Les Libériens sont «happy»
Arrivée dans la liesse des premiers soldats de maintien de la paix au Liberia
Associated Press
5 août 2003
Monrovia - Un premier contingent de soldats nigérians, préfigurant l'envoi d'une force de maintien de la paix, est arrivé hier sur l'aéroport de Monrovia, accueilli par des civils en liesse scandant: «Nous voulons la paix.»
Le mandat de cette force multinationale est de mettre un terme à 14 ans de carnage et de surveiller le départ du président libérien Charles Taylor qui a promis de céder le pouvoir le 11 août. Il faudra d'abord pacifier la capitale, où les combats ont tué plus d'un millier de civils en deux mois et affamé la population. Celle-ci n'a plus accès à la nourriture entreposée dans le port qui est aux mains des rebelles.
Sous une pluie diluvienne, les premières unités sont arrivées à bord d'hélicoptères blancs aux couleurs de l'ONU, en prélude à un déploiement de 3250 hommes, qui sera relayé dans les mois prochains par une mission de Casques bleus de l'ONU. Aussitôt descendus de l'appareil, les soldats nigérians, les mitrailleuses en batterie, ont pris position autour de l'aire d'atterrissage. Au total, 192 hommes et 15 tonnes de matériel devaient arriver dans la journée.
Deux à trois cents civils ont envahi l'aéroport en dansant et porté en triomphe le colonel Emeka Onwuama Egbu, scandant: «Plus de guerre! Nous voulons la paix!» D'autres habitants attendaient les soldats le long de la route qui mène de l'aéroport à Monrovia, à 45 minutes de là.
Confrontés à une pénurie d'eau et de produits alimentaires, menacés par le choléra et logeant où ils peuvent, les Libériens ont laissé éclater leur joie à l'arrivée des premiers soldats, prélude au retour de l'aide humanitaire.
De part et d'autre des fronts, l'heure était à la réjouissance. Certains arboraient des t-shirts où l'on pouvait lire «Dieu soit loué pour l'Ecomil» (force de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), d'autres des pancartes avec d'un côté le drapeau libérien, de l'autre ce slogan plein d'espérance: «Enfin la paix.»
«S'ils restent ici 50 ans, pas de problème, je veux dormir sur mes deux oreilles. Il n'y aura pas de réactions mitigées, tous les Libériens veulent la paix», confiait Kerdial Johnson, employé de l'aéroport.
Les femmes ont sorti leur toilette du dimanche, les hommes ont passé un costume. Des chants, des danses, des rires, des applaudissements, des pleurs, et sur les lèvres, un seul mot, «happy».
«Ils vont faire la différence», affirme Helen, une déplacée venue d'un quartier proche de l'aéroport de Robertsfield. Les Libériens ne doutent pas de la capacité de l'Ecomil à mettre fin à la «troisième guerre mondiale», comme on appelle à Monrovia la troisième offensive des rebelles du Lurd (Libériens unis pour la réconciliation et la Démocratie) sur la capitale.
Il était pourtant probable que les premiers soldats se contenteraient de sécuriser l'aéroport, attendant l'arrivée de renforts pour se rendre dans la capitale libérienne où des échanges de tirs sporadiques résonnaient près d'un pont convoité par les rebelles. «Nous savons que tout le monde compte sur nous et nous espérons répondre à leurs attentes», a déclaré le colonel ghanéen Theophilus Tawiah, le chef d'état-major de cette force, lors des premiers décollages.
Les rebelles prêts à coopérer
«Nous allons travailler avec eux», a promis de son côté le dirigeant du LURD, Sékou Damate Conneh, qui a réaffirmé à Rome que les rebelles rendraient le port de Monrovia lorsque ces troupes seront au sol. «Ils devront assurer la sécurité des civils, et ensuite, nous nous retirerons.»
Le Nigeria prévoit de maintenir la présence de ses hommes jusqu'à la désignation d'un gouvernement élu, a affirmé hier le porte-parole du ministère de la Défense, le colonel Ganiyu Adewale. La durée de la mission dépendra donc «de la rapidité à laquelle nous sommes capables de résoudre la crise. Certains rebelles pourraient décider de se retirer dans la jungle pour continuer le combat, nous ne savons pas encore». En tout cas, «nous resterons jusqu'à ce qu'il y ait la paix et des élections et, bien sûr, qu'un nouveau gouvernement soit installé», a-t-il affirmé.
Dans cette optique, M. Conneh a annoncé que son organisation avait renoncé, «au nom de la paix», à réclamer un poste de président ou de vice-président dans un gouvernement de transition. Il donne ainsi suite à la demande de la CEDEAO qui souhaitait qu'aucune des trois parties au conflit (gouvernement de Taylor, rebelles du LURD et du MODEL) ne participe à cet organe de transition. M. Conneh a également proposé que le futur président par intérim soit choisi par consensus parmi les dirigeants de partis politiques et de la société civile libérienne. Il a ajouté que le LURD avait donné son accord de principe à l'élection d'un président et d'un vice-président du Parlement.
L'arrivée des soldats nigérians survient alors que M. Taylor s'est engagé ce week-end à quitter le pouvoir le 11 août prochain. Néanmoins, son gouvernement a posé deux conditions à son départ: un nombre suffisant de soldats de la paix doit intervenir sur le terrain pour faire cesser le conflit et son inculpation pour crimes de guerre par le tribunal de l'ONU en Sierra Leone doit être levée.
