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Désir de nouveauté ou peur de la souveraineté?

L'«attrait de la nouveauté» que représente l'ADQ est en partie une fuite en avant

Michel Seymour - Département de philosophie, Université de Montréal  18 juin 2002 
Le Parti québécois est confronté à trois difficultés majeures en ce moment qui expliquent en grande partie la défaveur de la population à son endroit. Un vent de droite balaie l'Occident depuis quelque temps et rend la vie difficile aux partis de gauche ou de centre gauche. Ensuite, la conjoncture constitutionnelle est elle aussi défavorable au PQ depuis que l'État canadien a, suite au référendum de 1995, choisi d'employer la méthode forte pour imposer sa domination au peuple québécois. Enfin, le PQ est à la fin de son deuxième mandat et sa réélection supposerait que l'on aille à l'encontre de la règle traditionnelle de l'alternance.

Dans ce contexte difficile, il faut se réjouir de voir le premier ministre annoncer d'ores et déjà que la souveraineté sera l'un des enjeux majeurs des prochaines élections. Il faut se réjouir aussi de le voir s'attaquer au programme de droite de l'ADQ, et regretter publiquement d'avoir refusé d'inscrire la «social-démocratie» dans le programme du PQ lors du dernier congrès. La souveraineté et la social-démocratie, comme le dit Jacques Parizeau, doivent être les principaux thèmes de la prochaine campagne électorale péquiste. Enfin, la montée fulgurante de l'ADQ laisse présager une lutte à trois lors des prochaines élections générales, ce qui bouleverse le scénario traditionnel de l'alternance.

La peur et la fuite en avant

Mais comment se fait-il que les péquistes soient en ce moment bons derniers dans les sondages? Pour comprendre ce qui se passe, il faut invoquer plus que la «perte de confiance» de l'électorat à l'endroit du gouvernement péquiste, plus qu'«une atmosphère de fin de régime», ou une prétendue «usure du pouvoir» que personne n'est jamais en mesure d'étayer. L'attitude de l'électorat ne s'explique pas non plus seulement par les «gaffes» du gouvernement péquiste. Les engorgements dans les urgences des hôpitaux sont le fruit d'une mauvaise planification tant du côté syndical (la FIIQ) que du côté gouvernemental, et le rapport Clair révèle que les citoyens sont eux-mêmes en partie responsables des engorgements, puisqu'ils n'utilisent pas ces autres services de première ligne que sont le CLSC, Info-santé ou leur médecin de famille.

La cause est-elle alors à rechercher du côté des fusions municipales? Il semble que non parce qu'un nombre croissant de Québécois reconnaissent que c'est somme toute une bonne chose. Le bilan des deux derniers mandats du gouvernement péquiste est en outre fort impressionnant: accord historique avec les Cris, les Inuits et les Innus, fusions municipales, réforme scolaire, commissions scolaires linguistiques, virage ambulatoire, garderies à cinq dollars, assurance-médicament, perception automatique des pensions alimentaires, politique d'équité salariale, atteinte du déficit zéro, réduction du chômage à 8,5 %, niveau d'employabilité rejoignant celui de l'Ontario, virage technologique et diversité de l'économie québécoise (multimédia, pharmaceutique, biotechnologie et aéronautique), sauvetage des entreprises Kenworth et Gaspésia, installation à Montréal de la Bourse Nasdaq, loi sur le lobbying, lutte contre le crime organisé, etc.

Comment alors peut-on expliquer la «chute libre» du PQ et le «vent dans les voiles» de l'ADQ? La baisse dans les intentions de vote à l'endroit du PQ et la baisse de l'option souverainiste de 49,4 % à 42 % s'expliquent en partie par la désaffection d'un électorat de gauche, mais aussi par la campagne de peur du gouvernement fédéral qui a porté ses fruits jusqu'à un certain point.

Le débat entre Jean Chrétien et Stéphane Dion est à cet égard fort révélateur: est-ce les «commandites» ou la «clarté» qui ont refroidi la ferveur souverainiste, se demandent-ils. En des termes plus «clairs», il faudrait se demander plutôt: est-ce la propagande ou l'intransigeance du plan B? Or, c'est sans doute un peu des deux, car les deux stratégies conjointement utilisées permettent d'imposer la loi du plus fort.

Le Québec n'échappe pas en ce sens à la conjoncture internationale actuelle. Vladimir Poutine impose la loi du plus fort au peuple tchétchène; Ariel Sharon impose la loi du plus fort au peuple palestinien; George W. Bush impose la loi du plus fort au monde entier; et le PLC de Jean Chrétien, Stéphane Dion, Martin Cauchon et Denis Coderre impose la loi du plus fort au peuple québécois.

La peur de la confrontation, de la chicane, des représailles, de la partition, de la violence et de l'insécurité économique a fait basculer les nationalistes mous dans le camp adverse. La stratégie du couteau sur la gorge s'est inversée. C'est Chrétien et Dion qui la pratiquent maintenant. «Si vous faites sécession, vous allez souffrir». La souveraineté apparaît alors aux Québécois comme une voie à éviter, non pas parce que ce n'est pas une bonne chose en soi, mais parce que le chemin pour y arriver leur apparaît désormais parsemé d'embûches. Il faut les comprendre et prendre acte de ce fait.

On ne peut pas invoquer un ras-le-bol à l'endroit de la classe politique pour expliquer l'attitude de la population, car il faudrait alors parvenir à expliquer pourquoi la popularité du PLC ne s'est pas démentie au Québec, malgré les scandales à répétition qui affligent ce parti depuis plusieurs années. Au moment d'écrire ces lignes, on peut citer: le milliard dépensé par Pierre Pettigrew à Ressources Humaines Canada; le conflit d'intérêts de Jean Chrétien dans le financement de l'Auberge Grand-Mère; le favoritisme d'Alfonso Gagliano étalé sur de nombreuses années; les commandites de 250 millions mises en place depuis cinq ans; les amitiés imprudentes de Don Boudria et de Martin Cauchon; les mensonges de Denis Coderre; le contrat d'Art Eggleton accordé à une ancienne copine; le financement du parti assuré par les fiducies; la course au leadership financée à partir de caisses occultes; la collusion du PLC avec le Big Business de Power Corporation, de Groupaction et de Groupe Everest; les soirées-bénéfices à 10 000 $ le couvert, etc.

Le Bloc québécois est quotidiennement «au front» à la Chambre des Communes pour dénoncer ces abus. On aurait pu s'attendre à ce que l'appui au PLC fléchisse quelque peu, mais son succès étonnant des dernières années est resté le même par rapport aux dernières élections fédérales. Cela montre encore une fois que les Québécois sont disposés à tout laisser passer pour faire la paix des braves avec le gouvernement fédéral.

L'auteur a fait paraître en 2001 aux éditions de l'Hexagone Le pari de la démesure. L'intransigeance canadienne face au Québec, ouvrage pour lequel il vient de remporter le 12 juin dernier le prix Richard-Arès 2001 de L'Action nationale.

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