Élections législatives françaises - Chirac l'emporte haut la main
Malgré une abstention record, les socialistes sauvent les meubles
Christian Rioux
17 juin 2002
Photo : Agence Reuters
C'est maintenant confirmé: la droite dirigée par Jacques Chirac gouvernera la France pendant cinq ans.
Paris — Après un suspense électoral qui aura duré deux mois, c'est maintenant confirmé: la droite dirigée par Jacques Chirac gouvernera la France pendant cinq ans. Avec environ 400 députés sur 577 à l'assemblée nationale, elle obtient sa plus forte majorité depuis 34 ans.
Comme prévu, le nouveau parti du président, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), est sorti largement majoritaire du second tour des élections législatives. Avec environ 375 députés, il aura la majorité absolue à la chambre et pourra diriger le pays sans faire de compromis avec les centristes de l'UDF. Cette dernière a fait élire 24 députés, ce qui lui permet de constituer un groupe parlementaire.
Avec environ 178 députés, la gauche dite «plurielle» qui s'était largement désintégrée au premier tour parvient tout de même à sauver les meubles. Seul le Parti socialiste semble pourtant devoir survivre à cette élection et s'imposer comme la force à peu près unique de la gauche française.
Lorsque les résultats sont apparus, les militants réunis dans leur quartier général ont fait «ouf!». Avec 153 députés, les socialistes seront deux fois moins nombreux que dans la précédente assemblée. Mais, ils ont tout de même évité la bérézina de 1993.
Ce n'est pas le cas du Parti communiste qui, avec 23 députés, réussit à peine à former un groupe parlementaire. Son chef, Robert Hue, a même été battu. Les Verts n'obtiennent de leur côté que trois députés.
Quant au Front national d'extrême droite, il n'obtient aucun siège. Son vote est en net recul depuis son résultat exceptionnel à la présidentielle le mois dernier. Le Front national n'avait pas de députés dans la précédente assemblée.
«Ainsi, le projet de Jacques Chirac a gagné sa majorité au Parlement. C'est un succès pour l'union et la confiance», a déclaré le premier ministre Jean-Pierre Raffarin. «Il appartient maintenant au président de la République de décider dans les jours prochains des conditions de notre action.»
Pour plusieurs, il s'agit d'une victoire personnelle du président pourtant mis en cause dans de nombreuses affaires de corruption dont les enquêtes sont toujours en cours. «Il a été calomnié pendant des mois et des mois, aujourd'hui il remporte son pari», a déclaré le ministre des Affaires sociales, François Fillon.
«L'UMP est une idée électorale. Il faut en faire un grand parti moderne», dit l'ancien premier ministre Alain Juppé qui devrait en devenir le chef et à qui l'on prête l'intention d'être candidat à la présidence en 2007. L'ancien ministre voit dans cette victoire un désaveu de la grande réforme sociale de la gauche: la semaine de travail de 35h.
C'est la première fois qu'un parti peut espérer gouverner pendant cinq ans sans aucun danger de cohabitation. Cette situation a été rendue possible par l'adoption du quinquennat présidentiel et d'un nouveau calendrier électoral qui place les élections législatives sitôt après la présidentielle.
Le Parti socialiste perd des sièges dans presque toutes les régions sauf à Paris. Son premier secrétaire, François Hollande, attribue cette défaite «honorable» à l'«enchaînement mécanique qui a suivi l'élection présidentielle» et au «refus de la cohabitation».
François Hollande, qui a été réélu en Corrèze et se trouve confirmé dans ses fonctions, estime que «la droite qui voulait détenir tous les pouvoirs a maintenant toutes les responsabilités [...]. Son échec après tant de promesses [...] serait lourd de conséquences pour l'idée même de la politique.»
«Il faudra reconstruire, a reconnu l'ancien ministre Laurent Fabius. Mais nous avons le socle pour rebâtir l'espérance.» Pour l'ancien ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn, la gauche devra se soumettre à un sérieux examen de conscience. «Nous allons préparer l'avenir. Il faudra examiner les erreurs que nous avons commises.»
L'ancien ministre de l'Éducation, Jack Lang, l'a emporté dans sa nouvelle circonscription du Pas-de-Calais. «Il y a un paradoxe, dit-il. Le gouvernement de Lionel Jospin a été un des meilleurs gouvernements de cette période. [...] Mais pourquoi la gauche a-t-elle perdu une partie de la confiance des classes populaire et de la jeunesse?»
