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Montréal - Pas de mégahôpitaux avant 2010

Couillard veut réexaminer le financement, les sites et l'échéancier

Marie-Andrée Chouinard   22 juillet 2003 
Remise à neuf pour les deux projets de centres hospitaliers universitaires à Montréal: le gouvernement libéral les relance mais reporte l'échéancier prévu, réduit le portefeuille demandé et remet en question le choix des sites privilégiés pour leur érection future.

Passés sous la lorgnette de l'administration libérale, les projets du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) prendront forme en 2010, et coûteront 800 millions chacun au gouvernement. Après avoir fait l'objet de nouvelles analyses par les centres hospitaliers eux-mêmes, qui prennent désormais la gouverne de l'entreprise, les projets voient leur sort remis entre les mains du conseil des ministres qui sera appelé à trancher au printemps 2004.

Pour «mettre fin à l'incertitude qui a été trop longtemps maintenue dans le dossier des centres hospitaliers universitaires de Montréal», le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a fixé hier les balises de ce projet, qu'il souhaite associer à plus «qu'une construction de béton» et agrémenter désormais d'une «philosophie intégrée».

Convoquant la presse au plus fort des vacances estivales, le ministre Couillard a exposé les paramètres qu'il souhaite voir respectés par les deux équipes dans la présentation de leur projet. Si les plans initiaux prévoyaient le démarrage des activités de ces deux établissements en 2006, elles sont désormais reportées à 2010. Alors que les besoins financiers avaient été évalués à 2,3 milliard, on ne parle plus désormais que de 1,6 milliard de contribution publique. Et le ministre exige que les nouvelles réflexions comprennent la remise en question des sites privilégiés — le 6000, rue Saint-Denis dans le cas du CHUM, et le site Glen dans le cas du CUSM.

«Les choix du site Glen et du site Saint-Denis devront faire l'objet d'un examen plus approfondi à la lumière de nouvelles données et de la connaissance plus précise de certaines contraintes», a expliqué Philippe Couillard, précisant ensuite ses inquiétudes et enjoignant aux hôpitaux de présenter des plans B, «hypothèses de construction ou de rénovation moins coûteuses ou risquées».

La proximité d'une voie ferrée aux abords du site Saint-Denis indispose le ministre, qui craint les «conséquences catastrophiques» en cas de déversement toxique par exemple. De même, les difficultés d'accès au site Glen devront être effacées pour réussir le test de l'accessibilité routière, a précisé le ministre. Une analyse de faisabilité quant au choix des sites devra être formulée par les deux centres, en accord avec le ministère des Transports, celui de la Sécurité publique et la Ville de Montréal, et présentée au ministère avant la mi-novembre.

«Quant à nous, l'adresse du nouveau CHUM est le 6000 Saint-Denis», répliquait hier le président du conseil d'administration du CHUM, Patrick A. Molinari. «Nous n'avons pas formellement de plan B», ajoute-t-il, par ailleurs ravi des annonces faites hier, qui permettent «au CHUM d'aujourd'hui de déterminer ce que sera le CHUM de demain».

Du côté de McGill, la question du site est d'autant plus délicate que le gouvernement du Québec a récemment acheté le site Glen pour y loger le futur centre hospitalier universitaire. «Le ministre dit qu'il veut avoir des études sur la question de l'accès routier, nous les avons, nous lui soumettrons», explique le Dr Nicolas Steinmetz, directeur général adjoint du bureau de planification du CUSM (Société d'implantation du CUSM), lui aussi satisfait du «plan cohérent et clair» présenté hier. «Nous sommes capables de démontrer qu'il n'y a pas de problème majeur, mais dans notre cas, le site est déjà acheté», précise-t-il, avouant au passage que le CUSM n'a pas non plus de plan B dans ses cartons, tel que le ministre l'évoquait hier.

Flanqué de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, le ministre de la Santé a précisé que les paramètres des nouveaux hôpitaux prévoyaient une enveloppe de 800 millions chacun fournie par Québec, en plus d'une enveloppe minimale de 200 millions par projet issue des fondations, des contributions privées et des fonds fédéraux.

