devoir. «C'est une décision majeure qui vient d'être prise sans qu'on en ait eu des signes avant-coureurs, a-t-il dit. Mais tout n'est pas encore joué. Nous allons dans les prochains jours rencontrer M. Legault et tous les efforts vont être déployés pour s'assurer que le Grand Prix du Canada se tienne à Montréal en 2004. Si on perd cet événement majeur, même pendant une année, rien ne nous laisse croire qu'on pourrait le récupérer un jour. Et c'est une chose que nous ne voulons pas envisager.»
Cette stupeur teintée d'un brin de colère a été partagée hier par le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui lui aussi s'est dit prêt à soutenir M. Legault dans des démarches visant à faire entendre raison à M. Ecclestone. «Il n'y a pas une personne [Bernie Ecclestone] qui va décider de l'avenir d'un événement majeur qui fait la fierté des Montréalais et Montréalaises, a-t-il commenté. On doit respecter les citoyens, on doit respecter les gouvernements qui prennent des décisions dans le meilleur intérêt des citoyens et, surtout, on doit reconnaître que Montréal, pendant 25 ans, s'est battu pour faire de ce Grand Prix un succès.»
Déterminés, MM. Tremblay et Fournier n'ont toutefois pas l'intention d'exiger un assouplissement des lois sur la publicité du tabac afin de permettre aux coureurs d'afficher sur leurs véhicules comme sur leurs costumes officiels les couleurs des rouleurs de cigarettes. «En France et en Grande-Bretagne, on fait l'usage de voitures fantômes [sans logo de l'industrie du tabac] lors des Grands Prix pour se plier aux lois en vigueur, a expliqué M. Tremblay. Il n'est donc pas question d'aller voir les gouvernements pour permettre encore la présence de ces publicités.»
Normand Legault acquiesce. «Les lois contre le tabagisme ne sont pas une surprise, a-t-il dit. L'univers de la Formule 1 les connaît depuis sept ans. Et l'organisation du Grand Prix du Canada n'a pas l'intention d'entamer des démarches pour que des amendements soient apportés à la législation.» Selon lui, les pressions doivent plutôt se concentrer sur les constructeurs automobiles et sur les équipes «afin qu'ils acceptent de concourir dans un autre contexte commercial», dit-il. Comprendre: sans l'appui d'une industrie qui ne sied guère à notre époque.
Le promoteur du Grand Prix ne désespère pas d'ailleurs de sensibiliser les écuries au maintien de l'étape montréalaise du championnat. «Les constructeurs automobiles qui financent la Formule 1 ont des intérêts économiques au Canada, dit-il. Le Grand Prix du Canada est aussi l'un des plus appréciés par les coureurs et leurs équipes en plus d'être celui qui attire le plus de spectateurs», autant aux abords du circuit que devant les téléviseurs en Amérique du Nord et en Europe en raison d'un décalage horaire favorable.
L'an dernier, 326 000 personnes ont assisté pendant trois jours à l'événement qui induit un esprit de fête dans toute la métropole durant une semaine. Avec des retombées économiques d'environ 80 millions de dollars. Le Grand Prix du Canada est également, avec 25 ans d'existence, l'un des plus anciens du calendrier de Formule 1 après Monaco et Monza, en Italie.
Entendre de nouveau vrombir des moteurs en juin prochain n'est donc pas totalement exclu, estime M. Legault. «Je ne jette pas l'éponge tout de suite, dit-il. Mais chaque semaine qui passera [à partir de maintenant] rend cette éventualité difficile à atteindre pour des raisons logistiques.»
Avec la collaboration de Jeanne Corriveau
«J'ai reçu hier [mercredi] une lettre de Formula One Managment [FOM, la société de M. Ecclestone gérant les Grands Prix partout dans le monde], a annoncé hier en conférence de presse Normand Legault, promoteur du Grand Prix du Canada. Cette lettre indique que le Grand Prix du Canada ne figurera pas au calendrier 2004 du championnat du monde de Formule 1.»