L'ancienne ministre de la Justice, Ségolène Royal, dit qu'il faudra être «vigilant pour que l'État reste impartial». Son ancien collègue à la Santé, Bernard Kouchner, n'hésite pas à dire qu'«il fallait un échec pour se retrouver».
La championne de la réforme des 35 heures, l'ancienne ministre des Affaires sociales Martine Aubry a mordu la poussière dans la région de Lille. Le Parti socialiste perd avec elle un de ses principaux porte-parole.
L'ex-ministre de la Justice Jean-Pierre Chevènement, qui s'était distancé de la gauche en prenant la tête du Pôle républicain, a été largement battu à Belfort où il était pourtant député depuis 30 ans. Son mouvement est en déroute. L'ancienne ministre de l'Environnement et leader des Verts, Dominique Voynet, a aussi été battue. «Il vaut mieux perdre une élection plutôt que de perdre son âme», a-t-elle déclaré en évoquant «l'hystérie sécuritaire».
Plutôt effacé dans cette campagne législative, le leader du Front national d'extrême droite, Jean-Marie le Pen, estime que «cette assemblée ne représentera pas un Français sur deux».
L'abstention a continué sa progression et atteint un record historique. Elle est passée de 35 %, au premier tour, à 38 %. Ce taux rapproche la France des niveaux américains et canadiens. Il faut dire que, par cette magnifique journée d'été, les Français votaient pour la quatrième fois en deux mois.
On s'attend à ce que le premier ministre Jean-Pierre Raffarin annonce aujourd'hui ou demain un léger remaniement ministériel. On saura alors si le premier ministre a décidé de rompre avec la tradition de ses prédécesseurs en conservant à ses côtés le ministre délégué aux Affaires européennes Renaud Donnedieu de Vabres, mis en examen dans une affaire de blanchiment d'argent. Patrick Devedjian pourrait le remplacer. Le maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy, qui avait boudé l'Éducation il y a un mois a annoncé qu'il ne serait pas ministre. Il pourrait devenir chef du groupe parlementaire de l'UMP.
L'assemblée nationale devrait être convoquée en session extraordinaire le 2 juillet. L'ancien premier ministre Édouard Balladur et le fidèle chiraquien Jean-Louis Debré briguent tous deux la présidence de l'assemblée. Le 3 juillet, Jean-Pierre Raffarin annoncera son programme législatif dans une déclaration de politique générale. Au menu, deux projets de loi sur la sécurité intérieure et la justice.
Sans oublier un projet destiné à amnistier les infractions routières et les délits mineurs. Une tradition monarchiste parmi d'autres qui a la vie dure.
Comme prévu, le nouveau parti du président, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), est sorti largement majoritaire du second tour des élections législatives. Avec environ 375 députés, il aura la majorité absolue à la chambre et pourra diriger le pays sans faire de compromis avec les centristes de l'UDF. Cette dernière a fait élire 24 députés, ce qui lui permet de constituer un groupe parlementaire.
Avec environ 178 députés, la gauche dite «plurielle» qui s'était largement désintégrée au premier tour parvient tout de même à sauver les meubles. Seul le Parti socialiste semble pourtant devoir survivre à cette élection et s'imposer comme la force à peu près unique de la gauche française.
Lorsque les résultats sont apparus, les militants réunis dans leur quartier général ont fait «ouf!». Avec 153 députés, les socialistes seront deux fois moins nombreux que dans la précédente assemblée. Mais, ils ont tout de même évité la bérézina de 1993.
Ce n'est pas le cas du Parti communiste qui, avec 23 députés, réussit à peine à former un groupe parlementaire. Son chef, Robert Hue, a même été battu. Les Verts n'obtiennent de leur côté que trois députés.
Quant au Front national d'extrême droite, il n'obtient aucun siège. Son vote est en net recul depuis son résultat exceptionnel à la présidentielle le mois dernier. Le Front national n'avait pas de députés dans la précédente assemblée.
«Ainsi, le projet de Jacques Chirac a gagné sa majorité au Parlement. C'est un succès pour l'union et la confiance», a déclaré le premier ministre Jean-Pierre Raffarin. «Il appartient maintenant au président de la République de décider dans les jours prochains des conditions de notre action.»
Pour plusieurs, il s'agit d'une victoire personnelle du président pourtant mis en cause dans de nombreuses affaires de corruption dont les enquêtes sont toujours en cours. «Il a été calomnié pendant des mois et des mois, aujourd'hui il remporte son pari», a déclaré le ministre des Affaires sociales, François Fillon.
