Effet de serre: Washington se donne quatre ans pour réfléchir
Fabien Deglise
24 juillet 2003
Avant l'action, la réflexion. Pressé par la communauté internationale de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à l'origine du réchauffement de la planète, le gouvernement américain a décidé de se donner quatre ans pour y penser. C'est du moins ce qui ressort du Plan stratégique des États-Unis sur les changements et variations climatiques à l'échelle planétaire que l'administration Bush s'apprête à dévoiler aujourd'hui. Plan dont Le Devoir a obtenu copie.
Développée par le Climate Change Science Program (CCSP), la stratégie du gouvernement Bush vise à donner le ton de l'approche gouvernementale en matière de lutte au réchauffement. Autour d'un thème récurrent dans le document que vont présenter ce matin à Washington le secrétaire au Commerce, Don Ewans, et le secrétaire à l'Énergie, Spencer Abraham: l'incertitude qui entoure l'impact de l'activité humaine sur les changements de climat affectant notre époque, peut-on lire en substance.
Dans ce contexte, l'administration Bush a donc décidé, avant d'agir, d'accroître sa compréhension du phénomène en mettant en place, d'ici 2008, une multitude de programmes de recherche qui devraient, à terme, permettre de lever enfin le voile sur la théorie du changement climatique.
Au programme: «l'amélioration de la connaissance sur le climat passé et présent de la Terre, la quantification des forces en présence dans les systèmes de changements climatiques, la réduction de l'incertitude entourant les changements climatiques anticipés pour la Terre et la compréhension de l'adaptation des écosystèmes et des systèmes humains dans les transformations des climats». Le gouvernement américain souhaite également, à travers ces recherches, mettre en place des outils d'analyse et des banques de données destinées à appuyer d'éventuelles prises de décision politique en matière de lutte au réchauffement. Voilà pour les grandes lignes.
Dans le détail, le pays responsable à ce jour de la production de 25 % des GES à l'échelle planétaire espère aussi mieux cerner, dans les prochaines années, l'impact des polluants sur l'atmosphère. Car si ces dérivés de l'industrialisation et de la consommation ont «quelques effets importants sur le climat», avoue l'administration Bush, très peu «peuvent être convenablement quantifiés». Et cette «incertitude» vaut également pour les changements climatiques régionaux ou l'impact des puits de carbone — comprendre: les zones forestières ou agricoles susceptibles d'absorber les GES dans l'atmosphère — que George W. Bush et son administration aimeraient mieux apprivoiser.
Cette circonspection des États-Unis en matière de GES et de lutte au réchauffement de la planète a fait bondir hier les environnementalistes. Avec Greenpeace en tête, à l'origine de la fuite du document, qui a qualifié ce plan stratégique d'un grand pas... en arrière. «Les questions soulevées par l'administration Bush sont celles que se posaient les scientifiques et les législateurs au début des années 90, a commenté Steven Guilbeault, spécialiste des questions climatiques pour l'organisme de défense de l'environnement. La réalité du changement climatique est admise depuis longtemps par la communauté scientifique comme par plusieurs pays, dont les États-Unis à l'époque de Clinton. L'urgence d'agir est tout aussi acceptée d'ailleurs. Bien sûr, il y a encore de l'incertitude, mais cela ne doit pas être une excuse pour ne rien faire.»
En témoigne, selon lui, la ratification du protocole de Kyoto, visant à réduire à l'échelle mondiale la production de GES, par plusieurs pays ou regroupement de pays dans le monde: Canada, Japon, Union européenne, Chine, Inde... Sans compter que, malgré l'incertitude qui semble guider les pas de Bush en matière d'environnement, près de 50 % des États américains, dont le Maine et la Californie, se sont également engagés à réduire leurs émissions de polluant atmosphérique, prouvant du même coup qu'aux États-Unis, «la tête ne semble pas être en harmonie avec le reste du corps», dit-il.
Ce qui n'est pas très étonnant, a expliqué hier Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, un organisme environnemental canadien. «Les enjeux économiques liés à la lutte au réchauffement de la planète sont très importants aux États-Unis, dit-il. L'approche américaine se résume donc en une belle campagne de communication qui tend à faire croire que le réchauffement de la planète est une question théorique encore mal cernée pour mieux justifier l'inaction de l'administration centrale en la matière.» Avec au passage la mise au rancart des 10 années de recherches, rapports et analyses poussées menées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution des climats, relevant de l'Organisation des Nations unies (ONU), que les États-Unis se proposent désormais de reprendre depuis le début... pour être sûrs de ne pas se tromper, conclut M. Bramley.
