De l'humour très britannique
Serge Truffaut
15 juillet 2003
Il y a de l'eau dans le gaz. Entre Washington et Londres, entre notables de l'administration Bush, entre princes travaillistes, l'unanimisme a laissé place à l'aigreur. Des accusations sont formulées qui débouchent immanquablement sur la faculté de Bush et de Blair de juger à bon escient. Et tout cela parce que les services secrets d'un pays tiers auraient assuré que le Niger et l'Irak faisaient bon ménage.
L'heure du bouc émissaire a sonné. Des deux côtés de l'Atlantique, on se livre à un jeu qui se conclura immanquablement dans le fracas. Le premier qui pourrait lourdement écoper de la supposée acquisition d'uranium nigérien par l'Irak est nul autre que George Tenet, grand patron de la CIA. Depuis une semaine, il est sur la sellette ou plus exactement sur un siège éjectable. Dans les couloirs du Congrès américain, les paris sont ouverts sur le nombre de mois ou de semaines qui lui restent avant que le président Bush ne commande sa démission. Certains vont jusqu'à prédire que ce sera cet automne, Bush ne voulant pas que cette histoire l'embarrasse pendant la prochaine campagne présidentielle.
Tout a commencé par cette admission de la Maison-Blanche que la mention d'uranium nigérien dans le discours de l'Union aurait dû être biffée. Par qui? Par la CIA lorsque celle-ci a révisé le brouillon de l'exposé en question qui, il n'est pas inutile de le rappeler, s'avère le plus important discours de l'année de tout président. Dans les jours qui ont suivi cet aveu, Tenet, en bon soldat, a fait un mea maxima culpa qui au fond ne fait qu'ajouter à l'imbroglio qui entoure toute cette affaire. Comment se fait-il en effet que la CIA n'ait pas gommé ce qu'elle avait précédemment gommé, soit lors du discours de Bush à Cincinnati? Parce que...
Si l'on en croit les recherches de plus d'un journaliste, la première version du fameux discours de l'Union évoquait l'achat de l'uranium sans que la référence aux services britanniques ne soit explicite. Jusqu'alors la CIA campait sur les conclusions d'une enquête effectuée, à la demande du vice-président Dick Cheney, par un diplomate de carrière qui affirmait que les bases de cette histoire étaient fausses. La CIA campait là-dessus, car cette enquête corroborait ses propres enquêtes. Alors pourquoi diable Tenet a-t-il laissé faire? Parce que la Maison-Blanche a fini par rédiger le propos comme suit: «Le gouvernement britannique a appris que Saddam Hussein a récemment cherché d'importantes quantités d'uranium en Afrique.» C'est ainsi que Tenet a cédé même s'il était effectivement de sa responsabilité d'insister, puisque sa conviction était contraire, pour que cet extrait soit effacé.
Aujourd'hui, il est dans de beaux draps ainsi d'ailleurs que le président Bush. Sur ce sujet d'une extrême importance, car il fut le seul avancé comme preuve que l'Irak travaillait à la fabrication d'armes nucléaires, Bush apparaît comme un chef d'État s'étant appuyé sur les services d'un pays étranger. Les ténors démocrates n'ont d'ailleurs pas manqué l'occasion qui leur a été offerte de souligner l'irresponsabilité de Bush en la matière. D'autant que moins de quinze jours après lui, le secrétaire d'État Colin Powell fut appelé à son tour à prononcer un discours capital pour la suite du dossier irakien. On pense au Conseil de sécurité de l'ONU.
Devant les membres de ce dernier, Powell s'est bien gardé de reprendre le fait relaté par son patron. Lors d'un entretien accordé ces jours-ci, Powell a confié que sa certitude que tout était faux l'a évidemment convaincu de ne pas mentionner la chose malgré les insistances émanant du chef de cabinet de Cheney. CQFD: Powell vient de s'inscrire en faux contre son patron.
La somme des quiproquos s'annonçant exponentielle, les Britanniques à l'origine du premier d'entre eux ont trouvé une parade pour s'extraire de ce guêpier. Tout cela est la faute, selon ce qu'a laissé tomber le 10 Downing Street, des services de renseignements italien et... français! Lorsqu'on sait combien la France s'est opposée à tout acte guerrier tant et aussi longtemps que les inspecteurs de l'ONU n'auraient pas trouvé les preuves d'armes, la dernière trouvaille de l'entourage de Blair laisse pantois. À moins que cela ne relève de cet humour tout britannique.
