Un Canadien aurait été torturé en Syrie
Ottawa n'en fait pas assez pour rapatrier Maher Arar, selon son épouse
7 août 2003
Ottawa - Maher Arar, ce Canadien mystérieusement expulsé par les États-Unis vers la Syrie lors d'un transfert à l'aéroport John F. Kennedy de New York il y a 10 mois, aurait été soumis à la torture, soutient un groupe syrien de défense des droits de la personne. L'accès à M. Arar, refusé aux autorités consulaires canadiennes depuis 15 semaines, pourrait toutefois être permis «bientôt».
L'épouse de M. Arar, Monia Mazigh, estime toutefois que le gouvernement canadien n'en fait pas assez pour le rapatrier. Elle demandera d'ailleurs formellement des actions concrètes au gouvernement canadien ce matin, à Ottawa.
«Je me demande vraiment comment se porte mon mari, où il est, comment est son moral. En fait, je ne sais même pas s'il est encore vivant, lâche Mme Mazigh en entrevue. Tant que je ne verrai pas mon mari à côté de mes enfants, chez moi, ici à Ottawa, je dirai toujours: ils [le gouvernement] n'en font pas assez.»
Le cas Arar est tout sauf clair. L'ingénieur d'Ottawa, d'origine syrienne, est allé en Tunisie en juillet 2002 pour rendre visite à sa belle-famille. À son retour en septembre, il transite par la Suisse, où il dort une nuit, puis prend un vol d'American Airlines à destination de New York où il devait prendre une correspondance pour le Canada. Il est plutôt arrêté par les autorités américaines, interrogé, puis détenu pendant plus d'une semaine avant d'être expulsé vers la Jordanie puis la Syrie, des pays reconnus pour permettre la torture. La Syrie le soupçonnerait d'appartenir aux Frères musulmans, une organisation interdite dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Aucune accusation n'a encore été formellement déposée. Le Canada dit n'avoir rien à reprocher à Maher Arar et le premier ministre Jean Chrétien s'est même porté à sa défense en écrivant une lettre à son vis-à-vis syrien.
Le Canada demande au gouvernement syrien de l'informer de la durée prévue de l'enquête et, si aucune accusation n'est portée, de relâcher M. Arar. Les demandes de renseignements du Canada sont restées lettre morte pendant plusieurs semaines, mais hier un représentant de l'ambassade canadienne à Damas a pu rencontrer un agent du ministère syrien des Affaires étrangères. «On nous a laissé entendre que les visites consulaires pourraient reprendre bientôt», indique Raynald Doiron, porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Ottawa (MAECI).
Selon le rapport du Syrian Human Rights Committee, un groupe défendant les droits de la personne basé à Londres, M. Arar aurait été soumis à la torture. «Les tortures infligées comprennent notamment des coups de bâton et de câbles effilochés sur la plante des pieds et sur le corps, l'usage de l'électricité et la contorsion dans un pneu d'automobile pendant de longues heures, etc.», écrit l'auteur, Saleem el-Hasan, sur la base de «sources confidentielles et confirmées». La contorsion dans un pneu permettrait d'assener des coups sur tout le corps sans laisser de trace. Le rapport dit aussi que les interrogatoires auraient été menés par des «agents d'origine syrienne et étrangère». Le MAECI n'a pas voulu commenter ce rapport.
L'épouse de M. Arar a reçu ces informations il y a quelques jours. «Je les ai reçues certainement avec beaucoup de douleur, c'est mon mari et le père de mes deux enfants, sauf que ce n'était pas vraiment une surprise parce qu'on s'attendait à ce genre de traitement pour une personne envoyée dans une prison syrienne et pour laquelle on n'a plus aucune nouvelle depuis maintenant 15 semaines et un jour», a dit Mme Mazigh. Pour elle, son mari a été «kidnappé», rien de moins.
Au cours des dernières semaines, les informations anonymes se sont multipliées dans les médias. Certaines de ces sources soutiennent que ce serait à la suite d'une demande de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) que les autorités américaines auraient intercepté Maher Arar. À la GRC, on nie catégoriquement la chose. «La GRC n'a aucun lien avec l'arrestation et l'expulsion de M. Arar», récite le porte-parole, Paul Marsh. Le ministre responsable des forces policières, le Solliciteur général Wayne Easter, a toutefois reconnu que ce sont peut-être des éléments indisciplinés de la GRC qui ont communiqué ces informations.
La GRC refuse par ailleurs de dire pourquoi deux de ses agents affectés à la sécurité nationale, dont Randy Buffam, se seraient présentés à la résidence de M. Arar en janvier 2002, soit huit mois avant son arrestation et son expulsion. Une demande d'interrogatoire aurait été formulée, mais comme M. Arar a fait savoir qu'il n'y consentirait qu'en la présence de son avocat, la demande est restée lettre morte. La GRC, qui fait valoir qu'elle ne révèle jamais l'identité des personnes à qui elle s'intéresse, refuse même de confirmer ou de démentir cette visite. Si elle a bien eu lieu, comme le soutient l'épouse de M. Arar, qui dit avoir la carte de visite en sa possession, alors elle serait sans lien avec l'arrestation de M. Arar aux États-Unis, comprend-on des explications fournies par M. Marsh hier. Il a été impossible de parler à M. Buffam hier.
