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Agressions à contrôler

Josée Boileau   28 juillet 2003 
Moins d'homicides, moins de méfaits, moins de vols et d'introductions par effraction...: la criminalité au Québec a continué de baisser en 2002. Sauf sur un plan: les agressions sexuelles. Et le phénomène se doit d'être pris au sérieux.

Dans la nomenclature des infractions au Code criminel commises au Québec en 2002, il y a de quoi se réjouir: toutes les catégories sont soit stables, soit en baisse par rapport à l'année précédente, selon les données du Centre canadien de la statistique juridique. C'est même ici que la criminalité a le plus diminué au pays, et que l'on trouve le taux le plus bas de crimes violents, et le moins d'agressions sexuelles par 100 000 habitants.

Mais dans ce dernier cas, l'enviable record va de pair avec un plus triste constat. En 2002, c'est le Québec qui, de toutes les provinces, a enregistré la deuxième augmentation des agressions sexuelles. Statistique Canada, sur la base des données de 123 corps policiers, indiquait vendredi que le taux de ces agressions est passé, sur le territoire québécois, de 62 à 71 par 100 000 habitants.

Certes, c'est moins que la moyenne canadienne qui s'élève à 86 cas par 100 000 habitants, moitié moins qu'en Saskatchewan (160) ou au Manitoba (139), et à des années-lumière de ce que l'on observe dans les territoires où les taux atteignent des hauteurs affolantes — de 324 au Yukon à 961 au Nunavit! Le document de Statistique Canada a d'ailleurs beau dire que ces disparités sont difficiles à expliquer, une telle répartition géographique fait clairement voir que les femmes autochtones sont les grandes victimes de ce fléau. Il y a là priorité d'action pour Phil Fontaine, de retour comme chef de l'Assemblée des Premières Nations.

Mais pour le Québec, forte augmentation il y a: elle se chiffre à 14 % et nous fait reculer de dix ans, jusqu'au taux d'agressions enregistré en 1993. S'il semble trop tôt pour avancer des explications, il faudra néanmoins en chercher, même s'il serait plus tentant de se cantonner au rôle de bon élève du pays. Car si on a beaucoup parlé ces derniers temps du décrochage des garçons, de leur désarroi, il serait prématuré d'oublier qu'avoir moins de 18 ans et être une fille — caractéristiques de la grande majorité des victimes — reste un mélange à hauts risques.

***

Les agressions sexuelles, par ailleurs, ne représentent qu'une goutte d'eau (1%) dans le magma des infractions au Code criminel. De plus, la plupart de ces agressions se vivent au quotidien (80% des victimes connaissent l'accusé: connaissance, membre de la famille, ami). Mais quand elles explosent, elles font plus facilement les manchettes qu'un vol d'auto.

Chaque fois, à juste titre, il y a rage, indignation. Et chaque fois, la même solution a l'air de s'imposer: il faudrait un registre national des délinquants sexuels. Un projet de loi à ce sujet a d'ailleurs été laissé en plan à la fin de la session parlementaire à Ottawa. Sa simplicité le rend rassurant: tout délinquant qui a purgé sa peine serait tenu de s'y inscrire afin que les policiers puissent le suivre à la trace.

Mais, l'expérience le prouve, c'est justement trop simple. Comme l'indique Statistique Canada, les délinquants sexuels ont ceci de particulier qu'ils sont moins susceptibles que les auteurs d'autres crimes à avoir déjà été condamnés. Par contre, quand ils sont arrêtés, ils font plus souvent que les autres l'objet d'accusations multiples. On comprendra par là que sous couvert de casier judiciaire vierge et de respectabilité, le monstre a le temps de sévir avant d'être enfin arrêté. Holly Jones, démembrée à Toronto, avait beau résider dans un quartier où, on l'a su par la suite, vivaient quelque 200 délinquants fichés, ce n'est pas l'un d'entre eux qui a finalement été arrêté mais un individu au-dessus de tout soupçon.

La délinquance sexuelle est toutefois fortement marquée par la récidive et il est juste que la population ait des craintes à cet égard. Or des programmes d'encadrement existent, plus efficaces que la vindicte populaire. Il s'en trouve précisément dans le quartier de la petite Jones, pratiqué dans une maison de transition renommée et au taux de succès impressionnant. Mais, mené par l'ancien député fédéral John Nunziata, le voisinage a refusé qu'un récidiviste y soit accueilli ce mois-ci. Celui-ci a donc été renvoyé en prison; il finira par être relâché ailleurs, avec moins de supervision.

À Montréal même, le Service de police a mis en place un projet-pilote de surveillance de 150 délinquants sexuels, certains présentant des risques importants de récidive. Le projet est jeune, le suivi est souple, mais personne n'a encore rechuté. La voie mérite donc de continuer d'être explorée.

Ce qui n'empêche pas la nécessité d'une grande rigueur judiciaire. Il y a quelques jours, un juge a refusé de reconnaître Richard Charlish «délinquant dangereux» (il aurait été le 20e au Québec et il aurait été assujetti à un emprisonnement sans limite de temps). La Couronne avait fait cette demande en raison d'une violente agression sexuelle que l'homme a commise à Montréal alors qu'il était en libération conditionnelle. Les experts s'entendaient: les risques de récidive de M. Charlish sont élevés, ses chances de réhabilitation minces... Mais comme elles ne sont pas «inexistantes», il a finalement été classé «délinquant à contrôler». C'est bien ce genre de nuances qui donne des frissons.

jboileau@ledevoir.ca
 
 
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