L'hypothèse étrangement évoquée par le ministre belge de l'Économie, Serge Kubla, samedi dernier lors de l'annonce du retour du Grand Prix de Belgique en 2004 à la date prévue pour la course montréalaise, vient donc de se vérifier. Sans grande surprise pour Normand Legault. «Je n'ai pas d'état d'âme, a-t-il déclaré. C'est une disposition contractuelle dont M. Ecclestone s'est prévalu. [L'annulation de Grands Prix] a touché de nombreux pays où des législations similaires [sur le tabac] sont en vigueur. C'est son droit de le faire et je considère sa décision comme sérieuse.»
Sérieuse, mais aussi «incompréhensible», a commenté hier le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, en entrevue au Devoir. «C'est une décision majeure qui vient d'être prise sans qu'on en ait eu des signes avant-coureurs, a-t-il dit. Mais tout n'est pas encore joué. Nous allons dans les prochains jours rencontrer M. Legault et tous les efforts vont être déployés pour s'assurer que le Grand Prix du Canada se tienne à Montréal en 2004. Si on perd cet événement majeur, même pendant une année, rien ne nous laisse croire qu'on pourrait le récupérer un jour. Et c'est une chose que nous ne voulons pas envisager.»
Cette stupeur teintée d'un brin de colère a été partagée hier par le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui lui aussi s'est dit prêt à soutenir M. Legault dans des démarches visant à faire entendre raison à M. Ecclestone. «Il n'y a pas une personne [Bernie Ecclestone] qui va décider de l'avenir d'un événement majeur qui fait la fierté des Montréalais et Montréalaises, a-t-il commenté. On doit respecter les citoyens, on doit respecter les gouvernements qui prennent des décisions dans le meilleur intérêt des citoyens et, surtout, on doit reconnaître que Montréal, pendant 25 ans, s'est battu pour faire de ce Grand Prix un succès.»
Déterminés, MM. Tremblay et Fournier n'ont toutefois pas l'intention d'exiger un assouplissement des lois sur la publicité du tabac afin de permettre aux coureurs d'afficher sur leurs véhicules comme sur leurs costumes officiels les couleurs des rouleurs de cigarettes. «En France et en Grande-Bretagne, on fait l'usage de voitures fantômes [sans logo de l'industrie du tabac] lors des Grands Prix pour se plier aux lois en vigueur, a expliqué M. Tremblay. Il n'est donc pas question d'aller voir les gouvernements pour permettre encore la présence de ces publicités.»
Normand Legault acquiesce. «Les lois contre le tabagisme ne sont pas une surprise, a-t-il dit. L'univers de la Formule 1 les connaît depuis sept ans. Et l'organisation du Grand Prix du Canada n'a pas l'intention d'entamer des démarches pour que des amendements soient apportés à la législation.» Selon lui, les pressions doivent plutôt se concentrer sur les constructeurs automobiles et sur les équipes «afin qu'ils acceptent de concourir dans un autre contexte commercial», dit-il. Comprendre: sans l'appui d'une industrie qui ne sied guère à notre époque.
Le promoteur du Grand Prix ne désespère pas d'ailleurs de sensibiliser les écuries au maintien de l'étape montréalaise du championnat. «Les constructeurs automobiles qui financent la Formule 1 ont des intérêts économiques au Canada, dit-il. Le Grand Prix du Canada est aussi l'un des plus appréciés par les coureurs et leurs équipes en plus d'être celui qui attire le plus de spectateurs», autant aux abords du circuit que devant les téléviseurs en Amérique du Nord et en Europe en raison d'un décalage horaire favorable.
L'an dernier, 326 000 personnes ont assisté pendant trois jours à l'événement qui induit un esprit de fête dans toute la métropole durant une semaine. Avec des retombées économiques d'environ 80 millions de dollars. Le Grand Prix du Canada est également, avec 25 ans d'existence, l'un des plus anciens du calendrier de Formule 1 après Monaco et Monza, en Italie.
Entendre de nouveau vrombir des moteurs en juin prochain n'est donc pas totalement exclu, estime M. Legault. «Je ne jette pas l'éponge tout de suite, dit-il. Mais chaque semaine qui passera [à partir de maintenant] rend cette éventualité difficile à atteindre pour des raisons logistiques.»
Avec la collaboration de Jeanne Corriveau
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