Mouvements sociaux et répression policière - Plus de 1700 arrestations à caractère politique au Québec depuis 1999
Les manifestations contre la réunion mini-ministérielle à Montréal, fin juillet, ont donné l'occasion à la police de poursuivre sa campagne de répression politique à l'égard des mouvements sociaux d'extrême gauche actifs au Québec. Seules les personnes à la mémoire courte ou à la perspective étroite en seront restées surprises.
Le mouvement «altermondialiste», ou Mouvement des mouvements, fait face à une violente répression policière qui n'a fait que s'aggraver depuis les attaques du 11 septembre 2001 contre les États-Unis. En Occident, la mort de Carlo Giuliani, tué de deux balles dans la tête par un policier italien en marge du Sommet du G8 à Gênes (été 2001), a marqué le point culminant de cette vague répressive qui se poursuit depuis. L'acquittement du policier assassin, en juin 2003, est passée presque inaperçue dans les médias, tout autant que la répression à laquelle fait face le Mouvement des mouvements dans les pays en voie d'industrialisation. Ne s'intéressant qu'aux manifestations liées aux politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, l'organisme britannique World Development Movement (www.wdm.org.uk) a répertorié la mort d'au moins dix sympathisants altermondialistes en 2002, 76 en 2001 et 10 en 2000.
Surprenante régularité
Au Québec en général et à Montréal en particulier, la police pratique les arrestations de masse avec une régularité surprenante — et dans l'indifférence générale — depuis maintenant plusieurs années. Je signais déjà un texte dans l'édition du Devoir du 29 mars 2002, intitulé «Plus de 1360 arrestations à caractère politique depuis 1999 au Québec». Les chiffres exposés dans ce texte sont depuis longtemps à réviser à la hausse. Outre des arrestations moins nombreuses de militants et de manifestants écologistes, féministes ou autres, comprises dans ce total, c'est surtout le nombre d'arrestations de masse qui détonne: 66 étudiants de l'UQAM arrêtés pour avoir manifesté leur opposition à une entente entre leur université et Coca-Cola (Montréal, automne 1999), 112 personnes arrêtées lors d'une manifestation contre la brutalité policière organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) (Montréal, 15 mars 2000), 46 arrestations lors de manifestations contre la réunion du G20 (Montréal, 24-25 octobre 2000), 463 arrestations lors du Sommet des Amériques (Québec, avril 2001), 82 arrestations lors d'une manifestation pro-palestinienne devant les consulats israélien et américain (Montréal, 29 septembre 2001), etc..
Avec environ 240 arrestations effectuées en marge de la réunion mini-ministérielle de l'OMC à Montréal, à la fin du mois de juillet, c'est maintenant plus de 1750 personnes qui ont été victimes d'une arrestation à caractère politique au Québec depuis l'automne 1999.
Un observateur se livrant à une analyse superficielle affirmera que ces manifestants n'ont que ce qu'ils méritent, puisqu'ils transgressent la loi quand ils lancent des frappes contre des cibles symboliques — des vitrines de McDonald's, de magasins Gap, de succursales de banques, etc. — et quand ils affrontent directement les policiers — comme dans le cas du Sommet des Amériques. Plus sérieusement, il faut constater que les policiers procèdent trop souvent à un nombre d'arrestations totalement disproportionné en comparaison des méfaits commis par une poignée d'individus.
Quatre exemples suffiront à illustrer ce décalage criant: pour justifier les 371 arrestations lors de la manifestation organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière (Montréal, 15 mars 2002), la police de Montréal ne mentionne qu'une demi-douzaine de vitres brisées et une voiture de police attaquée à l'aide d'une bombe... de peinture. Dans le cas des 157 arrestations à Westmount le 1er mai 2000, lors d'une manifestation en l'honneur des travailleurs, les manifestants n'avaient marché paisiblement qu'à peine quelques minutes avant d'être encerclés et tous arrêtés. Le 26 avril 2002, enfin, environ 350 personnes seront encerclées par les policiers de Montréal et déclarées en état d'arrestation, avant même le début d'une manifestation organisée par la Convergence des luttes anti-capitalistes (CLAC) pour protester contre la tenue d'une réunion préparatoire au Sommet du G8. Finalement, 147 constats d'infraction seront émis, 25 personnes seront amenées au centre de détention, les autres seront relâchées après plusieurs heures d'encerclement, avec interdiction de revenir dans le centre-ville jusqu'au lendemain.
Logique de répression politique
L'arrestation de masse en marge de la réunion de l'OMC s'inscrit dans cette logique de répression politique. Les policiers ont procédé à plus de 200 arrestations, prenant pour cible une foule paisiblement rassemblée dans la «zone verte». La justification des policiers: ces gens étaient liés à une manifestation qui avait eu lieu une heure plus tôt et pendant laquelle trois ou quatre vitrines avaient été fracassées dans la rue Sainte-Catherine. L'écart est trop flagrant entre les dommages matériels et le nombre d'arrestations pour qu'une telle justification soit acceptable.