Les nombreuses tergiversations qui ont entouré la création de ces deux nouveaux hôpitaux ont fait état de besoins financiers de 1,3 milliard pour le CUSM, et d'un milliard au moins pour le CHUM. «Nous attendions des montants clairs, c'est la première fois qu'on en a», a réagi Me Molinari. «On parle encore d'un milliard, mais avec une configuration différente.» Du côté de McGill, la hauteur du portefeuille semblait indisposer davantage. «Nous allons voir ce qu'on peut faire avec ça», expose le Dr Steinmetz. «N'oublions pas qu'on ne nous empêche pas d'investir plus si on trouve les épargnes nécessaires.»

Les deux centres universitaires vont par ailleurs mettre en commun les sommes recueillies auprès des entreprises lors de campagnes de financement communes, a confirmé le Dr Steinmetz, pour ensuite les diviser en parts égales, ce que le ministre Couillard a présenté hier comme une avancée remarquable.

Mille lits seront dévolus au CHUM, contre 832 pour le CUSM. Ces données, moindres que ce qui avait été évoqué auparavant, comprennent les lits maintenus pour un hôpital complémentaire au centre-ville, que les deux nouveaux établissements doivent inclure à leur projet. S'ils doivent eux-mêmes se concentrer sur les soins tertiaires et quaternaires, «tout en délaissant une partie des services de niveaux 1 et 2 aux autres établissements hospitaliers», les deux nouveaux hôpitaux auront une salle d'urgence.

On exige aussi qu'ils maximisent l'utilisation de leurs bâtiments «résiduels», et la Régie régionale de Montréal-Centre — ou l'entité qui la remplacera — devra se pencher sur les incidences qu'auront ces nouvelles structures sur les besoins et les services de 1re et 2e lignes à Montréal, en s'attardant par exemple à l'épineuse question de l'engorgement des urgences.

Les nouveaux paramètres définis hier par le ministre comprennent en outre la dissolution immédiate des deux sociétés d'implantation qui planchaient sur les projets depuis 2000. À ce jour, leurs travaux laissent une facture globale de 54 millions, qui sera toutefois insérée aux dépenses gouvernementales totales de 1,6 milliard.

«Des rencontres sont prévues avec les gens du CHUM sous peu, pas de commentaires d'ici là», a expliqué hier Christiane Théberge, directrice des communications pour la SICHUM, que le gouvernement Charest efface du paysage.

L'échéancier prévu pour la remise des projets est de février 2004. Une commission technique indépendante — dont la composition sera connue à l'automne — sera chargée de l'examen des propositions et fera ses recommandations au ministre au printemps de la même année.
 
 
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  • oleron - Abonné
    22 juillet 2003 13 h 04
    Hôpitaux complémentaires pour médecins?
    Le médecin spécialiste ministre libéral de la santé du Québec prône la spécialisation et la complémentarité des grands hôpitaux pour améliorer la recherche et les soins médicaux dans la province de Québec. Les nouveaux hôpitaux universitaires de Montréal compteront aussi 1 000 lits pour les francophones et 832 lits pour les anglophones! Bravo, chacun sa spécialité! Chacun ses hôpitaux! Chacun sa langue! C'est presque moitié-moitié!
    À défaut de forcer le patient de se déplacer d'un hôpital à l'autre, on pourra aussi répartir entre les institutions appropriées de haut savoir, les divers organes d'un malade asthmatique qui a une maladie du coeur, des problèmes de foie et une fracture à la jambe, sans oublier ses migraines et sa néphropathie. Les spécialistes et les chercheurs y trouveront leur compte, puis, s'il survit, on n'aura qu'à remonter le malade dans un petit hôpital général de quartier ou de région, ou une simple clinique.
    Aucun hôpital universitaire du Québec (pardon, centre hospitalier universitaire - CHU - en langage administratif) ne saurait être plus grand que ceux des autres provinces canadian, ni supérieur.
    Et les malades, eux? Ça n'a pas d'importance, ils n'ont pas fait d'études de médecine subventionnées par l'État, eux! L'hôpital, n'est-ce pas pour la médecine, profession dite libérale, d'abord?

    Claude Gendron,
    Montréal
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