Au fond, peut-être bien que ces mots articulés en son temps par Georges Clémenceau à l'endroit du premier ministre britannique de l'époque, Lloyd George, sont aujourd'hui de mise: «Monsieur le premier ministre, vous me mettez dans l'obligation de vous rappeler que décidément l'Angleterre est une ancienne colonie française qui a mal tourné.»
L'heure du bouc émissaire a sonné. Des deux côtés de l'Atlantique, on se livre à un jeu qui se conclura immanquablement dans le fracas. Le premier qui pourrait lourdement écoper de la supposée acquisition d'uranium nigérien par l'Irak est nul autre que George Tenet, grand patron de la CIA. Depuis une semaine, il est sur la sellette ou plus exactement sur un siège éjectable. Dans les couloirs du Congrès américain, les paris sont ouverts sur le nombre de mois ou de semaines qui lui restent avant que le président Bush ne commande sa démission. Certains vont jusqu'à prédire que ce sera cet automne, Bush ne voulant pas que cette histoire l'embarrasse pendant la prochaine campagne présidentielle.
Tout a commencé par cette admission de la Maison-Blanche que la mention d'uranium nigérien dans le discours de l'Union aurait dû être biffée. Par qui? Par la CIA lorsque celle-ci a révisé le brouillon de l'exposé en question qui, il n'est pas inutile de le rappeler, s'avère le plus important discours de l'année de tout président. Dans les jours qui ont suivi cet aveu, Tenet, en bon soldat, a fait un mea maxima culpa qui au fond ne fait qu'ajouter à l'imbroglio qui entoure toute cette affaire. Comment se fait-il en effet que la CIA n'ait pas gommé ce qu'elle avait précédemment gommé, soit lors du discours de Bush à Cincinnati? Parce que...
Si l'on en croit les recherches de plus d'un journaliste, la première version du fameux discours de l'Union évoquait l'achat de l'uranium sans que la référence aux services britanniques ne soit explicite. Jusqu'alors la CIA campait sur les conclusions d'une enquête effectuée, à la demande du vice-président Dick Cheney, par un diplomate de carrière qui affirmait que les bases de cette histoire étaient fausses. La CIA campait là-dessus, car cette enquête corroborait ses propres enquêtes. Alors pourquoi diable Tenet a-t-il laissé faire? Parce que la Maison-Blanche a fini par rédiger le propos comme suit: «Le gouvernement britannique a appris que Saddam Hussein a récemment cherché d'importantes quantités d'uranium en Afrique.» C'est ainsi que Tenet a cédé même s'il était effectivement de sa responsabilité d'insister, puisque sa conviction était contraire, pour que cet extrait soit effacé.
Aujourd'hui, il est dans de beaux draps ainsi d'ailleurs que le président Bush. Sur ce sujet d'une extrême importance, car il fut le seul avancé comme preuve que l'Irak travaillait à la fabrication d'armes nucléaires, Bush apparaît comme un chef d'État s'étant appuyé sur les services d'un pays étranger. Les ténors démocrates n'ont d'ailleurs pas manqué l'occasion qui leur a été offerte de souligner l'irresponsabilité de Bush en la matière. D'autant que moins de quinze jours après lui, le secrétaire d'État Colin Powell fut appelé à son tour à prononcer un discours capital pour la suite du dossier irakien. On pense au Conseil de sécurité de l'ONU.
Devant les membres de ce dernier, Powell s'est bien gardé de reprendre le fait relaté par son patron. Lors d'un entretien accordé ces jours-ci, Powell a confié que sa certitude que tout était faux l'a évidemment convaincu de ne pas mentionner la chose malgré les insistances émanant du chef de cabinet de Cheney. CQFD: Powell vient de s'inscrire en faux contre son patron.
La somme des quiproquos s'annonçant exponentielle, les Britanniques à l'origine du premier d'entre eux ont trouvé une parade pour s'extraire de ce guêpier. Tout cela est la faute, selon ce qu'a laissé tomber le 10 Downing Street, des services de renseignements italien et... français! Lorsqu'on sait combien la France s'est opposée à tout acte guerrier tant et aussi longtemps que les inspecteurs de l'ONU n'auraient pas trouvé les preuves d'armes, la dernière trouvaille de l'entourage de Blair laisse pantois. À moins que cela ne relève de cet humour tout britannique.
Au fond, peut-être bien que ces mots articulés en son temps par Georges Clémenceau à l'endroit du premier ministre britannique de l'époque, Lloyd George, sont aujourd'hui de mise: «Monsieur le premier ministre, vous me mettez dans l'obligation de vous rappeler que décidément l'Angleterre est une ancienne colonie française qui a mal tourné.»
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