Washington se dit prêt à réduire les subventions agricoles
Les États-Unis n'ont pas l'intention de jouer les mauvais garçons à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Pressée par les autres pays à mettre de l'eau dans son vin et à changer sa position inflexible sur le Farm Bill, la délégation américaine a tenu à rappeler, hier, lors de la clôture du mini-sommet qui se tenait à Montréal depuis lundi, que le cycle de Doha était «très important» et qu'elle faisait preuve de «bonne volonté», malgré le peu de progrès enregistré lors des négociations dans la métropole.
Les représentants américains ne veulent pas être tenus responsables d'un éventuel échec du cycle de Doha, qui s'enlise sur la question agricole. Ces derniers vont même jusqu'à contredire leurs propres fermiers, qui déclaraient mardi ne voir «aucune volonté, ni des agriculteurs, ni du Congrès», de toucher au Farm Bill, donc aux grosses subventions qui y sont collées. Pas avant un changement d'administration à la Maison-Blanche, avaient-ils dit.
Les représentants américains n'ont pas apprécié la sortie de leur lobby agricole. «Ce n'est pas vrai qu'une association, peu importe laquelle, va décider du sort des négociations à l'OMC», a soutenu au Devoir Richard Mills, porte-parole du représentant au Commerce des États-Unis, Robert Zoellick.
Plus encore, les États-Unis soutiennent être ouverts aux concessions. «Nous sommes en faveur de réduire les subventions et nous avons le mandat d'aller en ce sens, explique Richard Mills. Les fermiers américains en sont très conscients. Nous avons proposé de diminuer les subventions à l'échelle mondiale de 100 milliards $US, ce n'est pas rien!»
Mais le porte-parole n'est pas long à montrer les Européens du doigt. «Je ne vois pas pourquoi on demande juste à nous de réduire nos subventions, dit-il. L'Europe doit aussi les restreindre. C'est globalement qu'il faut agir.»
Par ailleurs, un haut fonctionnaire américain qui a demandé à conserver l'anonymat a expliqué au Devoir que le Farm Bill n'empêche en rien les États-Unis de négocier des ententes internationales à l'OMC. «Si on obtient un accord à l'OMC, on va ensuite aller devant le Congrès pour modifier les lois en conséquence, pas avant, dit-il. Le Farm Bill serait donc rouvert au terme des négociations. C'est la même chose dans tous les pays. Si le Canada signe un traité, il va changer ses politiques ensuite. C'est impossible de faire le contraire.»
L'Union européenne reste sur sa faim
Les Européens, eux, ne semblent pas voir les choses de cette façon. «La seule manière de faire pour nous, c'est d'abord la réforme et ensuite l'OMC, tranche Franz Fischler, commissaire à l'Agriculture de l'Union européenne. Ce que je n'aime pas, c'est que nous faisons preuve d'ouverture et que la seule réaction consiste à dire: c'est bien, mais qu'offrirez-vous ensuite?»
À son arrivée à Montréal, la délégation européenne n'avait pas pris de temps pour faire pression sur les États-Unis, estimant que l'Europe a fait sa part de réforme avec la nouvelle Politique agricole commune (PAC) et que la balle est maintenant dans le camp américain, qui continue de verser d'importantes subventions à ses agriculteurs. «Je ne vois pas pourquoi les États-Unis resteraient habillés alors que l'Europe se déshabille», avait dit Pascal Lamy, le commissaire au Commerce de l'Union européenne.
Les pays pauvres demandent d'abolir les importantes subventions accordées aux agriculteurs du Nord qui nuisent aux prix mondiaux, donc à la rentabilité des fermes du Sud.
Or, le mini-sommet de l'OMC de Montréal n'aura pas permis de rapprocher substantiellement les positions américaines et européennes. L'Europe s'est bien engagée à réduire davantage son aide à la production interne, de 50 % à 60 %, et à revoir une partie de ses subventions à l'exportation.
