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Lettres: Mort de François-Albert Angers: un ancêtre est né

«La lumière ne se fait que sur les tombes» - Léo Ferré, Préface

Jean-Luc Gouin - Québec, le 16 juillet 2003  22 juillet 2003 
Je suis triste, triste et déprimé, d'apprendre pareille nouvelle.

Récemment Pierre Bourgault, puis Guy Ferland ces jours derniers, s'engouffraient dans le même sillon sans fond. Mais nom de dieu, où allez-vous donc tous ainsi — loin du champ de bataille où vous fûtes des héros chacun à votre manière?

Me revient subitement le mot de Péloquin: «Vous n'êtes pas écoeurés de mourir, bande de...!»

Mais ne nous y trompons pas: point de «caves» par ici pour l'instant, ou à l'horizon.

François-Albert Angers — né la même année que mon vieux père (car déjà âgé à mes propres yeux lors même de ma naissance dans le dernier droit du BoumBébés) — a incarné à lui seul l'un des flambeaux de la cause de la libération du Québec.

Aussi je veux croire que sa disparition le ramènera — vivement — à notre mémoire collective. Par trop évanescente, et trop aisément égarée entre Henri Bourassa et Beethoven (qui sont, l'un une station de métro, l'autre un Saint-Bernard à long poil, comme chacun sait).

Merci, M. Angers. Remerciements filiaux et citoyens, tout en un, pour cette vie consacrée à l'érection d'un avenir digne pour des millions d'enfants, qui aujourd'hui pourtant ne connaissent pas même votre nom.

Ainsi hélas! va le pays québécois d'aujourd'hui — saisi entre l'insignifiance arrogante d'Ottawa et l'insignifiance impuissante (voire autocongratulante, comme pour insuffler le ridicule dans le drame) de Québec. Tous J.C. confondus.

En terminant, mes pensées empathiques et toutes particulières pour les proches, mais également pour les proches d'idées et de conviction (autre type de «famille»), notamment les collègues d'hier et de ce jour de L'Action nationale — la Ligue et la Revue ici réunies.

Reposez en paix, M. Angers. Car vous le méritez bien, ô combien.

Et ne désespérez pas. Car nous continuons.

PS: Je constate au moment d'écrire ces lignes, et sans préméditation aucune, que c'est Léo Ferré que j'écoute (toujours un peu religieusement d'ailleurs, bien qu'inlassablement «Sans dieu ni Maître») depuis le lecteur de l'ordinateur. Or, clin d'oeil du temps — des tempéraments surtout, sans doute —, vous nous quittiez très exactement dix ans après celui-ci, à la journée près (voire l'heure, si ça se trouve...?). Et sa Préface, métamorphosée pour l'occasion en postface, m'interpelle séance tenante: «À l'école de la poésie on n'apprend pas, on se bat!» Mais dites-moi, M. François-Albert, qu'est-ce donc que rêver un pays pour ses enfants sinon de la poésie dans sa forme la plus pure. Celle qui construit.
 
 
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