Développée par le Climate Change Science Program (CCSP), la stratégie du gouvernement Bush vise à donner le ton de l'approche gouvernementale en matière de lutte au réchauffement. Autour d'un thème récurrent dans le document que vont présenter ce matin à Washington le secrétaire au Commerce, Don Ewans, et le secrétaire à l'Énergie, Spencer Abraham: l'incertitude qui entoure l'impact de l'activité humaine sur les changements de climat affectant notre époque, peut-on lire en substance.
Dans ce contexte, l'administration Bush a donc décidé, avant d'agir, d'accroître sa compréhension du phénomène en mettant en place, d'ici 2008, une multitude de programmes de recherche qui devraient, à terme, permettre de lever enfin le voile sur la théorie du changement climatique.
Au programme: «l'amélioration de la connaissance sur le climat passé et présent de la Terre, la quantification des forces en présence dans les systèmes de changements climatiques, la réduction de l'incertitude entourant les changements climatiques anticipés pour la Terre et la compréhension de l'adaptation des écosystèmes et des systèmes humains dans les transformations des climats». Le gouvernement américain souhaite également, à travers ces recherches, mettre en place des outils d'analyse et des banques de données destinées à appuyer d'éventuelles prises de décision politique en matière de lutte au réchauffement. Voilà pour les grandes lignes.
Dans le détail, le pays responsable à ce jour de la production de 25 % des GES à l'échelle planétaire espère aussi mieux cerner, dans les prochaines années, l'impact des polluants sur l'atmosphère. Car si ces dérivés de l'industrialisation et de la consommation ont «quelques effets importants sur le climat», avoue l'administration Bush, très peu «peuvent être convenablement quantifiés». Et cette «incertitude» vaut également pour les changements climatiques régionaux ou l'impact des puits de carbone — comprendre: les zones forestières ou agricoles susceptibles d'absorber les GES dans l'atmosphère — que George W. Bush et son administration aimeraient mieux apprivoiser.
Cette circonspection des États-Unis en matière de GES et de lutte au réchauffement de la planète a fait bondir hier les environnementalistes. Avec Greenpeace en tête, à l'origine de la fuite du document, qui a qualifié ce plan stratégique d'un grand pas... en arrière. «Les questions soulevées par l'administration Bush sont celles que se posaient les scientifiques et les législateurs au début des années 90, a commenté Steven Guilbeault, spécialiste des questions climatiques pour l'organisme de défense de l'environnement. La réalité du changement climatique est admise depuis longtemps par la communauté scientifique comme par plusieurs pays, dont les États-Unis à l'époque de Clinton. L'urgence d'agir est tout aussi acceptée d'ailleurs. Bien sûr, il y a encore de l'incertitude, mais cela ne doit pas être une excuse pour ne rien faire.»
En témoigne, selon lui, la ratification du protocole de Kyoto, visant à réduire à l'échelle mondiale la production de GES, par plusieurs pays ou regroupement de pays dans le monde: Canada, Japon, Union européenne, Chine, Inde... Sans compter que, malgré l'incertitude qui semble guider les pas de Bush en matière d'environnement, près de 50 % des États américains, dont le Maine et la Californie, se sont également engagés à réduire leurs émissions de polluant atmosphérique, prouvant du même coup qu'aux États-Unis, «la tête ne semble pas être en harmonie avec le reste du corps», dit-il.
Ce qui n'est pas très étonnant, a expliqué hier Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, un organisme environnemental canadien. «Les enjeux économiques liés à la lutte au réchauffement de la planète sont très importants aux États-Unis, dit-il. L'approche américaine se résume donc en une belle campagne de communication qui tend à faire croire que le réchauffement de la planète est une question théorique encore mal cernée pour mieux justifier l'inaction de l'administration centrale en la matière.» Avec au passage la mise au rancart des 10 années de recherches, rapports et analyses poussées menées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution des climats, relevant de l'Organisation des Nations unies (ONU), que les États-Unis se proposent désormais de reprendre depuis le début... pour être sûrs de ne pas se tromper, conclut M. Bramley.
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