Il faut chercher la motivation policière non pas du côté de la loi transgressée, mais du côté d'opinions politiques que les policiers mépriseraient. Ces arrestations de masse visent en effet toujours des militants et des manifestants identifiés à une frange spécifique du spectre politique: l'extrême gauche. Pour peaufiner leur besogne répressive, les policiers ciblent également des personnalités militantes, tel Jaggi Singh, encore une fois arrêté bien qu'il n'ait jamais été reconnu coupable de quoi que ce soit jusqu'à ce jour.
Le cas d'Amir Khadir est encore plus éclairant. Candidat de l'Union des forces progressistes aux élections provinciales, Khadir est à gauche plutôt qu'à l'extrême gauche et il a des alliés «respectables», contrairement aux «voyous», pour reprendre l'étiquette que Le Journal de Montréal attribue aux autres manifestants. Khadir sera arrêté, tout comme une vingtaine de membres de l'équipe médicale militante de laquelle il faisait partie. Conscients qu'ils risquent un dérapage médiatique, les policiers le relâchent pourtant très vite et sans l'accuser, alors que ses camarades de l'équipe médicale arrêtés avec lui feront tous face à des accusations. Logique policière binaire — clémence pour Khadir, répression contre ses camarades — qui prouve que la justice n'est pas tant aveugle que borgne et que les policiers n'agissent pas de façon neutre.
Bien du culot
Le ministre Pierre Pettigrew a bien du culot d'affirmer sans rire, lors de son discours d'ouverture de la réunion de l'OMC, que le mouvement «altermondialiste» s'essouffle, au moment même où des centaines de manifestants sont injustement encerclés et attendent menottés d'être amenés au poste, avant de faire face à des accusations légales. Le mouvement ne s'essouffle pas, M. Pettigrew: il est réprimé, ailleurs comme à Montréal.
Une enquête publique serait plus que nécessaire pour faire la lumière sur cette répression qui continue depuis plusieurs années, car certaines questions doivent être entendues: qui donne l'ordre de procéder ainsi à des arrestations de masse, les policiers ou le gouvernement? Quel est le coût financier et légal (casier criminel, etc.) pour ces centaines de citoyens injustement arrêtés et accusés? À quoi servent les agents en civil qui se mêlent aux manifestants (les policiers reconnaissent en avoir eu environ vingt, par exemple, lors des manifestations contre la réunion du G20, à Montréal, les 24 et 25 octobre 2000), s'ils sont incapables d'identifier la poignée de manifestants commettant des actes illégaux? De telles arrestations de masse contreviennent-elles au code de déontologie de la police, qui stipule qu'aucune discrimination ne doit être faite en fonction des opinions politiques des individus?
À consulter l'échelle qui mesure la violence des uns et des autres, force est de constater que ce sont les policiers qui sont les véritables casseurs.
Le mouvement «altermondialiste», ou Mouvement des mouvements, fait face à une violente répression policière qui n'a fait que s'aggraver depuis les attaques du 11 septembre 2001 contre les États-Unis. En Occident, la mort de Carlo Giuliani, tué de deux balles dans la tête par un policier italien en marge du Sommet du G8 à Gênes (été 2001), a marqué le point culminant de cette vague répressive qui se poursuit depuis. L'acquittement du policier assassin, en juin 2003, est passée presque inaperçue dans les médias, tout autant que la répression à laquelle fait face le Mouvement des mouvements dans les pays en voie d'industrialisation. Ne s'intéressant qu'aux manifestations liées aux politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, l'organisme britannique World Development Movement (www.wdm.org.uk) a répertorié la mort d'au moins dix sympathisants altermondialistes en 2002, 76 en 2001 et 10 en 2000.
Surprenante régularité
Au Québec en général et à Montréal en particulier, la police pratique les arrestations de masse avec une régularité surprenante — et dans l'indifférence générale — depuis maintenant plusieurs années. Je signais déjà un texte dans l'édition du Devoir du 29 mars 2002, intitulé «Plus de 1360 arrestations à caractère politique depuis 1999 au Québec». Les chiffres exposés dans ce texte sont depuis longtemps à réviser à la hausse. Outre des arrestations moins nombreuses de militants et de manifestants écologistes, féministes ou autres, comprises dans ce total, c'est surtout le nombre d'arrestations de masse qui détonne: 66 étudiants de l'UQAM arrêtés pour avoir manifesté leur opposition à une entente entre leur université et Coca-Cola (Montréal, automne 1999), 112 personnes arrêtées lors d'une manifestation contre la brutalité policière organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) (Montréal, 15 mars 2000), 46 arrestations lors de manifestations contre la réunion du G20 (Montréal, 24-25 octobre 2000), 463 arrestations lors du Sommet des Amériques (Québec, avril 2001), 82 arrestations lors d'une manifestation pro-palestinienne devant les consulats israélien et américain (Montréal, 29 septembre 2001), etc..
Avec environ 240 arrestations effectuées en marge de la réunion mini-ministérielle de l'OMC à Montréal, à la fin du mois de juillet, c'est maintenant plus de 1750 personnes qui ont été victimes d'une arrestation à caractère politique au Québec depuis l'automne 1999.
