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    Mariage homosexuel - L'Enfer de l'intolérance

    6 août 2003 |Michel Dorais - Sociologue, professeur et chercheur
    L'intervention du Vatican afin d'empêcher la pleine égalité des personnes homosexuelles en matière de mariage civil rappelle l'époque de l'Inquisition. Heureusement, la dissidence n'est plus punie de mort violente, mais d'une prétendue damnation en enfer.

    Contrairement au Vatican, rappelons-le, notre pays est une démocratie où l'Église et l'État ont été judicieusement séparés. De surcroît, le pluralisme ethnique et religieux tout comme la diversité sexuelle et sociale sont ici considérés comme des acquis précieux, dont nous sommes fiers. Malgré ses nombreux voyages, le pape semble peu habitué à un tel contexte. Il est aussi mal conseillé en ce qui concerne les raisons qu'il invoque pour lancer sa navrante

    croisade.

    D'abord, nos parlementaires s'apprêtent à faire évoluer la notion de mariage civil: le mariage religieux n'est pas du tout concerné par cela et l'Église n'a donc pas à se sentir menacée. Ensuite, il est erroné de prétendre que «l'expérience» montre que les enfants élevés par des couples de même sexe en souffriront. La recherche en ce domaine prouve plutôt le contraire. C'est toujours, toutes proportions gardées, dans des familles dites traditionnelles que les enfants sont hélas le plus susceptibles d'être victimes de violences morales, physiques et sexuelles. Affirmer, en plus, que les personnes homosexuelles auraient un «manque» préjudiciable dans l'expérience de la maternité et de la paternité est tout aussi fautif: nombre d'entre elles ont des enfants d'unions antérieures avec des personnes de l'autre sexe. D'ailleurs, s'il fallait appliquer à la lettre une telle logique, aucun couple ne serait autorisé par l'Église à avoir un premier enfant: l'expérience parentale s'acquiert et doit bien débuter quelque part.

    Balayer devant sa porte

    En ce qui concerne «l'état de faiblesse» des enfants qui amène l'Église à se dire inquiète de leur bien-être, la haute hiérarchie catholique devrait balayer devant sa propre porte. N'a-t-elle pas laissé perdurer durant des décennies les drames des enfants de Duplessis, des garçons d'Huberdeau et tant d'autres scandales qui éclatent encore aujourd'hui? Beaucoup de ces victimes d'agressions physiques et sexuelles répétées attendent encore des excuses et des dédommagements décents pour leur vie saccagée dans des institutions religieuses où étaient tolérés les abus les plus abjects.

    En répétant ad nauseam que l'amour entre personnes de même sexe ne saurait recevoir quelque approbation que ce soit, le Vatican cautionne le traitement des personnes homosexuelles comme citoyens de seconde zone. Exemple douteux de charité chrétienne, quand on sait que la condamnation de ces personnes par l'Église catholique sert souvent à justifier les violences qui leur sont faites, qui vont du harcèlement moral jusqu'au meurtre et au suicide — en particulier chez les jeunes, comme l'a montré notre enquête «Mort ou fif».

    Une religion que son intégrisme aveugle pousse à l'ostracisme, voire à la haine, n'a plus d'avenir. Quand «Aimez votre prochain comme vous-même» devient «Rejetez votre prochain s'il n'est pas comme vous-même», le message initial se trouve profondément perverti.

    Aussi, est-ce le devoir des citoyens de toutes croyances religieuses, y compris les catholiques, de s'élever contre des appels qui mettent en péril leur idéal d'une société de compréhension, de justice et de paix. L'intolérance, c'est forcément l'enfer sur Terre. Est-ce le monde que nous souhaitons pour nous-mêmes et pour nos enfants?












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