Le Liberia halluciné
Le Liberia se consume à la vitesse grand V. Prisonniers des obsessions du président Charles Taylor et des ennemis de celui-ci, les milliers de civils toujours présents dans la capitale Monrovia sont victimes d'une catastrophe humanitaire. Et cela parce que les pays voisins ainsi que l'administration Bush tardent à débarquer dans les environs.
Plus tôt cette semaine, les dirigeants des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) ont communiqué au président Charles Taylor la proposition suivante: nous sommes prêts à suspendre les hostilités à condition que nos combattants puissent demeurer sur place jusqu'à l'arrivée des forces de paix que l'ONU ainsi que les pays de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se promettent de déployer sur place. Cette requête, Taylor l'a rejetée. Il a de facto donné du poids ou du crédit à la rumeur selon laquelle il veut mettre à profit la présence de troupes étrangères pour consolider son pouvoir. Plus exactement, pour se réapproprier tous les pans perdus depuis que le LURD a lancé son offensive sur la capitale.
Toutes les dépêches, tous les témoignages qui émanent de ce pays ont ceci de commun qu'ils indiquent que Taylor est devenu le président d'un pré carré qui n'a évidemment plus l'étendue du pouvoir qui était le sien il y a encore six ou huit mois. En plus d'avoir la maîtrise de la moitié du pays, le LURD domine pratiquement toute la capitale et surtout le port. Dans la foulée, les rebelles ont fait main basse sur les réserves de nourriture, qu'ils utilisent comme moyen de pression ou de chantage auprès des milliers d'affamés de la capitale. Pour leur part, les forces armées du Mouvement pour la démocratie du Liberia (MODEL) règnent sur l'autre moitié du pays, dont la deuxième ville en importance: Buchanan. Bref, aujourd'hui Taylor est le président d'un réduit.
Il y a en cette histoire, une sale histoire, un effet boomerang digne de mention. Taylor est confronté à une guerre qui s'étend au-delà des frontières du Liberia. Le LURD jouit des soutiens financier et militaire de la Guinée, le MODEL bénéficie, lui, de l'appui de la Côte-d'Ivoire. Ainsi, les gouvernements de ces pays se vengent des agitations militaires que Taylor avait aiguisées dans ces pays depuis son accession à la présidence en 1997. Qui plus est, depuis la pacification de la Sierra Leone par une force multinationale, Taylor ne peut plus exploiter les mines de diamant à ses fins. En clair, il n'a plus les moyens financiers de ses ambitions, qui sont celles, on s'en doute, d'un mégalomane.
L'engagement de pays voisins dans les affaires du Liberia explique, en partie, la retenue de l'administration Bush. Pour celle-ci, il n'est pas question que les troupes américaines présentes à la périphérie débarquent à Monrovia aussi longtemps qu'il n'y aura pas de cessez-le-feu. Même si ses militaires sont fin prêts, même si des milliers de patients risquent de décéder dans les jours et les semaines qui viennent, faute de médicaments, même si la famine s'est installée à demeure, Washington n'entend donc pas participer à la mise entre parenthèses d'un conflit que l'on dit particulièrement sanglant. La position adoptée par Bush se révèle être un écho à celle observée par Bill Clinton lors du génocide au Rwanda: on s'en lave les mains.
La politique de Bush est d'autant plus affligeante que, de toutes les nations africaines, le Liberia est celle qui a entretenu les liens les plus étroits avec les États-Unis depuis sa création en 1847. Depuis que les combats font rage dans les rues de la capitale, l'administration Bush ne cesse de louvoyer, alors que les pays africains regroupés au sein de la CEDEAO passent leur temps à chipoter. La responsabilité de ces derniers est si lourde qu'il est à espérer qu'elle ne restera pas lettre morte.
Dans ces circonstances, Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, ne pouvait faire autrement que d'exiger des membres du Conseil de sécurité la rédaction et l'adoption rapides d'un «mandat robuste». De sa sortie publique, on retiendra qu'il a insisté pour signaler au monde entier que les troupes nigérianes actuellement stationnées en Sierra Leone étaient prêtes à se rendre au Liberia. À condition évidemment que le Conseil agisse avec diligence.