Mme Mazigh estime que c'est parce que son mari aurait refusé de parler à la GRC sans son avocat qu'il aurait été placé sur une liste d'indésirables et qu'il aurait été ultimement expulsé.
L'épouse de M. Arar, Monia Mazigh, estime toutefois que le gouvernement canadien n'en fait pas assez pour le rapatrier. Elle demandera d'ailleurs formellement des actions concrètes au gouvernement canadien ce matin, à Ottawa.
«Je me demande vraiment comment se porte mon mari, où il est, comment est son moral. En fait, je ne sais même pas s'il est encore vivant, lâche Mme Mazigh en entrevue. Tant que je ne verrai pas mon mari à côté de mes enfants, chez moi, ici à Ottawa, je dirai toujours: ils [le gouvernement] n'en font pas assez.»
Le cas Arar est tout sauf clair. L'ingénieur d'Ottawa, d'origine syrienne, est allé en Tunisie en juillet 2002 pour rendre visite à sa belle-famille. À son retour en septembre, il transite par la Suisse, où il dort une nuit, puis prend un vol d'American Airlines à destination de New York où il devait prendre une correspondance pour le Canada. Il est plutôt arrêté par les autorités américaines, interrogé, puis détenu pendant plus d'une semaine avant d'être expulsé vers la Jordanie puis la Syrie, des pays reconnus pour permettre la torture. La Syrie le soupçonnerait d'appartenir aux Frères musulmans, une organisation interdite dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Aucune accusation n'a encore été formellement déposée. Le Canada dit n'avoir rien à reprocher à Maher Arar et le premier ministre Jean Chrétien s'est même porté à sa défense en écrivant une lettre à son vis-à-vis syrien.
Le Canada demande au gouvernement syrien de l'informer de la durée prévue de l'enquête et, si aucune accusation n'est portée, de relâcher M. Arar. Les demandes de renseignements du Canada sont restées lettre morte pendant plusieurs semaines, mais hier un représentant de l'ambassade canadienne à Damas a pu rencontrer un agent du ministère syrien des Affaires étrangères. «On nous a laissé entendre que les visites consulaires pourraient reprendre bientôt», indique Raynald Doiron, porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Ottawa (MAECI).
Selon le rapport du Syrian Human Rights Committee, un groupe défendant les droits de la personne basé à Londres, M. Arar aurait été soumis à la torture. «Les tortures infligées comprennent notamment des coups de bâton et de câbles effilochés sur la plante des pieds et sur le corps, l'usage de l'électricité et la contorsion dans un pneu d'automobile pendant de longues heures, etc.», écrit l'auteur, Saleem el-Hasan, sur la base de «sources confidentielles et confirmées». La contorsion dans un pneu permettrait d'assener des coups sur tout le corps sans laisser de trace. Le rapport dit aussi que les interrogatoires auraient été menés par des «agents d'origine syrienne et étrangère». Le MAECI n'a pas voulu commenter ce rapport.
L'épouse de M. Arar a reçu ces informations il y a quelques jours. «Je les ai reçues certainement avec beaucoup de douleur, c'est mon mari et le père de mes deux enfants, sauf que ce n'était pas vraiment une surprise parce qu'on s'attendait à ce genre de traitement pour une personne envoyée dans une prison syrienne et pour laquelle on n'a plus aucune nouvelle depuis maintenant 15 semaines et un jour», a dit Mme Mazigh. Pour elle, son mari a été «kidnappé», rien de moins.
Au cours des dernières semaines, les informations anonymes se sont multipliées dans les médias. Certaines de ces sources soutiennent que ce serait à la suite d'une demande de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) que les autorités américaines auraient intercepté Maher Arar. À la GRC, on nie catégoriquement la chose. «La GRC n'a aucun lien avec l'arrestation et l'expulsion de M. Arar», récite le porte-parole, Paul Marsh. Le ministre responsable des forces policières, le Solliciteur général Wayne Easter, a toutefois reconnu que ce sont peut-être des éléments indisciplinés de la GRC qui ont communiqué ces informations.
La GRC refuse par ailleurs de dire pourquoi deux de ses agents affectés à la sécurité nationale, dont Randy Buffam, se seraient présentés à la résidence de M. Arar en janvier 2002, soit huit mois avant son arrestation et son expulsion. Une demande d'interrogatoire aurait été formulée, mais comme M. Arar a fait savoir qu'il n'y consentirait qu'en la présence de son avocat, la demande est restée lettre morte. La GRC, qui fait valoir qu'elle ne révèle jamais l'identité des personnes à qui elle s'intéresse, refuse même de confirmer ou de démentir cette visite. Si elle a bien eu lieu, comme le soutient l'épouse de M. Arar, qui dit avoir la carte de visite en sa possession, alors elle serait sans lien avec l'arrestation de M. Arar aux États-Unis, comprend-on des explications fournies par M. Marsh hier. Il a été impossible de parler à M. Buffam hier.
Mme Mazigh estime que c'est parce que son mari aurait refusé de parler à la GRC sans son avocat qu'il aurait été placé sur une liste d'indésirables et qu'il aurait été ultimement expulsé.
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