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Affaire Cinar - Que la CVMQ tienne son bout!

Jacques Lefebvre - Montréal  30 juillet 2003 
J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt les derniers rebondissements de ce qu'il est convenu d'appeler «l'affaire Cinar». La saga se poursuit, alors que le couple Micheline Charest-Ronald Weinberg fait encore des siennes. Ne voilà-t-il pas qu'ils viennent de demander à la Commission des valeurs mobilières du Québec (CVMQ) de révoquer le fiduciaire Robert Després, qui est chargé de représenter leurs intérêts dans Cinar et dont la nomination a été approuvée par la même CVMQ. Non seulement ont-ils entrepris cette démarche, mais ils sont déjà engagés dans des discussions avec un nouveau fiduciaire, M. Noubar Boyadjian, dont la spécialité est de liquider des sociétés.

Comment interpréter cette nouvelle démarche? Il est pour le moins difficile de remettre en cause la gestion de Cinar effectuée par M. Després. Depuis son entrée en fonction au printemps 2002, on l'a vu accomplir des gestes qui aujourd'hui confirment ses grandes qualités de gestionnaire. D'une entreprise à la dérive, tant sur le plan de ses activités que de sa valeur pour les actionnaires, il en a fait une société qui se stabilise et qui est de nouveau en mesure de réaliser ses promesses, comme le confirme le rétablissement de l'admissibilité de Cinar aux fonds de Téléfilm Canada et, tout dernièrement, à ceux du programme de droit de diffusion du Fonds canadien de télévision.

Le motif

Quel peut alors être le motif de cette demande? Cela ne viendrait-il pas du fait que M. Després s'est au contraire trop bien acquitté de ses responsabilités? On se souviendra que, à titre de président du conseil de Cinar, il n'a pas hésité dernièrement à entreprendre une poursuite contre MM. Ronald Weinberg et Hasanain Panju pour couvrir, le cas échéant, tout solde impayé d'un placement à haut risque de Cinar effectué à l'étranger dans Globe-X Management par ces derniers, sans l'assentiment du conseil. Aurait-il alors excédé son mandat en s'inspirant d'une démarche antérieure entreprise avant sa nomination par le conseil d'administration de Cinar pour obtenir le remboursement de 28,6 millions de dollars présumément utilisés pour leurs fins personnelles par Mme Charest et MM. Weinberg et Panju?

Chose certaine, au moment où la société est sur le point de recommencer à créer de la valeur, la liquidation de Cinar pourrait être intéressante pour le couple Charest-Weinberg et quelques autres actionnaires comme Robert Chapman, de Chapman Capital LLC, mais léserait à coup sûr la très grande majorité des actionnaires de la société qui ont vu leur placement fondre à la suite de la gestion pour le moins cavalière de Cinar par Mme Charest et M. Weinberg.

Que penser alors d'un changement de fiduciaire dans de telles circonstances? Pour ma part, j'estime que la CVMQ remettrait indirectement entre les mains du couple Charest-Weinberg la direction téléguidée de Cinar, alors que cet organisme leur a directement et expressément interdit de le faire, il y a peine plus d'un an, et ce, pour une période de cinq ans.

Dans les circonstances, il est certain que les intérêts de la majorité des actionnaires seront mieux servis, et de loin, si M. Després demeure en poste chez Cinar. Il pourra ainsi mener à bon port le redressement d'une entreprise aux solides perspectives de croissance, malencontreusement détournée de sa progression par les pratiques d'affaires des fondateurs.

J'ose espérer que, cette fois, la CVMQ saura agir avec la fermeté voulue pour que ses décisions aient leur plein effet et qu'on ne puisse abuser d'elle impunément, comme cela paraît avoir été le cas lorsqu'elle a permis au couple Charest-Weinberg de différer le paiement d'une partie de l'amende de deux millions de dollars qu'elle leur avait imposée, alors que ceux-ci prétextaient ne pas avoir les liquidités suffisantes pour honorer leurs obligations. On connaît la suite. Cette fois-ci, souhaitons que la CVMQ s'assure de bien préserver les intérêts de tous les actionnaires, et pas seulement ceux de quelques-uns, fussent-ils détenteurs de droits de vote multiple leur donnant la majorité.
 
 
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