«L'UMP est une idée électorale. Il faut en faire un grand parti moderne», dit l'ancien premier ministre Alain Juppé qui devrait en devenir le chef et à qui l'on prête l'intention d'être candidat à la présidence en 2007. L'ancien ministre voit dans cette victoire un désaveu de la grande réforme sociale de la gauche: la semaine de travail de 35h.
C'est la première fois qu'un parti peut espérer gouverner pendant cinq ans sans aucun danger de cohabitation. Cette situation a été rendue possible par l'adoption du quinquennat présidentiel et d'un nouveau calendrier électoral qui place les élections législatives sitôt après la présidentielle.
Le Parti socialiste perd des sièges dans presque toutes les régions sauf à Paris. Son premier secrétaire, François Hollande, attribue cette défaite «honorable» à l'«enchaînement mécanique qui a suivi l'élection présidentielle» et au «refus de la cohabitation».
François Hollande, qui a été réélu en Corrèze et se trouve confirmé dans ses fonctions, estime que «la droite qui voulait détenir tous les pouvoirs a maintenant toutes les responsabilités [...]. Son échec après tant de promesses [...] serait lourd de conséquences pour l'idée même de la politique.»
«Il faudra reconstruire, a reconnu l'ancien ministre Laurent Fabius. Mais nous avons le socle pour rebâtir l'espérance.» Pour l'ancien ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn, la gauche devra se soumettre à un sérieux examen de conscience. «Nous allons préparer l'avenir. Il faudra examiner les erreurs que nous avons commises.»
L'ancien ministre de l'Éducation, Jack Lang, l'a emporté dans sa nouvelle circonscription du Pas-de-Calais. «Il y a un paradoxe, dit-il. Le gouvernement de Lionel Jospin a été un des meilleurs gouvernements de cette période. [...] Mais pourquoi la gauche a-t-elle perdu une partie de la confiance des classes populaire et de la jeunesse?»
L'ancienne ministre de la Justice, Ségolène Royal, dit qu'il faudra être «vigilant pour que l'État reste impartial». Son ancien collègue à la Santé, Bernard Kouchner, n'hésite pas à dire qu'«il fallait un échec pour se retrouver».
La championne de la réforme des 35 heures, l'ancienne ministre des Affaires sociales Martine Aubry a mordu la poussière dans la région de Lille. Le Parti socialiste perd avec elle un de ses principaux porte-parole.
L'ex-ministre de la Justice Jean-Pierre Chevènement, qui s'était distancé de la gauche en prenant la tête du Pôle républicain, a été largement battu à Belfort où il était pourtant député depuis 30 ans. Son mouvement est en déroute. L'ancienne ministre de l'Environnement et leader des Verts, Dominique Voynet, a aussi été battue. «Il vaut mieux perdre une élection plutôt que de perdre son âme», a-t-elle déclaré en évoquant «l'hystérie sécuritaire».
Plutôt effacé dans cette campagne législative, le leader du Front national d'extrême droite, Jean-Marie le Pen, estime que «cette assemblée ne représentera pas un Français sur deux».
L'abstention a continué sa progression et atteint un record historique. Elle est passée de 35 %, au premier tour, à 38 %. Ce taux rapproche la France des niveaux américains et canadiens. Il faut dire que, par cette magnifique journée d'été, les Français votaient pour la quatrième fois en deux mois.
On s'attend à ce que le premier ministre Jean-Pierre Raffarin annonce aujourd'hui ou demain un léger remaniement ministériel. On saura alors si le premier ministre a décidé de rompre avec la tradition de ses prédécesseurs en conservant à ses côtés le ministre délégué aux Affaires européennes Renaud Donnedieu de Vabres, mis en examen dans une affaire de blanchiment d'argent. Patrick Devedjian pourrait le remplacer. Le maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy, qui avait boudé l'Éducation il y a un mois a annoncé qu'il ne serait pas ministre. Il pourrait devenir chef du groupe parlementaire de l'UMP.
L'assemblée nationale devrait être convoquée en session extraordinaire le 2 juillet. L'ancien premier ministre Édouard Balladur et le fidèle chiraquien Jean-Louis Debré briguent tous deux la présidence de l'assemblée. Le 3 juillet, Jean-Pierre Raffarin annoncera son programme législatif dans une déclaration de politique générale. Au menu, deux projets de loi sur la sécurité intérieure et la justice.
Sans oublier un projet destiné à amnistier les infractions routières et les délits mineurs. Une tradition monarchiste parmi d'autres qui a la vie dure.
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