Trop peu pour les Américains. «Nous sommes prêts à éliminer totalement nos subventions à l'exportation, alors je m'attends à la même chose de leur part [Européens]», a mentionné Robert Zoellick. L'impasse demeure.
Ça avance sur les tarifs douaniers
Les choses ont un peu plus progressé sur le plan de l'accès au marché. Les États-Unis ont proposé une solution hybride pour rapprocher le camp qui souhaite une baisse importante des droits les plus élevés et celui qui défend une diminution uniforme de tous les tarifs. Les deux gros joueurs qui s'opposent sur cette question, les États-Unis et l'Europe, ont convenu de continuer les pourparlers à Genève pour être davantage prêts à avancer lors de la grande rencontre de l'OMC qui aura lieu à Cancún au début de septembre.
Sur la question de l'accessibilité aux médicaments génériques souhaitée par les pays pauvres, les États-Unis n'ont pas bronché et demeurent le seul pays à ne pas être d'accord sur les modalités adoptées en décembre dernier par les 146 membres de l'OMC.
Le ministre du Commerce international du Canada et hôte du mini-sommet, Pierre Pettigrew, n'a pu que constater «les écarts importants» qui persistent. «On a pu éclaircir les limites et identifier les domaines où il y a de la lattitude, a-t-il dit lors de la conférence de presse de clôture. Cette rencontre nous a permis de voir à quoi nous faisons face. Il reste beaucoup de travail à faire et peu de temps pour le faire.»
Le ministre fédéral a désormais «la certitude que l'ambition que nous avions à Doha est la même. J'espère qu'on trouvera une façon de mettre en oeuvre cette ambition. Si les dossiers avancent bien à Cancún, la réunion de Montréal aura été un succès».
Le reste du travail, avant le grand rendez-vous du Mexique, se transporte au siège social de l'OMC à Genève, là où l'ambassadeur du Canada, Sergio Marchi, continuera de défendre les positions canadiennes et essayera, dans la mesure du possible, de rapprocher les deux grands piliers agricoles, les États-Unis et l'Europe. «Il ne faut pas devenir les esclaves du temps non plus, estime-t-il. Mieux vaut une bonne entente qu'un accord rapide mais mauvais. Ce que nous allons signer, les agriculteurs du monde entier vont vivre avec pour les 20 ou 30 prochaines années.»
Les représentants américains ne veulent pas être tenus responsables d'un éventuel échec du cycle de Doha, qui s'enlise sur la question agricole. Ces derniers vont même jusqu'à contredire leurs propres fermiers, qui déclaraient mardi ne voir «aucune volonté, ni des agriculteurs, ni du Congrès», de toucher au Farm Bill, donc aux grosses subventions qui y sont collées. Pas avant un changement d'administration à la Maison-Blanche, avaient-ils dit.
Les représentants américains n'ont pas apprécié la sortie de leur lobby agricole. «Ce n'est pas vrai qu'une association, peu importe laquelle, va décider du sort des négociations à l'OMC», a soutenu au Devoir Richard Mills, porte-parole du représentant au Commerce des États-Unis, Robert Zoellick.
Plus encore, les États-Unis soutiennent être ouverts aux concessions. «Nous sommes en faveur de réduire les subventions et nous avons le mandat d'aller en ce sens, explique Richard Mills. Les fermiers américains en sont très conscients. Nous avons proposé de diminuer les subventions à l'échelle mondiale de 100 milliards $US, ce n'est pas rien!»
Mais le porte-parole n'est pas long à montrer les Européens du doigt. «Je ne vois pas pourquoi on demande juste à nous de réduire nos subventions, dit-il. L'Europe doit aussi les restreindre. C'est globalement qu'il faut agir.»
Par ailleurs, un haut fonctionnaire américain qui a demandé à conserver l'anonymat a expliqué au Devoir que le Farm Bill n'empêche en rien les États-Unis de négocier des ententes internationales à l'OMC. «Si on obtient un accord à l'OMC, on va ensuite aller devant le Congrès pour modifier les lois en conséquence, pas avant, dit-il. Le Farm Bill serait donc rouvert au terme des négociations. C'est la même chose dans tous les pays. Si le Canada signe un traité, il va changer ses politiques ensuite. C'est impossible de faire le contraire.»
