vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 23h06
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

L'Iran promet d'enquêter sur la mort de Zahra Kazemi

Le fils de la journaliste montréalaise doute de la parole de Téhéran et demande le rapatriement du corps

Alec Castonguay   14 juillet 2003 
Stephan Hachemi, fils de la journaliste Zahra Kazemi décédée en Iran vendredi, a rencontré la presse à Montréal, hier, pour exprimer sa colère.
Photo : Patrick Sanfaçon
Stephan Hachemi, fils de la journaliste Zahra Kazemi décédée en Iran vendredi, a rencontré la presse à Montréal, hier, pour exprimer sa colère.
La situation entourant la mort de la photographe montréalaise d’origine iranienne, Zahra Kazemi, est de plus en plus confuse. Les informations en provenance d’Iran, où elle est morte vendredi, arrivent au compte-gouttes et se contredisent. Le fils de Zahra Kazemi, Stephan Hachemi, continue de réclamer le rapatriement du corps de sa mère, alors que le président iranien demandait hier une enquête pour faire la lumière sur le décès de la journaliste.

Depuis plusieurs jours, Stephan Hachemi martèle le même message. «Je veux simplement que le corps de ma mère revienne au Canada, dit-il. Je suis son fils unique, sa seule famille. Elle a passé les 10 dernières années ici, et je sais qu’elle voudrait qu’on la rapatrie.»
Zahra Kazemi, 54 ans, a été arrêtée le 23 juin dernier alors qu’elle photographiait des manifestations autour de la prison de Evin, en Iran. Les autorités du pays islamique la soupçonnaient d’espionnage. La famille de Mme Kazemi pense que, dans les jours suivant son arrestation, la journaliste aurait été sévèrement battue, suffisamment pour plonger dans le coma. L’Iran a confirmé son décès samedi et explique seulement qu’elle est morte d’une «attaque cérébrale».
Le fils de Zahra Kazemi ne croit pas du tout à cette version et demande au gouvernement canadien de faire pression sur l’Iran pour qu’une autopsie soit pratiquée au Canada, afin de faire la lumière sur les causes du décès.
Le hic, c’est que le corps serait déjà enterré, d’après le ministère des Affaires étrangères du Canada. L’Iran aurait transmis des informations selon lesquelles Zahra Kazemi devait être inhumée à Chiraz, son village natal, hier en fin de journée. «La mère de Mme Kazemi, qui vit toujours en Iran, a signé les documents autorisant l’enterrement, explique Reynald Doiron, porte-parole du ministère. Si la famille a signé les papiers, la demande de rapatriement n’a plus lieu d’être.»
Mais pour Stephan Hachemi, le dossier est loin d’être clos. «C’est évident que ma grand-mère a subi plus que des pressions là-bas, dit-il. Elle me disait samedi soir que je devais tout faire pour ramener le corps au Canada. Elle a été obligée de signer les documents.»
Étrangement, le coup de main pour retarder l’enterrement et donner une chance de rapatrier la dépouille pourrait venir du gouvernement iranien lui-même, puisque le président Mohammad Khatami a ordonné hier soir à quatre de ses ministres de faire enquête sur la mort de la photographe canadienne.
Dans une lettre adressée à ses ministres de la Culture, de l’Information, de l’Intérieur et de la Justice, il demande de «clarifier tous les aspects de la mort soudaine de la journaliste.»
Dans le Teheran Times d’aujourd’hui, quotidien anglophone de la capitale islamique, le président affirme que «si un crime a été commis, nous devons agir selon la loi. Mais si la loi n’est pas respectée [par les forces de l’ordre] qui traitent avec les criminels, ils doivent être puni encore plus sévèrement.»
Cette investigation empêche l’Iran d’enterrer le corps de Zahra Kazemi, selon le coordonnateur de l’Association de défense des droits de l’Homme en Iran, section Montréal, Hossein Mahoutia. «Dans la loi coranique, dès qu’il y a un doute sur le décès de quelqu’un, on ne peut pas inhumer son corps, explique-t-il. Comme le président Khatami vient d’annoncer une enquête, il est impossible qu’elle soit déjà enterrée. D’ailleurs, les informations qui nous parviennent de l’Iran disent qu’elle n’a toujours pas été transférée vers Chiraz.»
Tous les espoirs sont donc permis pour les proches de la photographe, qui manifestent de l’impatience envers le gouvernement du Canada. «Les actions politiques sont très lentes, soupire Stephan Hachemi. Il n’y a aucun résultat. Pour moi, ils sont inactifs, alors qu’ils devraient continuer à mettre de la pression. L’Iran joue une game. Ils ne coopèrent pas du tout là-bas.»
Pour Hossein Mahoutia, le Canada doit continuer d’être actif. «Il faut que le gouvernement apporte des arguments pour que l’enquête soit vraiment indépendante, dit-il. Ça n’a pas de sens si les meurtriers font des interrogatoires sur leurs propres gestes.»
Au ministère des Affaires étrangères, on n’a pas l’intention de demander une enquête indépendante qui viendrait d’une délégation canadienne ou étrangère. «Nous sommes satisfaits de la déclaration et des actions du président Khatami, soutient Reynald Doiron. On va attendre de voir comment l’enquête va aller avant de réagir.»
Et même si le corps n’est pas sous terre, le ministère affirme ne rien pouvoir faire de plus pour le rapatriement de Zahra Kazemi. «Nous appliquons toujours la volonté de la famille, mais si la mère en Iran signe des papiers officiels pour l’enterrement et que le fils ici veut que le corps revienne, il y a mésentente, souligne Reynald Doiron. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse?»
L’ambassadeur du Canada en Iran, Philip Mackinnon, a toutefois demandé une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères du pays dans le but «d’éclaircir la situation sur les blessures infligées» et de réclamer «un examen médical indépendant».
C’est aussi le souhait du secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard, qui s’est dit «choqué» par la mort de la photographe. «Nous tenons les autorités iraniennes pour responsables du décès de Zahra Kazemi, a-t-il dit par voie de communiqué. Elles ont procédé à son arrestation de manière arbitraire et n’ont pas fait le nécessaire pour lui fournir des soins médicaux adéquats.» Selon RSF, cet incident «rappelle tristement que le régime Iranien est l’un des plus durs du monde pour les journalistes».
L’organisation a demandé à l’Iran d’accéder à la demande de Stephan Hachemi et de rapatrier le corps au Canada. RSF a aussi appelé à ce que des organisations internationales indépendantes puissent se rendre sur place pour mener une enquête.
Stephan Hachemi, fils de la journaliste Zahra Kazemi décédée en Iran vendredi, a rencontré la presse à Montréal, hier, pour exprimer sa colère. Zahra Kazemi
 
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012