Un observateur se livrant à une analyse superficielle affirmera que ces manifestants n'ont que ce qu'ils méritent, puisqu'ils transgressent la loi quand ils lancent des frappes contre des cibles symboliques — des vitrines de McDonald's, de magasins Gap, de succursales de banques, etc. — et quand ils affrontent directement les policiers — comme dans le cas du Sommet des Amériques. Plus sérieusement, il faut constater que les policiers procèdent trop souvent à un nombre d'arrestations totalement disproportionné en comparaison des méfaits commis par une poignée d'individus.
Quatre exemples suffiront à illustrer ce décalage criant: pour justifier les 371 arrestations lors de la manifestation organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière (Montréal, 15 mars 2002), la police de Montréal ne mentionne qu'une demi-douzaine de vitres brisées et une voiture de police attaquée à l'aide d'une bombe... de peinture. Dans le cas des 157 arrestations à Westmount le 1er mai 2000, lors d'une manifestation en l'honneur des travailleurs, les manifestants n'avaient marché paisiblement qu'à peine quelques minutes avant d'être encerclés et tous arrêtés. Le 26 avril 2002, enfin, environ 350 personnes seront encerclées par les policiers de Montréal et déclarées en état d'arrestation, avant même le début d'une manifestation organisée par la Convergence des luttes anti-capitalistes (CLAC) pour protester contre la tenue d'une réunion préparatoire au Sommet du G8. Finalement, 147 constats d'infraction seront émis, 25 personnes seront amenées au centre de détention, les autres seront relâchées après plusieurs heures d'encerclement, avec interdiction de revenir dans le centre-ville jusqu'au lendemain.
Logique de répression politique
L'arrestation de masse en marge de la réunion de l'OMC s'inscrit dans cette logique de répression politique. Les policiers ont procédé à plus de 200 arrestations, prenant pour cible une foule paisiblement rassemblée dans la «zone verte». La justification des policiers: ces gens étaient liés à une manifestation qui avait eu lieu une heure plus tôt et pendant laquelle trois ou quatre vitrines avaient été fracassées dans la rue Sainte-Catherine. L'écart est trop flagrant entre les dommages matériels et le nombre d'arrestations pour qu'une telle justification soit acceptable.
Il faut chercher la motivation policière non pas du côté de la loi transgressée, mais du côté d'opinions politiques que les policiers mépriseraient. Ces arrestations de masse visent en effet toujours des militants et des manifestants identifiés à une frange spécifique du spectre politique: l'extrême gauche. Pour peaufiner leur besogne répressive, les policiers ciblent également des personnalités militantes, tel Jaggi Singh, encore une fois arrêté bien qu'il n'ait jamais été reconnu coupable de quoi que ce soit jusqu'à ce jour.
Le cas d'Amir Khadir est encore plus éclairant. Candidat de l'Union des forces progressistes aux élections provinciales, Khadir est à gauche plutôt qu'à l'extrême gauche et il a des alliés «respectables», contrairement aux «voyous», pour reprendre l'étiquette que Le Journal de Montréal attribue aux autres manifestants. Khadir sera arrêté, tout comme une vingtaine de membres de l'équipe médicale militante de laquelle il faisait partie. Conscients qu'ils risquent un dérapage médiatique, les policiers le relâchent pourtant très vite et sans l'accuser, alors que ses camarades de l'équipe médicale arrêtés avec lui feront tous face à des accusations. Logique policière binaire — clémence pour Khadir, répression contre ses camarades — qui prouve que la justice n'est pas tant aveugle que borgne et que les policiers n'agissent pas de façon neutre.
Bien du culot
Le ministre Pierre Pettigrew a bien du culot d'affirmer sans rire, lors de son discours d'ouverture de la réunion de l'OMC, que le mouvement «altermondialiste» s'essouffle, au moment même où des centaines de manifestants sont injustement encerclés et attendent menottés d'être amenés au poste, avant de faire face à des accusations légales. Le mouvement ne s'essouffle pas, M. Pettigrew: il est réprimé, ailleurs comme à Montréal.
Une enquête publique serait plus que nécessaire pour faire la lumière sur cette répression qui continue depuis plusieurs années, car certaines questions doivent être entendues: qui donne l'ordre de procéder ainsi à des arrestations de masse, les policiers ou le gouvernement? Quel est le coût financier et légal (casier criminel, etc.) pour ces centaines de citoyens injustement arrêtés et accusés? À quoi servent les agents en civil qui se mêlent aux manifestants (les policiers reconnaissent en avoir eu environ vingt, par exemple, lors des manifestations contre la réunion du G20, à Montréal, les 24 et 25 octobre 2000), s'ils sont incapables d'identifier la poignée de manifestants commettant des actes illégaux? De telles arrestations de masse contreviennent-elles au code de déontologie de la police, qui stipule qu'aucune discrimination ne doit être faite en fonction des opinions politiques des individus?
À consulter l'échelle qui mesure la violence des uns et des autres, force est de constater que ce sont les policiers qui sont les véritables casseurs.
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