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Oui, les jeunes sont égoïstes

Sophie Doucet - Étudiante  18 juin 2002 
Ma génération — j'ai 22 ans —, et la génération précédente, souvent appelée génération X, sont certes plus égoïstes et matérialistes que celles qui les ont précédées. Mais je crois que Paule des Rivières trouve la bonne cible à la toute fin de son éditorial du 13 juin dernier: n'avons-nous pas été élevés ainsi?

Loin de moi l'idée de rejeter toute la responsabilité sur nos parents. Mais quand mon père m'a acheté une automobile d'une bonne valeur dès mes 16 ans, lorsque d'autres parents achètent des jeux vidéo de 700 $ à leurs enfants pour Noël, quand ils acquiescent aux demandes de leurs rejetons de plus en plus jeunes qui veulent le chandail Tommy Hilfiger à 70 $ plutôt qu'un vêtement non griffé mais tout aussi bon et surtout beaucoup plus abordable, je crois que notre éducation y est pour beaucoup dans l'édification de nos valeurs. On ne nous responsabilise plus.

Plusieurs jeunes ne travailleront pas avant d'avoir 20 ou 21 ans, leurs parents les acceptant à la maison tout l'été à végéter. On nous permet de nous tromper d'orientation de carrière quatre fois sans pénalité, les critères à l'école sont des plus ridicules et faciles à atteindre, on ne nous apprend plus à étudier et à mettre du temps dans nos études, si bien que plusieurs ont des cauchemars au sortir du collégial.

Quel est le propre d'un être irresponsable? Son égoïsme. Pour ma part, j'ai été gâtée mais j'ai toujours eu à faire ma part pour l'être. Ma modeste contribution, jusqu'à maintenant, c'est d'avoir toujours bien réussi à l'école, et dans les délais, d'avoir travaillé tous les étés depuis mes 16 ans et aussi, parfois, pendant l'année scolaire.

J'ai également décidé de ne pas demander de prêt et bourse même si j'y avais droit. Pour combler le manque après ce que mes parents m'avaient donné, je travaillais à temps partiel. En payant de l'assurance-emploi à laquelle, en étant étudiante, je n'aurais pas eu droit, et en payant pour une Régie des rentes dans laquelle il ne restera probablement plus rien après le passage des baby-boomers.

J'ai maintenant une auto neuve, un ordinateur portatif, mais si mon père m'aide toujours, il n'a jamais eu à donner un sou pour ces biens. Mes parents acceptent de payer une partie de mes études, mais pas pour ces luxes que je veux m'offrir. C'est très bien ainsi.

Pour ce qui est de l'égoïsme de la génération de Mario Dumont, la ministre Dionne-Marsolais ne s'est peut-être pas trompée tant que ça. Toutefois, peut-on reprocher à des jeunes qui peinent dans des emplois peu rémunérateurs et précaires de se préoccuper avant tout de leur condition avant de penser à celle de leur prochain?

Il est beaucoup plus facile d'être généreux, de donner aux bonnes oeuvres, d'accepter un système d'aide sociale qui permet à certains de ne pas travailler s'ils en sont capables mais ne le désirent pas, d'être à la charge de l'État lorsqu'on a un bon revenu et un emploi permanent et une excellente rente en vue de la retraite.

Ma génération et la génération de Mario Dumont n'ont pas tout cela.

N'est-il pas normal, donc, qu'elles pensent un peu plus à elles et moins à la société en général?

De toute façon, je crois qu'il est vraiment erroné de penser que, fondamentalement, l'être humain pense toujours au bien-être de la société avant de penser au sien propre. Je regarde mes parents, dont trois (ah, les familles reconstituées!) sont fonctionnaires.

S'ils ont accepté le système social-démocrate qui prévaut, donc de payer pour des soins de santé dont ils n'ont que très peu fait usage dans leur vie, de payer pour l'assurance-médicaments dont ils n'ont pas besoin car ils ont des assurances privées, de payer de l'assurance-emploi toute leur vie alors qu'ils n'y ont jamais eu recours, c'est avant tout, je crois, parce que sur leur chèque bimensuel, il leur en reste suffisamment pour vivre largement après toutes ces déductions.

Est-ce égoïste de ne pas vouloir payer pour les erreurs du passé? Quand mon beau-père me raconte en riant qu'en l'espace de quelques années son salaire de cadre dans un CLSC a doublé, dans les années 70? Ces augmentations de salaire, elles se sont accumulées en une belle dette que nous, les jeunes, aurons encore à payer longtemps lorsque nos aînés reposeront six pieds sous terre.

Bon, je m'arrête ici, je dois aller étudier pour réussir le dernier cours de mon baccalauréat qui, si je suis chanceuse, me donnera un salaire de 30 000 $ par année. Et encore, aucune entreprise ne sera venue me chercher avant la fin de ce cours!
 
 
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