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Les retombées de la mort de Zahra Kazemi en Iran - Le Canada doit aider le camp Khatami

Roksana Bahramitash - Chercheure, Institut Simone-de-Beauvoir, université Concordia  24 juillet 2003 
L'Iran a capté l'intérêt des médias pendant les dernières semaines. Dès la mi-juin, des manifestations d'étudiants à Téhéran ont provoqué de très fortes réactions chez les Iraniens de la diaspora, intéressant par ricochet l'opinion publique internationale. Puis, il y a une dizaine de jours, les Montréalais ont été choqués d'apprendre le meurtre de Zahra Kazemi, photoreporter et citoyenne canadienne, aux mains des services de renseignement de la République islamique.

Deux groupes hors Iran ont voulu profiter du mécontentement à l'égard du régime islamique. En même temps, à l'égard de la mort tragique de Mme Kazemi, la politique étrangère canadienne a démontré qu'elle pouvait contrer avec une certaine efficacité celle des États-Unis visant à provoquer un «changement de régime» en Iran.

Affrontement

Depuis le renversement de feu le schah Mohammad Reza Pahlavi en 1979, les nostalgiques de la monarchie s'agitent pour restaurer la dynastie-bidon. Un autre groupe — les très islamo-marxistes Moudjahidines du peuple — voudra bien prouver qu'il a toujours voix au chapitre.

Les monarchistes jouissent d'un soutien américain sans failles depuis 1953, date du coup d'État orchestré par la CIA qui a détruit le premier gouvernement démocratiquement élu de l'histoire iranienne. Remis sur son trône, le schah ne tarda pas à sévir à coups de répression et de tortures. Or, le gouvernement américain vient d'accorder une importante subvention — plusieurs millions de dollars — à la National Iranian Television, basée à Los Angeles, où habite une communauté iranienne aussi nombreuse qu'influente. Son propriétaire est l'ancienne vedette de musique pop iranienne Zia Atabay. Même le télé-évangéliste Pat Robertson, l'une des étoiles de la coalition chrétienne qui voue un soutien indéfectible au président américain George W. Bush, est venu en studio exhorter en direct les Iraniens à se débarrasser de leur gouvernement.

L'autre groupe qui trouve grâce aux yeux de Washington, les Moudjahidines du peuple, a pris parti pour Saddam Hussein lors de la guerre de huit ans qui opposait l'Iran à l'Irak. Impliqué dans le meurtre de milliers de civils innocents, ce groupe n'inspire que mépris en Iran.

Aucune autre force ne dispose d'organisation ni de leadership crédibles, ni même de programme politique. En Iran, il existe des libéraux, des laïques, même des féministes, mais aucun de ces groupes ne s'est constitué en parti politique pouvant se poser en solution de rechange crédible au régime actuel. C'est pourquoi il n'y a eu que quelques centaines de manifestants les 8 et 9 juillet à Washington en dépit d'une communauté nombreuse, plusieurs n'y étant que par curiosité. L'un d'entre eux demanda à l'une des spectatrices pourquoi elle ne manifestait pas. «Nous préférons la république islamique à des situations comme celles de l'Afghanistan ou bien de l'Irak», a-t-elle répondu.

Voilà qui résume bien l'attitude de beaucoup de ceux qui sont restés chez eux lors des récentes marches de solidarité avec les étudiants, en Iran et en dehors du pays. On craint que les décideurs de Washington ne confondent le désir des citoyens iraniens de se doter d'institutions démocratiques avec un appui à l'ingérence américaine dans les affaires politiques de l'Iran.

Récemment, les États-Unis se sont mis à soutenir des mouvements séparatistes dans la région de l'Azerbaïdjan iranien. En l'absence d'un pouvoir central fort, l'Iran pouvait connaître une guerre civile comme celle qui a détruit l'ancienne Yougoslavie. Ainsi, sans programme précis, sans leadership et sans organisation, les espoirs d'un changement politique deviendraient la formule pour un désastre annoncé. Après la révolution de 1979, l'ayatollah Khomeini agissait en chef incontesté; il savait où il allait et pouvait mobiliser les masses iraniennes. Dans la foulée de la révolution, on observa un durcissement de la répression politique car les groupes non islamistes manquaient de pouvoir et de leadership. Un changement violent du régime aujourd'hui ne serait qu'une répétition de l'histoire. Dans de telles circonstances, une transition en douceur inspirée du programme réformateur du président Khatami serait, au-delà des émotions et des slogans, la meilleure solution.

Rôle du Canada

Si le soutien américain aux groupes politiques iraniens à l'étranger risque de déboucher sur le chaos, le Canada est par contre très bien placé pour jouer un tout autre rôle. Le Canada pourrait même venir en aide à M. Khatami et à ses alliés dans leur bataille contre les purs et durs, responsables depuis bientôt cinq ans d'arrestations arbitraires et d'épisodes tragiques comme celui qui a coûté la vie à Mme Kazemi.

À en croire les dernières nouvelles, l'appui canadien aux efforts de M. Khatami pour trouver les vrais coupables a eu pour effet de faire comprendre, même indirectement, aux mollahs qu'il ne leur reste que peu de temps. Plus la pression canadienne sur l'Iran est forte, plus M. Khatami devient fort. On ne peut plus exclure qu'il puisse aller de l'avant avec une stratégie visant à limiter les pouvoirs du Conseil des experts, l'instance non élue que dirige Ali Khamenei, le Guide suprême responsable de la nomination du meurtrier de Mme Kazemi.

Un tel changement de cap aurait pour effet de neutraliser le pouvoir du petit groupe de mollahs véreux qui règnent dans l'impunité et de renforcer les compétences des représentants élus. L'impact ne pourrait qu'être positif: l'accroissement de la démocratie en Iran. Si tel était le cas, la mort de Mme Kazemi, qui est partie de Montréal pour rentrer en Iran à un moment critique, ne serait pas survenue en vain.
 
 
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