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Le surf à Mario

15 juin 2002 
Du bord de la plage péquiste, dont le sable s'enlise dans le sable, il faut prendre acte de la vague à Mario, dont l'écume le porte et sur laquelle il surfe, évitant comme la peste le sol ferme, les écueils et toutes les profondeurs. Mario est un gars de surface, et c'est capital dans une société du spectacle où l'important, ce n'est pas la rose mais l'écran et votre face.

Voyez-le poser, posé sur rien et filant sur les clichés et les intonations.

Mario est l'homme du moment, en effet, car ce n'est pas un homme mais un enfant, digne descendant de Bourassa et de Lévesque, lesquels avaient toujours l'air de ne jamais avoir eu de père et encore moins d'avoir des enfants. L'un prenait ses hot-dogs pour des cigares, l'autre rongeait ses cigarettes, mais il n'est peut-être pas nécessaire d'avoir recours à Freud et à des métaphores douteuses pour observer que c'était tout simplement deux téteux. Le véritable pouvoir leur échappa toujours. Indépendamment de ses agissements, Duplessis fut un père, lui, et c'est pourquoi on l'attaqua si souvent, sous tous les prétextes, sauf pour la bonne raison: il avait le pouvoir, et il ne convenait pas qu'il l'eût.

Au fédéral, par contre, les Trudeau et Chrétien sont des bucks. Il n'y a qu'à voir le timbre à l'effigie du père du rapatriement: on lui a mis le visage sur un genou plus phallique encore qu'un gros bâton de baseball.

Pour sa part, Jean Charest avait un atout majeur pour succéder aux provinciaux, mais il l'a coupée, sa chevelure blonde et bouclée, digne d'un beau Jean-Baptiste de parade ou d'un attachant personnage de Peanuts. Jacques Parizeau avait beaucoup trop l'air d'un père (il n'était pas locataire à Québec, il buvait, il savait ce qu'il voulait, il avait des plans, il donnait des ordres... ) et Lucien Bouchard aussi, mais c'était un masque, et on a vu au Centaur qu'il en était encore au stade du miroir. Un jour, il en a eu assez que le peuple ne lui donne pas les jouets qu'il voulait, il s'est mis à pleurer et il est rentré chez lui, chez ses enfants, lesquels lui tiennent lieu de parents.

Des pousseux de tondeuses

Mais revenons à Mario, qui serait en train de «faire l'histoire». Dans un temps obnubilé par le temps justement, il importe que les choses changent, peu importe dans quel sens. Et elles changeront certainement, car elles changent toujours, les choses. Elles changeront dans un sens ou dans l'autre, dans n'importe quel sens à vrai dire, et c'est le message de Mario, et il va gagner, car les choses vont changer, puisqu'on le veut, puisqu'il le dit et puisqu'elles changent automatiquement, les choses. Sauf qu'en même temps, comme on dit, plus ça change, plus c'est pareil.

Et c'est aussi ce que répète Mario à propos des autres politiciens, qui ne seraient pas comme lui mais sclérosés. D'ailleurs, depuis son entrée en politique, il surfe sur les actes et les idées d'autrui, pour ne pas dire sur le dos des autres. Mais toujours en mettant des bémols. Il a d'abord fait sien le programme de revendication de Bourassa contre Mulroney, puis il a surfé sur le dos d'Allaire contre Bourassa, puis il a épousé le point de vue de Parizeau contre le fédéral au référendum, puis il a trouvé du bon sens à Bouchard, puis il a profité d'une sorte de complicité de Landry, pour enfin prendre son élan, et le voilà qui voudrait maintenant voler de ses propres ailes, la planche ne lui suffisant plus. Petit bémol deviendra grand, mais 83 % des gens ne savent pas ce qu'il représente, ce représentant du peuple: un génie, un enfant, Icare, le bon sens incarné, le vide, un poisson, un politicien comme un autre, Mario le mariolle, le petit Jésus revenu...

Le problème avec Mario, en réalité, ce n'est pas Mario lui-même, c'est qu'il colle si bien à la réalité québécoise, cette écume, cette légèreté, cette vapeur. Nous avons peur de notre propre profondeur. Notre sens de la réalité est un sens de la réalité des autres. Cela nous rassure. Nous ne tenons pas à exister. Nous n'avons pas le temps, il faut aller faire les courses. Nous ne sommes plus des porteurs d'eau, certes, mais nous sommes devenus des piliers de centres commerciaux et des pousseux de tondeuses.

On peut s'attendre à tout et à n'importe quoi du vote d'une tondeuse. Sur le drapeau, Mario mettra des tondeuses à la place de la fleur de lys. Ça lui fera au moins une politique, ce que n'ont ni les péquistes, qui voudraient que leur drapeau, par enchantement, devienne celui d'un pays, ni les libéraux, que les enchantements agacent mais qui ne savent comment revenir sur Terre depuis que la Terre n'existe plus mais seulement le Canada, piqué d'unifoliés comme dans le vaudou pour en finir avec le rêve québécois, qui stagne, dit-on, à 42 %, comme une grosse vague endormie.






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