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Le Canada est aussi sûr qu'en 1979

Brian Myles   24 juillet 2003 21h23 
Le présumé tueur en série Robert Pickton serait responsable à lui seul de la hausse du taux d'homicides au pays en 2002, selon les données rendues publiques hier par le Centre canadien de la statistique juridique.

Cinq cent quatre-vingt-deux personnes ont été assassinées en 2002 au Canada, soit 29 de plus que l'année précédente. Le taux d'homicides (1,9 meurtre par 100 000 habitants) a bondi de 4 % après deux années de stabilité.

Une partie de l'augmentation est attribuée à la vaste enquête des policiers de la Colombie-Britannique sur les 61 femmes portées disparues dans l'est de Vancouver. L'enquête a débouché sur la mise en accusation de Pickton pour 15 meurtres, mais les policiers ont retrouvé sept cadavres additionnels sur sa ferme de Port Coquitlam après le début de son enquête préliminaire. Et les recherches ne sont pas terminées. Elles se sont déplacées cette semaine dans une zone aussi grande que trois terrains de football.

Mis à part ce soubresaut en matière d'homicide, le taux de criminalité global a poursuivi la tendance à la baisse amorcée au début des années 1990, chutant de 0,6 % en 2002. Le Canada est aussi sûr qu'il l'était en 1979. Le Québec n'y fait pas exception, affichant le plus bas taux de criminalité parmi les provinces et les territoires autonomes. Le taux d'homicides (1,6 par 100 000 habitants) a atteint son plus bas niveau en un quart de siècle, avec une chute de 16 % en une seule année que l'on pourrait imputer à la fin de la guerre des motards.

Exception faite des territoires, les provinces de l'Ouest continuent d'afficher les pires bilans, la Saskatchewan en tête. À l'inverse, le Québec et l'Ontario ont enregistré des baisses de criminalité si fortes que ces deux provinces voisines se révèlent désormais plus sécuritaires que celles de l'Atlantique.

À l'échelle nationale, la plupart des crimes sont en régression ou en stagnation, sauf en ce qui a trait aux meurtres, à la prostitution, la fraude, la contrefaçon et les affaires de drogues. Contrairement à leurs beaux discours, les policiers continuent de cibler les simples fumeurs de marijuana dans la guerre à la drogue. Encore en 2002, trois affaires de drogue sur quatre concernaient le cannabis. Et la plupart du temps, les policiers s'attaquent à la possession simple de marijuana.

Quelque 93 000 infractions liées à la consommation et au trafic de drogue ont été signalées, en hausse soutenue depuis 20 ans. Le taux d'infractions liées au cannabis a crû de 2 %, celles liées à la cocaïne de

1 % et celles concernant les «autres» drogues ont bondi de 11 %. À l'opposé, la vente et la consommation d'héroïne a chuté de 18 %.

Le plus grand paradoxe de ce bilan fort positif, c'est que les Canadiens sont animés d'un grand sentiment d'insécurité. Près du tiers des citoyens estiment que la criminalité dans leur voisinage a augmenté depuis 1999, selon la plus récente enquête de Statistique Canada (août 2002).

La dernière étude du Conseil canadien du développement social arrivait à des conclusions similaires en juillet 2002. Les Canadiens nourrissent une peur grandissante pour leur avenir économique, leur santé physique et leur sécurité. La majorité d'entre eux s'estiment à l'abri des crimes de violence et des crimes contre la propriété, mais cette majorité s'effrite d'une année à l'autre, sans égard à la chute de la criminalité.

Pour les policiers, ce décalage est si préoccupant qu'ils ont érigé la lutte contre le sentiment d'insécurité au rang de priorité. Le Service de police de Montréal (SPVM) vise à favoriser le sentiment de sécurité entre autres en éliminant les graffitis, les incivilités, la revente de drogue auprès des prostituées de rue et les introductions par effraction.

Selon Maurice Cusson, professeur en criminologie à l'Université de Montréal, la baisse de la criminalité et l'augmentation de l'insécurité procèdent d'un même phénomène: le vieillissement de la population. «Plus on est vieux, plus on est peureux. Et plus on est vieux, moins on commet de crime également», dit-il.

Les personnes âgées et les femmes contribuent à l'accroissement du sentiment d'insécurité. Quand les sondeurs leur demandent s'ils ont peur de marcher seuls dans leur voisinage à la tombée de la nuit, ils sont plus susceptibles de répondre par l'affirmative en raison de leur vulnérabilité physique. Ironie du sort, les personnes âgées et les femmes ont moins de chances d'être victimes d'un crime de violence que les hommes. «La peur les protège, à la limite parce qu'ils évitent de se promener seuls», affirme M. Cusson.

Les médias sont également à blâmer dans la hausse du sentiment d'insécurité. Avec l'avènement des chaînes d'information continue et les compressions dans les salles de rédaction traditionnelles, le fait divers est devenu une source facile et abordable de nouvelles. En ne rapportant que les pires crimes — viols, vols avec décapitation à la clé et fusillades urbaines —, la presse déforme quotidiennement la réalité. «Le sentiment d'insécurité est sensible à ce qui se passe dans les médias, et ceux-ci parlent beaucoup plus de criminalité qu'il y a dix ans», constate M. Cusson.

Il faut savoir que les policiers ont rapporté 2,4 millions d'infractions au Code criminel en 2002. Les crimes de violence représentaient 13 % du total. Cela inclut aussi bien les meurtres et les tentatives de meurtre que les agressions sexuelles et les voies de fait. Les crimes contre les biens regroupent 52 % de toutes les infractions. Les infractions autres (méfaits, contrefaçon, prostitution, etc.) comptent pour 35 % du total. Résultat? Le crime le plus répandu au Canada est l'introduction par effraction (274 874 incidents du genre en 2002).

La baisse nationale du taux de criminalité globale pourrait donc être liée à la vigilance accrue des citoyens et commerçants, avance M. Cusson. Avec l'essor de l'industrie de la sécurité privée, les Canadiens n'hésitent pas à se munir de systèmes d'alarme et d'équipements de surveillance sophistiqués pour protéger leurs biens. Les voleurs sont en déroute, le taux de criminalité aussi






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