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Victoire du terme «courriel» - Une implantation progressive

11 juillet 2003 
La Délégation générale à la langue française et aux langues de France nous informe que le terme d'origine québécoise «courriel» a été adopté par la Commission générale de terminologie et de néologie et qu'il a été publié au Journal officiel de la République française le 20 juin 2003. «Utilisé depuis un certain temps, notamment au Québec, ce néologisme s'est progressivement répandu dans l'usage français pour désigner le courrier électronique, qu'il s'agisse, le plus souvent, du message lui-même ou, par extension, de la messagerie utilisée», peut-on lire dans le communiqué de la Délégation générale à la langue française.

Cette sage décision met un terme à une période de flottement terminologique au sein de la francophonie. En effet, depuis près de six ans, le nom «courriel» supplante l'emprunt anglais e-mail dans l'usage soigné du français au Québec alors que le néologisme «mél» recommandé officiellement en France n'a pas connu le même succès.

Rappelons que le terme «courriel», forme télescopique de «courrier électronique», fait partie de la nomenclature de la deuxième édition du Vocabulaire d'Internet publié en 1997 par l'Office de la langue française et qu'il a fait l'objet d'un avis de recommandation à la Gazette officielle.

Évolution de la diffusion du terme

Il est intéressant d'observer l'implantation progressive de ce néologisme québécois par l'étude des articles de certains quotidiens. C'est à la fin de 1997 que nous relevons dans Le Devoir les premières attestations du nom «courriel». Comme il est normal, le néologisme apparaît principalement dans les chroniques informatiques mais aussi sous la plume de Lise Bissonnette, qui signe l'éditorial du 13 décembre 1997: «Mais qui écrit encore de vraies lettres au quotidien, des lettres qui disent les détails de la vie, des rendez-vous, des observations, des réactions aux événements? Si vous vous y êtes remis avec le courriel, qui remplace le coûteux interurbain, conservez-vous vos missives ou les mettez-vous au rebut?»

La Presse a devancé quelque peu Le Devoir puisque nous relevons déjà en 1996 quelques occurrences du terme «courriel», et ce, exclusivement dans les chroniques informatiques du quotidien montréalais.

Au cours de 1997, le terme «courriel» n'est employé que six fois dans les articles du Devoir et 18 fois dans les articles de La Presse alors que la fréquence du terme anglais e-mail est beaucoup plus élevée (49 attestations dans Le Devoir, 70 dans La Presse). Pendant cette même année, le journal français Le Monde ne recourt qu'au terme anglais.

Deux ans plus tard, la progression du nom «courriel» est saisissante dans Le Devoir comme dans La Presse alors qu'inversement l'emprunt à l'anglais e-mail bat en retraite (105 emplois de «courriel» dans Le Devoir contre quatre de e-mail; 232 dans La Presse contre 23 de l'emprunt anglais en 1999). Au cours de la même année, les journalistes du quotidien français Le Monde citent deux fois le québécisme «courriel» et emploient constamment le terme anglais (207 occurrences).

En 2003

Qu'en est-il aujourd'hui? Du 1er juillet 2002 au 1er juillet 2003, le succès du nom «courriel» se maintient dans les quotidiens québécois, mais — c'est une agréable surprise — la tendance s'est inversée dans le journal parisien. En effet, au cours de la dernière année, les journalistes du Monde ont largement préféré le terme «courriel» (191 occurrences) au nom anglais e-mail (19 emplois). Il en est ainsi dans Le Devoir (154 attestations du néologisme contre six de l'emprunt anglais) et dans La Presse (831 emplois de «courriel» contre 16 de e-mail). Dans les journaux montréalais, les rares emplois du mot e-mail proviennent le plus souvent de dépêches de l'AFP, d'articles de journaux parisiens, par exemple Libération, et ont trait à des marques ou à des adresses électroniques.

Le constat de la Délégation à la langue française est exact: «Évocateur, avec une sonorité bien française, le mot "courriel" est largement utilisé dans la presse et concurrence avantageusement l'emprunt à l'anglais "mail".» Dans ce contexte, la Commission générale de terminologie et de néologie «se range donc à la proposition québécoise désormais consacrée par l'usage tout en maintenant la forme "courrier électronique" comme synonyme», conclut le communiqué.

Au Québec, à la suite de la recommandation de l'Office de la langue française, l'adoption du nom «courriel» s'est faite rapidement, le terme étant transparent, efficace et doté d'un suffixe qui lui permettait d'enrichir la série des termes informatiques (logiciel, progiciel, didacticiel, etc.). Il est heureux que Jean-Pierre Colignon, correcteur éclairé et conscience linguistique du journal Le Monde, ait opté pour ce néologisme qui a été repris par la suite dans bon nombre d'autres titres de presse français et finalement adopté par la Délégation générale à la langue française.

En ce qui a trait à la féminisation des titres de fonctions, la recommandation officielle du gouvernement français est intervenue 20 ans après celle du gouvernement québécois; le courriel a été plus rapide, mais il a mis tout de même six ans pour parvenir à sa destination!






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