samedi 4 février 2012 Dernière mise à jour 00h43
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Lettres: L'humour engagé et les logiques d'entreprise

Costin Nedelcu - Étudiant à la maîtrise en communication, Université de Montréal et ancien journaliste dans un hebdomadaire de satire politique. Montréal, le 20 juillet 2003  26 juillet 2003 
En réaction à l'article «Où est passé l'humour engagé?», de Fabien Deglise (Le Devoir, 18 juillet), je me permets d'ajouter une courte réflexion, dont le sujet a été mentionné par vous mais est resté légèrement en suspension. Votre mise au point sur la condition intellectuelle de l'humoriste en général, et de l'humoriste engagé en particulier, est tout à fait pertinente. L'aspect que je vais questionner ensuite concerne le positionnement de l'humour lui-même.

Plus précisément, peut-on combler ce manque à gagner de culture générale et de culture politique dont vous faites état par des choses plus simples, sans baisser pour autant le niveau politique du badinage? J'ai tendance à croire que cela est possible, néanmoins une rectification de l'idée que nous nous faisons sur l'humour engagé doit s'opérer.

Dans cette nouvelle détermination de la notion d'humour militant, je pense qu'un rôle très important devrait jouer un repositionnement de celui-ci à l'intérieur du pouvoir politique. L'inadéquation que nous vivons actuellement vient en grande partie du fait que l'humour engagé est traditionnellement conçu à gauche. Sa façon de faire vise un ordre à abattre plutôt qu'un ordre à corriger. D'ailleurs, les mots avec lesquels les témoignages de votre article essaient de cerner la notion d'humour engagé en font preuve: révolte, couleur revendicatrice, antipolitiquement correct. Ce type d'humour qui veut déclencher «la révolution» est certes nécessaire, mais pas suffisant. Il n'arrive plus à faire son travail, car sa légitimité est de nos jours entamée par les conséquences logiques de sa topographie politique: il favorise l'attaque contre l'auto-ironie et la diatribe contre l'autocritique. Le constat est peut-être amer, mais vrai: l'humour politique de gauche est révolu.

Mais il ne faut pas se leurrer, l'humour politique se porte bien même dans des périodes où il ne monte pas sur une scène publique. Il se retranche alors «dans le privé», dans le discours de petites «cercles de qualité», sous forme de remarques sporadiques et disparates. Et dès qu'un public digne de ce nom se forme et émet une demande tacite, en règle générale un artiste va répondre finalement à ce besoin. Et nous voilà arrivés, mine de rien, à la logique d'entreprise par le biais de l'offre et de la demande. Car plus rien n'y échappe par les temps qui courent.

Quant aux humoristes d'aujourd'hui, se doivent-ils d'être apolitiques? Ou du moins se montrer comme tels? Et la question qui nous vient naturellement: l'humour activiste fait-il encore recette? Revoilà l'inébranlable logique d'entreprise. L'humour engagé serait-il en crise aussi parce que l'artiste comique est de nos jours tenu prisonnier par le système à travers des liens économiques bien moins évidents qu'il y a quelques décennies? La démarche de l'humoriste contemporain doit passer par une remise en question de son statut social et de son positionnement politique, lesquels ne le tentent plus du tout. Car l'artiste doit désormais prendre en compte la rentabilité de son geste: même les blagues sont conçues et racontées sur scène sous l'angle du profit. De ce point de vue, l'humour engagé fait figure d'action humanitaire dans le paysage mercantile que nous donne l'ensemble des humoristes au Québec. Et quand l'ombre du succès frappe aux portes de ces derniers, la tendance caritativo-intellectuelle est à la baisse.

C'est une évidence pour tout le monde que la société moderne est capable de vivre plusieurs crises en même temps. Et dans l'ordre des priorités qui est engendré conséquemment, le témoin humoristique nous montre clairement que la problématique politique n'est pas vraiment au «top» en ce moment.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012