dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Au-delà du smog

Valérie Dufour   12 juillet 2003 
Chaque année à Hong Kong, la pauvreté de l’air cause 2000 morts prématurées et occasionne 7500 hospitalisations. Photo: Newscom
Chaque année à Hong Kong, la pauvreté de l’air cause 2000 morts prématurées et occasionne 7500 hospitalisations. Photo: Newscom
Premier d'une série de quatre textes - Développement durable et Hong Kong. On associe rarement l'un à l'autre. Pourtant, l'état de l'air et de l'eau de cette mégapole oblige aujourd'hui ses dirigeants à penser à autre chose qu'à la seule croissance économique. Si rien n'est fait, l'importante zone commerciale risque de perdre ce qu'elle a de plus riche à offrir: sa main-d'oeuvre hautement qualifiée.

Hong Kong - Le port du masque antiseptique ne date pas de l'arrivée du SRAS à Hong Kong, loin de là. Vents du Nord aidant, le smog envahit la région pendant les longs mois de l'hiver, ce qui en force plus d'un à protéger ses voies respiratoires contre les poussières en suspension.

Le smog hong-kongais est une véritable purée de pois qui s'accroche à la tête des gratte-ciel et qui rampe dans les rues de la ville. Chaque année, la pauvreté de l'air cause 2000 morts prématurées et occasionne 7500 hospitalisations.

«Quand je suis arrivée ici en 1996, ç'a pris six mois avant que mes poumons cessent de brûler», souligne Anne Copeland Chiu, membre de la Chambre de commerce canadienne de Hong Kong et vice-présidente du comité pour le développement durable de l'organisme.

Mme Copeland Chiu ajoute que l'indice de pollution de l'air est élevé ou très élevé pratiquement chaque jour. «Avant, c'était pire pendant l'hiver parce que les vents nous arrivent de la Chine continentale, mais nous avons également connu un été terrible. On dirait que la situation empire d'année en année.»

Pourtant, le gouvernement a fait de la réduction de la pollution de l'air l'une de ses priorités. De sévères lois régissent d'ailleurs les véhicules automobiles. Ceux-ci doivent se soumettre à de nombreux tests pour mesurer la quantité de gaz qui s'échappe de leur moteur et procéder immédiatement aux réparations nécessaires pour conserver le droit de rouler.

«La principale cause de la pollution de l'air est la circulation automobile», souligne d'emblée Wai-Chuen Mok, responsable du ministère de la Protection de l'environnement. «Nous travaillons très fort pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. [...] Mais il est vrai que la visibilité est moindre. Quand j'étais plus jeune, il y avait beaucoup plus de journées où le ciel était bleu et clair. Nous savons qu'il faut faire quelque chose.»

M. Mok dresse la liste des récentes réalisations du gouvernement en la matière: interdiction de l'essence avec plomb en 1999 et crédits fiscaux pour encourager les automobilistes à faire le saut, subventions pour que la flotte de taxis et de mini-bus passe au propane, réglementation sévère pour les systèmes d'émission des véhicules; équipe de 4000 citoyens chargés de dénoncer les véhicules dont le tuyau d'échappement fume, etc.

La liste est longue. Et il y a plus puisque les taxes à l'achat d'une automobile se veulent un outil supplémentaire dans le coffre du gouvernement. Le principe est simple: plus le véhicule est gros ou luxueux et plus la facture sera salée pour l'acquéreur. Celui-ci doit en effet débourser entre 4 et 110 % du coût d'achat de sa voiture pour obtenir le droit de rouler sur les routes.

«Nous avons un excellent système de transport en commun et cela fait que normalement les gens n'ont pas vraiment besoin d'une voiture, croit Wai-chuen Mok. Cependant, les salaires sont très élevés et beaucoup se dotent d'un véhicule qu'ils utilisent la fin de semaine. Il y a trop de véhicules privés, mais il ne faut pas oublier que nous avons une population de 6,7 millions.»

Malgré tout, de rutilantes Ferrari, Porsche et autres Lamborghini circulent dans les rues de Hong Kong. Selon le ministère des Transports, le territoire compte plus de 525 000 véhicules et la majorité de ceux-ci sont des véhicules récréatifs personnels. En pratique, cela signifie qu'il y a 271 autos par kilomètre de route (aux États-Unis, c'est 33 voitures). Et le parc automobile s'agrandit d'environ 15 000 nouveaux véhicules par année.

