Laissez-moi dormir!
L'avenir appartient-il vraiment à ceux qui se lèvent tôt? Rien n'est moins sûr, puisque de plus en plus d'études accusent le manque de sommeil des adolescents de jouer un rôle majeur dans le taux de réussite scolaire. Écoliers, à vos marques, prêts, dormez!
En fait, l'heure de début des classes fait depuis deux ans l'objet d'un débat épique aux États-Unis, qui oppose le clan des lève-tôt à celui des lève-tard. Et ce, depuis qu'une étude réalisée au Minnesota, comparant les résultats de 50 000 écoliers du secondaire fréquentant des écoles voisines, a montré que ceux qui commençaient une heure plus tôt obtenaient de moins bonnes notes et multipliaient les problèmes de discipline et d'absentéisme.
Transformées en laboratoires à ciel ouvert depuis 1997 par des chercheurs de l'Université du Minnesota, les écoles de Minneapolis ont été le révélateur d'un phénomène dont on soupçonnait l'existence.
On sait que, vers l'âge de 12 ans, le cycle de sommeil des adolescents se modifie en raison d'importants changements hormonaux, et que la plupart des ados ont besoin d'environ 9 h 15 de sommeil. Un changement brusque dans le cycle hormonal fait que les jeunes s'endorment tardivement, entre 23 heures et 1 heure du matin, quand la sécrétion de mélatonine atteint un seuil maximum, et ouvrent l'oeil naturellement entre 9 et 10 heures, quand le taux de cortisol, l'hormone du stress qui induit le réveil, amorce sa remontée.
De quoi rassurer un brin tous les parents qui peinent à bouter hors du lit leurs ados le matin, surpris de la soudaine nonchalance de leurs rejetons qui se levaient à 6 heures du matin quelques années plus tôt!
«Il se produit chez les ados un phénomène très précis qu'on appelle le retard de phase. S'ils ont tendance à dormir tard le matin, c'est que leur corps le veut ainsi. Avec les horaires actuels, pas étonnant que 15 % des étudiants tombent endormis pendant leurs cours», explique le professeur Roger Godbout, ph. d., responsable du laboratoire de recherche sur le sommeil de l'hôpital Rivières-des-Prairies.
Alors que le travail à temps partiel et les «McJobs» sont souvent montrés du doigt pour expliquer les piètres résultats scolaires des ados, voilà qu'on commence à s'interroger sur l'impact de l'horaire imposé aux adolescents et à leur biologie interne.
À 60 minutes du succès
L'étude du Minneapolis Public school Start time study, a permis de comparer les écoles secondaires dont les cours débutaient à 7 h 15 et se terminaient à 13 h 45, à d'autres où les étudiants entraient en classe à 8h40 pour en sortir à 15h30. Après un an, on a constaté que les élèves qui dormaient 45 minutes de plus le matin obtenaient de bien meilleures notes et souffraient moins de somnolence et de déprimes saisonnières. Le taux de présence en classe est passé de 83 à 87 % et le début tardif des cours est devenu un facteur d'attrait et de rétention des étudiants.
Depuis, de nombreux groupes de pression se sont formés, dont Wide Awake America, qui militent pour le report de l'heure du début des cours au secondaire. On appelle désormais «Sleep smart schools» les écoles qui ont emboîté le pas. Un projet de loi proposant des incitatifs financiers aux districts scolaires qui retarderont l'heure de la cloche a même été présenté au Congrès par la représentante républicaine de Californie Zoe Lofgren.
Preuve que le sommeil est considéré de plus en plus important dans la réussite scolaire, la National Sleep fondation a fait du slogan «Sleep for success!» le thème central de sa dernière campagne d'avril dernier.
Des Sleep smart schools au Québec?
Ici, l'exemple du Minnesota a bien ébranlé quelques directeurs de polyvalentes, pris au piège avec des taux de décrochage importants et des horaires d'autobus qui dictent l'heure du début des classes. Comme des milliers d'élèves sont transportés par les mêmes autobus, il n'est pas rare que la première vague d'écoliers doive sauter dans le bus aux petites heures du matin.
C'est notamment le cas de grosses commissions scolaires comme celles de Laval, de la Rive-Sud et de la région de Québec. À la commission scolaire des Navigateurs, qui englobe les banlieues populeuses de Saint-Romuald et St-Jean-Chrysostôme au sud de Québec, certains élèves sont postés à l'arrêt d'autobus aussi tôt qu'à 7 heures pour pouvoir arriver à l'école à 7h30.