L'Union européenne reste sur sa faim
Les Européens, eux, ne semblent pas voir les choses de cette façon. «La seule manière de faire pour nous, c'est d'abord la réforme et ensuite l'OMC, tranche Franz Fischler, commissaire à l'Agriculture de l'Union européenne. Ce que je n'aime pas, c'est que nous faisons preuve d'ouverture et que la seule réaction consiste à dire: c'est bien, mais qu'offrirez-vous ensuite?»
À son arrivée à Montréal, la délégation européenne n'avait pas pris de temps pour faire pression sur les États-Unis, estimant que l'Europe a fait sa part de réforme avec la nouvelle Politique agricole commune (PAC) et que la balle est maintenant dans le camp américain, qui continue de verser d'importantes subventions à ses agriculteurs. «Je ne vois pas pourquoi les États-Unis resteraient habillés alors que l'Europe se déshabille», avait dit Pascal Lamy, le commissaire au Commerce de l'Union européenne.
Les pays pauvres demandent d'abolir les importantes subventions accordées aux agriculteurs du Nord qui nuisent aux prix mondiaux, donc à la rentabilité des fermes du Sud.
Or, le mini-sommet de l'OMC de Montréal n'aura pas permis de rapprocher substantiellement les positions américaines et européennes. L'Europe s'est bien engagée à réduire davantage son aide à la production interne, de 50 % à 60 %, et à revoir une partie de ses subventions à l'exportation.
Trop peu pour les Américains. «Nous sommes prêts à éliminer totalement nos subventions à l'exportation, alors je m'attends à la même chose de leur part [Européens]», a mentionné Robert Zoellick. L'impasse demeure.
Ça avance sur les tarifs douaniers
Les choses ont un peu plus progressé sur le plan de l'accès au marché. Les États-Unis ont proposé une solution hybride pour rapprocher le camp qui souhaite une baisse importante des droits les plus élevés et celui qui défend une diminution uniforme de tous les tarifs. Les deux gros joueurs qui s'opposent sur cette question, les États-Unis et l'Europe, ont convenu de continuer les pourparlers à Genève pour être davantage prêts à avancer lors de la grande rencontre de l'OMC qui aura lieu à Cancún au début de septembre.
Sur la question de l'accessibilité aux médicaments génériques souhaitée par les pays pauvres, les États-Unis n'ont pas bronché et demeurent le seul pays à ne pas être d'accord sur les modalités adoptées en décembre dernier par les 146 membres de l'OMC.
Le ministre du Commerce international du Canada et hôte du mini-sommet, Pierre Pettigrew, n'a pu que constater «les écarts importants» qui persistent. «On a pu éclaircir les limites et identifier les domaines où il y a de la lattitude, a-t-il dit lors de la conférence de presse de clôture. Cette rencontre nous a permis de voir à quoi nous faisons face. Il reste beaucoup de travail à faire et peu de temps pour le faire.»
Le ministre fédéral a désormais «la certitude que l'ambition que nous avions à Doha est la même. J'espère qu'on trouvera une façon de mettre en oeuvre cette ambition. Si les dossiers avancent bien à Cancún, la réunion de Montréal aura été un succès».
Le reste du travail, avant le grand rendez-vous du Mexique, se transporte au siège social de l'OMC à Genève, là où l'ambassadeur du Canada, Sergio Marchi, continuera de défendre les positions canadiennes et essayera, dans la mesure du possible, de rapprocher les deux grands piliers agricoles, les États-Unis et l'Europe. «Il ne faut pas devenir les esclaves du temps non plus, estime-t-il. Mieux vaut une bonne entente qu'un accord rapide mais mauvais. Ce que nous allons signer, les agriculteurs du monde entier vont vivre avec pour les 20 ou 30 prochaines années.»
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