Il faut dire également que les leaders ne donnent pas tous l'exemple. Lors du passage du Devoir à Hong Kong au mois de mars, le secrétaire aux Finances du gouvernement, Antony Leung, était dans le pétrin pour une affaire de grosse voiture. Le ministre avait acheté un utilitaire Lexus pour sa petite famille quelques semaines à peine avant de rehausser les taxes à l'achat de véhicules dans son propre budget...

Et il n'est pas rare que les politiques gouvernementales entrent en contradiction entre elles, ajoute Peter Hills, professeur au Centre de planification urbaine et de la gestion de l'environnement de l'université de Hong Kong. «Le transport en est un bon exemple. Pendant qu'on développe le réseau de chemins de fer pour diminuer la pollution et le trafic, on construit des routes.»

M. Hills est surpris de voir que Hong Kong est l'une des seules mégapoles dans le monde qui semble ne pas avoir saisi que le développement économique passe aujourd'hui par le développement durable. «Il semble que le concept n'ait pas encore été compris, mais en même temps, il y a de moins en moins de tolérance à l'égard de la pollution de l'air et de la détérioration des milieux protégés.»

Il y a aussi un nombre de plus en plus important de travailleurs qui quittent Hong Kong ou refusent de s'y installer parce que la qualité de vie laisse à désirer. «Le recrutement de personnel est devenu de plus en plus difficile, raconte Anne Copeland Chiu, qui est également consultante pour la compagnie BMT Asia Pacific. L'an dernier, un de mes clients — une grosse compagnie canadienne — a dû réduire ses effectifs parce qu'il n'avait pas réussi à embaucher. Les gens — particulièrement ceux qui ont des enfants ou qui projettent d'en avoir dans un avenir rapproché — hésitent à s'installer ici parce que la qualité de vie est moindre à cause de la pollution.»

La communauté d'affaires avertit le gouvernement depuis le milieu des années 90 des dangers de la détérioration de la qualité de l'air, souligne Barrie Cook, responsable de la Coalition du commerce pour l'environnement et chef de la direction de Cheung Kong Infrastructure Holdings. «De plus en plus de personnes hésitent — particulièrement des Américains — à déménager ici avec leurs enfants.»

Les choses vont empirer avant de s'améliorer définitivement, croit Anne Copeland Chiu. «La pollution augmente dans le delta de la rivière des Perles. Le nombre de véhicules augmente également. [...] Il est vrai que l'essence avec plomb est interdit à Hong Kong, mais il suffit de traverser la frontière pour aller faire le plein d'essence avec plomb ou de diesel sale.»

C'est également l'avis de Barrie Cook. «Notre bilan environnemental est meilleur, mais le problème n'est plus sous notre contrôle. Le problème s'est incrusté dans la province voisine et tant que celle-ci ne coopérera pas, la qualité de notre air ne s'améliorera pas de façon significative.»

Wai-chuen Mok reconnaît que la pollution de l'air est un problème régional et qu'il faut une plus grande coopération entre le gouvernement de Hong Kong et celui de la province chinoise de Guangdong. «Nous avons une entente qui prévoit une diminution de 20 à 55 % de l'émission des principaux polluants d'ici 2010. Il faut demeurer optimiste car la Chine a signé le protocole de Kyoto il y a quelques mois.»

Les pourparlers sont en effet bien entamés, a affirmé le secrétaire des Affaires constitutionnelles, Stephen Lam, en entrevue au Devoir. «Nous sommes conscients que Hong Kong dispose d'un territoire limité. Nous n'avons pratiquement pas de ressources naturelles et nous avons besoin de bonnes politiques pour assurer le développement de notre population.»

Reste à savoir si la Chine continentale acceptera de resserrer ses contrôles environnementaux et d'adopter des technologies moins polluantes qui réduiront les profits des entreprises installées dans la province de Guangdong.

Valérie Dufour a remporté la bourse Dateline Hong Kong 2002 octroyée annuellement par le Hong Kong Economic and Trade Office.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012