À la Commission scolaire de Laval, où 25 000 élèves sont transportés quotidiennement dans les mêmes autobus, la moitié des 12 000 élèves du secondaire sont en classe dès... 7h45! N'est-on pas ébranlé par les études qui montrent qu'à cette heure précoce les ados, biologiquement parlant, sont dans les limbes?
«L'organisation des horaires d'autobus est un casse-tête, car la moitié des parents souhaitent un horaire précoce et l'autre moitié un horaire tardif. Notre souci principal est que les écoliers du primaire commencent tôt pour que l'hiver, ils puissent terminer l'école avant l'arrivée de la noirceur», explique Marc Larose, directeur des services de l'organisation scolaire et du transport à cette commission scolaire.
Histoire de trancher la poire en deux, la commission scolaire de Laval a choisi de faire alterner tous les trois ans les écoles secondaires de son territoire qui bénéficient d'un horaire tardif.
Inspiré par l'exemple du Minnesota, le même débat a secoué l'an dernier la commission scolaire des Patriotes. Un projet visant à inverser l'heure d'entrée en classe des élèves du primaire et du secondaire, qui se faisait à 7h50 à la polyvalente De Mortagne de Boucherville, à l'école secondaire du Mont-Bruno et à l'École d'éducation internationale, a été rejeté en bloc par les parents qui refusaient de devoir lever leurs petits du primaire aux aurores pour attraper l'autobus jaune. «Qu'est-ce qu'on doit privilégier, le sommeil des grands, le sommeil des petits ou la sécurité?», relance M. Larose.
Un avantage pour les écoles privées
Bref, au Québec, transport scolaire oblige, les intérêts des élèves du secondaire, et leurs besoins physiologiques, entrent en contradiction directe avec ceux des élèves du primaire. Pour ajouter au tableau, plusieurs commissions scolaires, pour minimiser leurs problèmes budgétaires, ont signé des contrats les engageant à transporter en sus les élèves du privé à des heures précises, ce qui multiplie les contraintes de temps imposées aux élèves du secteur public. Ironiquement, sur la Rive-Sud, ce sont les élèves du Collège privé de Saint-Bruno (secondaire) qui jouissent des meilleurs horaires et débutent vers 9h15. Cela est même devenu un facteur d'attrait pour les parents qui ont à choisir entre l'école publique, qui commence à 7h45, et l'école privée, affirme Pierre Laverdure, porte-parole de la CS des Patriotes.
Mais il faut faire attention, soutient Denis Pouliot, porte-parole de la Fédération des commissions scolaires du Québec. Les autobus jaunes ne sont pas les seuls à blâmer pour les horaires incongrus vécus dans les écoles. L'achalandage dans les services de garde des commissions scolaires prouve aussi qu'aujourd'hui, de plus en plus de parents encouragent eux-mêmes cette course effrénée le matin. «Nous avons de plus en plus d'enfants qui arrivent au service de garde dès 6h30 et 7h, parce que les parents s'en vont travailler», explique-t-il. «Et nous vivons aussi le problème des ados qui ne peuvent plus se lever le matin parce qu'ils ont fini de travailler trop tard la veille», ajoute ce dernier.
Dormir à l'école
Selon Mary Carskadon, une spécialiste américaine du sommeil, chercheuse au Laboratoire sur le sommeil de l'hôpital Bradley du Rhode Island, au moins 40 % des étudiants américains du secondaire ont un «job» à temps partiel de plus de 20 heures par semaine. Compte tenu des horaires scolaires, on estime que ces derniers sont plus alertes au moment d'aller à leur travail qu'en classe, ce qui amplifie leur désintérêt pour l'école. «À l'école, leur bataille pour rester éveillés limite leur capacité à s'intéresser et à se motiver, ce qui n'est pas le cas pour le travail», explique-t-elle dans son site Internet, consacré au sommeil des adolescents.
Avec une durée de sommeil moyenne de 6,5 heures la semaine, les adolescents américains, comme le reste de la population, sont en dette de sommeil et dorment moins que le minimum nécessaire pour être fonctionnels et attentifs à l'école, croit-elle. Avec le cumul d'emplois à temps partiel, on estime que de nombreux écoliers du secondaire ont des semaines de 50 à 60 heures. Le rôle du manque de sommeil dans le fort pourcentage d'accidents de la route impliquant des adolescents ne serait d'ailleurs pas négligeable.
