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Ariel Sharon et le mur

Serge Truffaut   29 juillet 2003 
Le président Bush partage avec le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas une préoccupation de taille: la construction par Israël d'un mur long de 145 kilomètres. Pour apaiser les craintes que suscite à Washington cette clôture en béton, le gouvernement israélien a annoncé la libération de centaines de prisonniers. Le geste a fait long feu. La préoccupation demeure aussi vive.

Le séjour qu'entreprend aujourd'hui à Washington le premier ministre Sharon s'annonce particulièrement rude pour ce dernier. Des sept rencontres que Sharon a eues avec Bush, aucune n'a été précédée par une mise en garde aussi ferme que celle que le chef de l'exécutif américain vient d'adresser au gouvernement israélien. Au terme de son sommet avec le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, le président Bush a clairement indiqué que la construction du mur l'insupportait. On le comprend: l'énergie accordée à l'articulation de la feuille de route et depuis lors à la concrétisation de celle-ci, risque fort de buter, voire d'échouer sur ce mur. Bref, il y va du crédit de la Maison-Blanche.

Le mur en question a été construit dans le but d'empêcher les kamikazes, au mieux, de commettre des attentats, au pire, de réduire le nombre de ceux-ci. Mais voilà qu'à la faveur de sa mise en place, le gouvernement Sharon a commandé des tours et des détours de manière à ce que certaines colonies se retrouvent bel et bien du côté israélien de la frontière. Grâce à ces zigzags, on a quelque peu modifié la carte géographique. En clair, de l'espace a été grignoté de façon à ce qu'il soit ultérieurement sujet de rapport de forces, objet de négociations.

À Washington et surtout à Ramallah, on craint que, si le gouvernement Sharon observe le modus operandi employé jusqu'à présent, il mette toutes les parties devant un fait accompli qui jusqu'alors n'avait jamais été discuté dans le cadre de la feuille de route. Lors de ses discussions avec le président Bush, le premier ministre palestinien a beaucoup plus évoqué le sujet du mur que tout autre sujet. C'est dire. En fait, l'Autorité palestinienne a modifié la hiérarchie de ses priorités à court terme de sorte que cette histoire de mur est désormais inscrite au premier rang de ses préoccupations devant les colonies de peuplement et le sort des 6000 prisonniers palestiniens.

À Washington, le message de Mahmoud Abbas a été reçu cinq sur cinq. À preuve, le président Bush a martelé «qu'un mur serpentant au travers de la Cisjordanie» freinerait durablement le développement de la confiance entre les parties. Au point d'hypothéquer tous les efforts de paix en cours. C'est pour amadouer l'administration américaine que Sharon a décidé d'augmenter le nombre de personnes devant être libérées dans les jours qui viennent. En fait, on devrait plutôt signaler que les chefs des services de renseignements et de l'état-major israélien ont fait pression pour que ce geste soit annoncé le plus rapidement possible afin de «supporter» Abbas.

Ce soutien s'est accompagné d'une série de mesures susceptibles, pour ceux qui s'en sont faits les militants, de renforcer la position d'Abbas au sein des Palestiniens. C'est ainsi qu'il a été décidé de supprimer les privilèges budgétaires dont bénéficiaient les colonies de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les crédits alloués à la sécurité de ces colonies ont eux aussi été supprimés. Des barrages ont été levés. En un mot, au cours des deux derniers jours le gouvernement Sharon a versé passablement d'eau dans son vin.

Dans quel but? Redorer son blason auprès de l'administration Bush ou plus exactement pour conserver en l'état la crédibilité ou la sympathie que celle-ci avait du temps de... Yasser Arafat! Plus d'un expert a noté en effet que la cause palestinienne n'était plus perçue de la même manière depuis qu'Abbas est en poste. On se rappellera que jamais Bush n'a voulu rencontrer Arafat, qu'il a ordonné un changement à la direction. Il a obtenu satisfaction à plus d'un égard. Jusqu'à présent, Abbas a manoeuvré avec suffisamment de doigté pour contenir ses troupes sans que son leadership ne soit rigoureusement disputé.

Aujourd'hui et demain, ce sera au tour du premier ministre Sharon de faire preuve de bonne volonté. À terme, il est clair qu'il devra s'engager à stopper la construction du mur. Il reste à savoir s'il parviendra à faire entendre raison aux ultras qui siègent au sein de sa coalition. Si tel n'est pas le cas, alors il y aura encore des élections. Quand? D'ici à douze mois.
 
 
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