Washington a promis une aide logistique mais reste indécis quant à un éventuel débarquement des «marines» embarqués sur trois navires faisant route actuellement vers le Liberia, pays fondé en 1847 sur l'ancienne côte des Graines par des esclaves américains affranchis.
Avec Reuters et Libération
Le mandat de cette force multinationale est de mettre un terme à 14 ans de carnage et de surveiller le départ du président libérien Charles Taylor qui a promis de céder le pouvoir le 11 août. Il faudra d'abord pacifier la capitale, où les combats ont tué plus d'un millier de civils en deux mois et affamé la population. Celle-ci n'a plus accès à la nourriture entreposée dans le port qui est aux mains des rebelles.
Sous une pluie diluvienne, les premières unités sont arrivées à bord d'hélicoptères blancs aux couleurs de l'ONU, en prélude à un déploiement de 3250 hommes, qui sera relayé dans les mois prochains par une mission de Casques bleus de l'ONU. Aussitôt descendus de l'appareil, les soldats nigérians, les mitrailleuses en batterie, ont pris position autour de l'aire d'atterrissage. Au total, 192 hommes et 15 tonnes de matériel devaient arriver dans la journée.
Deux à trois cents civils ont envahi l'aéroport en dansant et porté en triomphe le colonel Emeka Onwuama Egbu, scandant: «Plus de guerre! Nous voulons la paix!» D'autres habitants attendaient les soldats le long de la route qui mène de l'aéroport à Monrovia, à 45 minutes de là.
Confrontés à une pénurie d'eau et de produits alimentaires, menacés par le choléra et logeant où ils peuvent, les Libériens ont laissé éclater leur joie à l'arrivée des premiers soldats, prélude au retour de l'aide humanitaire.
De part et d'autre des fronts, l'heure était à la réjouissance. Certains arboraient des t-shirts où l'on pouvait lire «Dieu soit loué pour l'Ecomil» (force de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), d'autres des pancartes avec d'un côté le drapeau libérien, de l'autre ce slogan plein d'espérance: «Enfin la paix.»
«S'ils restent ici 50 ans, pas de problème, je veux dormir sur mes deux oreilles. Il n'y aura pas de réactions mitigées, tous les Libériens veulent la paix», confiait Kerdial Johnson, employé de l'aéroport.
Les femmes ont sorti leur toilette du dimanche, les hommes ont passé un costume. Des chants, des danses, des rires, des applaudissements, des pleurs, et sur les lèvres, un seul mot, «happy».
«Ils vont faire la différence», affirme Helen, une déplacée venue d'un quartier proche de l'aéroport de Robertsfield. Les Libériens ne doutent pas de la capacité de l'Ecomil à mettre fin à la «troisième guerre mondiale», comme on appelle à Monrovia la troisième offensive des rebelles du Lurd (Libériens unis pour la réconciliation et la Démocratie) sur la capitale.
Il était pourtant probable que les premiers soldats se contenteraient de sécuriser l'aéroport, attendant l'arrivée de renforts pour se rendre dans la capitale libérienne où des échanges de tirs sporadiques résonnaient près d'un pont convoité par les rebelles. «Nous savons que tout le monde compte sur nous et nous espérons répondre à leurs attentes», a déclaré le colonel ghanéen Theophilus Tawiah, le chef d'état-major de cette force, lors des premiers décollages.
Les rebelles prêts à coopérer
«Nous allons travailler avec eux», a promis de son côté le dirigeant du LURD, Sékou Damate Conneh, qui a réaffirmé à Rome que les rebelles rendraient le port de Monrovia lorsque ces troupes seront au sol. «Ils devront assurer la sécurité des civils, et ensuite, nous nous retirerons.»
Le Nigeria prévoit de maintenir la présence de ses hommes jusqu'à la désignation d'un gouvernement élu, a affirmé hier le porte-parole du ministère de la Défense, le colonel Ganiyu Adewale. La durée de la mission dépendra donc «de la rapidité à laquelle nous sommes capables de résoudre la crise. Certains rebelles pourraient décider de se retirer dans la jungle pour continuer le combat, nous ne savons pas encore». En tout cas, «nous resterons jusqu'à ce qu'il y ait la paix et des élections et, bien sûr, qu'un nouveau gouvernement soit installé», a-t-il affirmé.
Dans cette optique, M. Conneh a annoncé que son organisation avait renoncé, «au nom de la paix», à réclamer un poste de président ou de vice-président dans un gouvernement de transition. Il donne ainsi suite à la demande de la CEDEAO qui souhaitait qu'aucune des trois parties au conflit (gouvernement de Taylor, rebelles du LURD et du MODEL) ne participe à cet organe de transition. M. Conneh a également proposé que le futur président par intérim soit choisi par consensus parmi les dirigeants de partis politiques et de la société civile libérienne. Il a ajouté que le LURD avait donné son accord de principe à l'élection d'un président et d'un vice-président du Parlement.
L'arrivée des soldats nigérians survient alors que M. Taylor s'est engagé ce week-end à quitter le pouvoir le 11 août prochain. Néanmoins, son gouvernement a posé deux conditions à son départ: un nombre suffisant de soldats de la paix doit intervenir sur le terrain pour faire cesser le conflit et son inculpation pour crimes de guerre par le tribunal de l'ONU en Sierra Leone doit être levée.
Washington a promis une aide logistique mais reste indécis quant à un éventuel débarquement des «marines» embarqués sur trois navires faisant route actuellement vers le Liberia, pays fondé en 1847 sur l'ancienne côte des Graines par des esclaves américains affranchis.
Avec Reuters et Libération
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