En fait, l'heure de début des classes fait depuis deux ans l'objet d'un débat épique aux États-Unis, qui oppose le clan des lève-tôt à celui des lève-tard. Et ce, depuis qu'une étude réalisée au Minnesota, comparant les résultats de 50 000 écoliers du secondaire fréquentant des écoles voisines, a montré que ceux qui commençaient une heure plus tôt obtenaient de moins bonnes notes et multipliaient les problèmes de discipline et d'absentéisme.
Transformées en laboratoires à ciel ouvert depuis 1997 par des chercheurs de l'Université du Minnesota, les écoles de Minneapolis ont été le révélateur d'un phénomène dont on soupçonnait l'existence.
On sait que, vers l'âge de 12 ans, le cycle de sommeil des adolescents se modifie en raison d'importants changements hormonaux, et que la plupart des ados ont besoin d'environ 9 h 15 de sommeil. Un changement brusque dans le cycle hormonal fait que les jeunes s'endorment tardivement, entre 23 heures et 1 heure du matin, quand la sécrétion de mélatonine atteint un seuil maximum, et ouvrent l'oeil naturellement entre 9 et 10 heures, quand le taux de cortisol, l'hormone du stress qui induit le réveil, amorce sa remontée.
De quoi rassurer un brin tous les parents qui peinent à bouter hors du lit leurs ados le matin, surpris de la soudaine nonchalance de leurs rejetons qui se levaient à 6 heures du matin quelques années plus tôt!
«Il se produit chez les ados un phénomène très précis qu'on appelle le retard de phase. S'ils ont tendance à dormir tard le matin, c'est que leur corps le veut ainsi. Avec les horaires actuels, pas étonnant que 15 % des étudiants tombent endormis pendant leurs cours», explique le professeur Roger Godbout, ph. d., responsable du laboratoire de recherche sur le sommeil de l'hôpital Rivières-des-Prairies.
Alors que le travail à temps partiel et les «McJobs» sont souvent montrés du doigt pour expliquer les piètres résultats scolaires des ados, voilà qu'on commence à s'interroger sur l'impact de l'horaire imposé aux adolescents et à leur biologie interne.
À 60 minutes du succès
L'étude du Minneapolis Public school Start time study, a permis de comparer les écoles secondaires dont les cours débutaient à 7 h 15 et se terminaient à 13 h 45, à d'autres où les étudiants entraient en classe à 8h40 pour en sortir à 15h30. Après un an, on a constaté que les élèves qui dormaient 45 minutes de plus le matin obtenaient de bien meilleures notes et souffraient moins de somnolence et de déprimes saisonnières. Le taux de présence en classe est passé de 83 à 87 % et le début tardif des cours est devenu un facteur d'attrait et de rétention des étudiants.
Depuis, de nombreux groupes de pression se sont formés, dont Wide Awake America, qui militent pour le report de l'heure du début des cours au secondaire. On appelle désormais «Sleep smart schools» les écoles qui ont emboîté le pas. Un projet de loi proposant des incitatifs financiers aux districts scolaires qui retarderont l'heure de la cloche a même été présenté au Congrès par la représentante républicaine de Californie Zoe Lofgren.
Preuve que le sommeil est considéré de plus en plus important dans la réussite scolaire, la National Sleep fondation a fait du slogan «Sleep for success!» le thème central de sa dernière campagne d'avril dernier.
Des Sleep smart schools au Québec?
Ici, l'exemple du Minnesota a bien ébranlé quelques directeurs de polyvalentes, pris au piège avec des taux de décrochage importants et des horaires d'autobus qui dictent l'heure du début des classes. Comme des milliers d'élèves sont transportés par les mêmes autobus, il n'est pas rare que la première vague d'écoliers doive sauter dans le bus aux petites heures du matin.
C'est notamment le cas de grosses commissions scolaires comme celles de Laval, de la Rive-Sud et de la région de Québec. À la commission scolaire des Navigateurs, qui englobe les banlieues populeuses de Saint-Romuald et St-Jean-Chrysostôme au sud de Québec, certains élèves sont postés à l'arrêt d'autobus aussi tôt qu'à 7 heures pour pouvoir arriver à l'école à 7h30.