En l'état actuel des choses, il faut une intervention aussi rapide que ferme. Car une fois que Taylor, président de rien, sera renversé, il est écrit dans le ciel que le MODEL et le LURD écriront le prochain chapitre d'une guerre civile qui perdure déjà depuis une vingtaine d'années.
Plus tôt cette semaine, les dirigeants des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) ont communiqué au président Charles Taylor la proposition suivante: nous sommes prêts à suspendre les hostilités à condition que nos combattants puissent demeurer sur place jusqu'à l'arrivée des forces de paix que l'ONU ainsi que les pays de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se promettent de déployer sur place. Cette requête, Taylor l'a rejetée. Il a de facto donné du poids ou du crédit à la rumeur selon laquelle il veut mettre à profit la présence de troupes étrangères pour consolider son pouvoir. Plus exactement, pour se réapproprier tous les pans perdus depuis que le LURD a lancé son offensive sur la capitale.
Toutes les dépêches, tous les témoignages qui émanent de ce pays ont ceci de commun qu'ils indiquent que Taylor est devenu le président d'un pré carré qui n'a évidemment plus l'étendue du pouvoir qui était le sien il y a encore six ou huit mois. En plus d'avoir la maîtrise de la moitié du pays, le LURD domine pratiquement toute la capitale et surtout le port. Dans la foulée, les rebelles ont fait main basse sur les réserves de nourriture, qu'ils utilisent comme moyen de pression ou de chantage auprès des milliers d'affamés de la capitale. Pour leur part, les forces armées du Mouvement pour la démocratie du Liberia (MODEL) règnent sur l'autre moitié du pays, dont la deuxième ville en importance: Buchanan. Bref, aujourd'hui Taylor est le président d'un réduit.
Il y a en cette histoire, une sale histoire, un effet boomerang digne de mention. Taylor est confronté à une guerre qui s'étend au-delà des frontières du Liberia. Le LURD jouit des soutiens financier et militaire de la Guinée, le MODEL bénéficie, lui, de l'appui de la Côte-d'Ivoire. Ainsi, les gouvernements de ces pays se vengent des agitations militaires que Taylor avait aiguisées dans ces pays depuis son accession à la présidence en 1997. Qui plus est, depuis la pacification de la Sierra Leone par une force multinationale, Taylor ne peut plus exploiter les mines de diamant à ses fins. En clair, il n'a plus les moyens financiers de ses ambitions, qui sont celles, on s'en doute, d'un mégalomane.
L'engagement de pays voisins dans les affaires du Liberia explique, en partie, la retenue de l'administration Bush. Pour celle-ci, il n'est pas question que les troupes américaines présentes à la périphérie débarquent à Monrovia aussi longtemps qu'il n'y aura pas de cessez-le-feu. Même si ses militaires sont fin prêts, même si des milliers de patients risquent de décéder dans les jours et les semaines qui viennent, faute de médicaments, même si la famine s'est installée à demeure, Washington n'entend donc pas participer à la mise entre parenthèses d'un conflit que l'on dit particulièrement sanglant. La position adoptée par Bush se révèle être un écho à celle observée par Bill Clinton lors du génocide au Rwanda: on s'en lave les mains.
La politique de Bush est d'autant plus affligeante que, de toutes les nations africaines, le Liberia est celle qui a entretenu les liens les plus étroits avec les États-Unis depuis sa création en 1847. Depuis que les combats font rage dans les rues de la capitale, l'administration Bush ne cesse de louvoyer, alors que les pays africains regroupés au sein de la CEDEAO passent leur temps à chipoter. La responsabilité de ces derniers est si lourde qu'il est à espérer qu'elle ne restera pas lettre morte.
Dans ces circonstances, Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, ne pouvait faire autrement que d'exiger des membres du Conseil de sécurité la rédaction et l'adoption rapides d'un «mandat robuste». De sa sortie publique, on retiendra qu'il a insisté pour signaler au monde entier que les troupes nigérianes actuellement stationnées en Sierra Leone étaient prêtes à se rendre au Liberia. À condition évidemment que le Conseil agisse avec diligence.
En l'état actuel des choses, il faut une intervention aussi rapide que ferme. Car une fois que Taylor, président de rien, sera renversé, il est écrit dans le ciel que le MODEL et le LURD écriront le prochain chapitre d'une guerre civile qui perdure déjà depuis une vingtaine d'années.
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