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La police vide la rue

La manifestation contre l'OMC se solde par l'arrestation en bloc de 200 personnes

Brian Myles   29 juillet 2003 
Défoulement anti-mondialisation à grands coups de poubelle dans la vitrine d’un Burger King, rue Sainte-Catherine.
Photo : Patrick Sanfaçon
Défoulement anti-mondialisation à grands coups de poubelle dans la vitrine d’un Burger King, rue Sainte-Catherine.
Police 1, militants altermondialisation 0, vitriers au boulot! La grande manifestation visant à faire dérailler le mini-sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'est soldée hier par un retentissant échec, dans un tintamarre de vitrines fracassées.

Plus de 200 personnes ont été arrêtées en bloc après une intervention de l'escouade antiémeute du Service de police de la Ville Montréal (SPVM). Elles devront répondre pour la plupart d'une accusation d'avoir formé un attroupement illégal. Certaines d'entre elles seront également accusées de méfait.

Les policiers ont cerné le groupe sur le boulevard Saint-Laurent, à deux pas d'un terrain vacant jouxtant la Librairie alternative, environ deux heures après que des casseurs eurent brisé les vitrines de quatre commerces de l'ouest du centre-ville (le centre de recrutement des Forces armées canadiennes, un restaurant Burger King et des boutiques de vêtements Gap et Jacob).

Sentant le souffle de l'antiémeute, les organisateurs avait sonné le rappel des troupes vers ce terrain vacant, une «zone verte» décrite comme «un endroit sécuritaire pour se reposer, se nourrir et se soigner». Environ 200 protestataires s'y étaient repliés après avoir défilé dans les rues du centre-ville pendant quelque 90 minutes. La zone verte a vite viré au bleu quand les policiers, déployés en deux colonnes dans les rues Sherbrooke et Ontario, ont pris les manifestants dans une souricière.

Selon Amir Khadir, une des personnes arrêtées, les policiers n'ont jamais averti les militants de leurs intentions. Le candidat-vedette de l'Union des forces progressistes faisait partie de l'équipe médicale, il n'a jamais pris part à la manifestation, encore moins aux gestes de vandalisme. «On a été arrêtés par la ruse», a-t-il dit au téléphone. Des passants qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment sont également tombés dans le piège tendu par les policiers. «Je ne faisais que passer», a lancé un piéton qui grinçait des dents lorsqu'on l'a mené à l'intérieur du fourgon cellulaire, menottes aux mains. Un journaliste de La Presse, Nicolas Bérubé, a dû s'expliquer pendant près d'une demi-heure avant d'être relâché, et ce, même s'il portait une carte d'identité avec photo émise par le SPVM spécialement pour l'événement.

Le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, a assuré que les policiers avaient donné un avertissement avant d'intervenir, mais la plupart des personnes présentes sur les lieux n'ont rien entendu en raison de la cacophonie ambiante.

Quatre heures auparavant, tous les espoirs étaient permis. La Mobilisation populaire contre l'OMC avait promis de «perturber et faire échouer» le mini-sommet de l'OMC, réunissant les ministres du Commerce international de 26 pays au Centre Sheraton. Deux groupes sont partis de la station de métro Guy-Concordia et du Carré Philips pour se rejoindre à l'angle des rues Sainte-Catherine et Peel.

Ils étaient environ un millier lorsqu'ils ont tourné le coin de Peel et René-Lévesque pour se retrouver face à face avec les escouades antiémeute du SPVM et de la Sûreté du Québec (SQ).

L'image valait mille «maux». Les policiers portaient un bouclier, une matraque longue d'un mètre et ils avaient déjà enfilé leurs masques à gaz. Quelques policiers «posaient» avec leurs fusils à gaz lacrymogène bien en vue.

Personne n'a trouvé le courage de franchir ce périmètre de sécurité âprement défendu. Les militants sont restés figés, prenant les organisateurs de court. «On s'attendait à ce que les gens chargent les barricades», a avoué Stephen Christoff, l'un des porte-parole de la Mobilisation.

Au bout de dix minutes d'immobilisme, les manifestants ont tourné les talons pour serpenter dans les rues du centre-ville. Jaggi Singh est devenu le premier militant à se faire arrêter pour bris de condition, vers 9h à l'angle de Peel et de Sainte-Catherine. Dans l'attente de son procès pour avoir participé à une émeute, lors du Sommet des Amériques, Singh ne doit pas diriger une manifestation. Il a eu tout juste le temps de lancer son téléphone cellulaire en direction de Martin Petit, qui a dû répondre à tous les appels des médias qui étaient à sa recherche.

«Les aristos au pilori!»

Incapables de s'approcher du Sheraton par l'est, les manifestants ont tenté une percée vers l'ouest pour être aussitôt repoussés par l'antiémeute. Avertis qu'ils prenaient part à un attroupement illégal, ils ont finalement débordé la rue Sainte-Catherine, où une poignée de vandales, approuvés par les organisateurs, ont cassé les vitrines du centre de recrutement des Forces armées canadiennes, d'un restaurant Burger King et des boutiques de vêtements Gap et Jacob, autant de symboles de l'oppression, du capitalisme sauvage et de l'impérialisme.

Empruntant la rue Stanley vers le nord, le groupe est tombé sur une authentique Porsche quitte pour un pare-brise défoncé à coups de «2 par 4». Quand le propriétaire de la voiture de luxe a tenté de se faire justice en attaquant le vandale, ses comparses masqués se sont mis à six pour le jeter au sol. L'homme n'a subi aucune blessure. Alors qu'il se remettait à peine de ses émotions, un jeune a eu l'outrecuidance de lui faire la morale sur la vacuité de son bolide dans un monde où les gens meurent de faim. «Les aristos au pilori!», a lancé un casseur au visage complètement masqué avant de s'enfuir.

En fin de journée, les porte-parole de la Mobilisation populaire ont banalisé les actes de vandalisme contre des commerces représentant soit l'impérialisme (le centre de recrutement de l'armée), soit le capitalisme global (Gap). «Pour nous, une vitre brisée, ce n'est rien comparativement aux politiques de l'OMC, qui créent des milliers de morts chaque année», a lancé Mélanie Sylvestre.

Les organisateurs, qui ont tous échappé à la rafle de la police, ont indiqué que la «répression policière» ne les arrêterait pas. Ils ont promis de remettre ça dès ce matin, avec une marche qui partira du Carré Philips à 10h.

L'hôte du mini-sommet de l'OMC, Pierre Pettigrew, a déploré les actes de vandalisme. «J'ai vu les manifestations ce matin à la télé, et j'ai été désappointé. Il n'y a pas d'excuses. C'est inacceptable», a dit le ministre fédéral du Commerce international.

Le directeur général de l'OMC, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, a renvoyé les protestataires à leurs élus. «Bien sûr, nous aimerions tous pouvoir tenir compte des sentiments et des suggestions de la société civile, mais ce sont les pays membres qui négocient présentement. Ce sont eux qui peuvent entendre les arguments des manifestants et des représentants de la société civile, et les défendre en leur nom. Ce n'est pas à l'OMC de le faire», a-t-il dit.
Défoulement anti-mondialisation à grands coups de poubelle dans la vitrine d’un Burger King, rue Sainte-Catherine. Le mal fait, Burger King, rue Sainte-Catherine, a continué à vendre ses hamburgers.
 
 
 
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