À la Commission scolaire de Laval, où 25 000 élèves sont transportés quotidiennement dans les mêmes autobus, la moitié des 12 000 élèves du secondaire sont en classe dès... 7h45! N'est-on pas ébranlé par les études qui montrent qu'à cette heure précoce les ados, biologiquement parlant, sont dans les limbes?
«L'organisation des horaires d'autobus est un casse-tête, car la moitié des parents souhaitent un horaire précoce et l'autre moitié un horaire tardif. Notre souci principal est que les écoliers du primaire commencent tôt pour que l'hiver, ils puissent terminer l'école avant l'arrivée de la noirceur», explique Marc Larose, directeur des services de l'organisation scolaire et du transport à cette commission scolaire.
Histoire de trancher la poire en deux, la commission scolaire de Laval a choisi de faire alterner tous les trois ans les écoles secondaires de son territoire qui bénéficient d'un horaire tardif.
Inspiré par l'exemple du Minnesota, le même débat a secoué l'an dernier la commission scolaire des Patriotes. Un projet visant à inverser l'heure d'entrée en classe des élèves du primaire et du secondaire, qui se faisait à 7h50 à la polyvalente De Mortagne de Boucherville, à l'école secondaire du Mont-Bruno et à l'École d'éducation internationale, a été rejeté en bloc par les parents qui refusaient de devoir lever leurs petits du primaire aux aurores pour attraper l'autobus jaune. «Qu'est-ce qu'on doit privilégier, le sommeil des grands, le sommeil des petits ou la sécurité?», relance M. Larose.
Un avantage pour les écoles privées
Bref, au Québec, transport scolaire oblige, les intérêts des élèves du secondaire, et leurs besoins physiologiques, entrent en contradiction directe avec ceux des élèves du primaire. Pour ajouter au tableau, plusieurs commissions scolaires, pour minimiser leurs problèmes budgétaires, ont signé des contrats les engageant à transporter en sus les élèves du privé à des heures précises, ce qui multiplie les contraintes de temps imposées aux élèves du secteur public. Ironiquement, sur la Rive-Sud, ce sont les élèves du Collège privé de Saint-Bruno (secondaire) qui jouissent des meilleurs horaires et débutent vers 9h15. Cela est même devenu un facteur d'attrait pour les parents qui ont à choisir entre l'école publique, qui commence à 7h45, et l'école privée, affirme Pierre Laverdure, porte-parole de la CS des Patriotes.
Mais il faut faire attention, soutient Denis Pouliot, porte-parole de la Fédération des commissions scolaires du Québec. Les autobus jaunes ne sont pas les seuls à blâmer pour les horaires incongrus vécus dans les écoles. L'achalandage dans les services de garde des commissions scolaires prouve aussi qu'aujourd'hui, de plus en plus de parents encouragent eux-mêmes cette course effrénée le matin. «Nous avons de plus en plus d'enfants qui arrivent au service de garde dès 6h30 et 7h, parce que les parents s'en vont travailler», explique-t-il. «Et nous vivons aussi le problème des ados qui ne peuvent plus se lever le matin parce qu'ils ont fini de travailler trop tard la veille», ajoute ce dernier.
Dormir à l'école
Selon Mary Carskadon, une spécialiste américaine du sommeil, chercheuse au Laboratoire sur le sommeil de l'hôpital Bradley du Rhode Island, au moins 40 % des étudiants américains du secondaire ont un «job» à temps partiel de plus de 20 heures par semaine. Compte tenu des horaires scolaires, on estime que ces derniers sont plus alertes au moment d'aller à leur travail qu'en classe, ce qui amplifie leur désintérêt pour l'école. «À l'école, leur bataille pour rester éveillés limite leur capacité à s'intéresser et à se motiver, ce qui n'est pas le cas pour le travail», explique-t-elle dans son site Internet, consacré au sommeil des adolescents.
Avec une durée de sommeil moyenne de 6,5 heures la semaine, les adolescents américains, comme le reste de la population, sont en dette de sommeil et dorment moins que le minimum nécessaire pour être fonctionnels et attentifs à l'école, croit-elle. Avec le cumul d'emplois à temps partiel, on estime que de nombreux écoliers du secondaire ont des semaines de 50 à 60 heures. Le rôle du manque de sommeil dans le fort pourcentage d'accidents de la route impliquant des adolescents ne serait d'ailleurs pas négligeable.
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