Le non corse
Serge Truffaut
10 juillet 2003
Par une courte majorité, les Corses ont récusé la proposition du gouvernement Raffarin qui consistait à modifier le statut administratif de l'île de Beauté et à transférer un certain nombre de pouvoirs. Pour le premier ministre en titre, cette défaite doit être d'autant plus difficile à digérer qu'elle laisse augurer des jours sombres à la vaste politique de décentralisation qu'il entend amorcer à l'automne. Depuis son installation à Matignon, Jean-Pierre Raffarin n'a jamais caché qu'avec la réforme des retraites, la décentralisation serait le principal chantier de son gouvernement.
À cet égard, la Corse avait valeur de test de première importance. Si la réforme avait obtenu les faveurs de l'électorat, les deux départements qui composent l'île auraient été supprimés. Conséquemment, l'empilement des structures territoriales, qui distingue cette région en ceci qu'elle est politiquement surreprésentée comparativement aux autres, aurait subi tout un élagage. Ainsi que le rapporte un quotidien, la Corse compte deux fois plus d'élus que le reste de la France.
Or, si on comprend bien ce qui singularise la culture politique qui a cours depuis des lunes dans ce coin de pays, le clientélisme ou plus précisément le clanisme a préséance sur tout le reste. Autrement dit, chaque élu est aussi un chef de clan, c'est-à-dire que pour être élu, il faut être d'abord un chef de clan. Et une fois élu, le chef en question accorde emploi à l'un, soutien matériel à l'autre, privilège au troisième, et ainsi de suite. Toujours est-il que la vie politique corse épouse la structure clanique, et non l'inverse, qui existe depuis des temps immémoriaux.
De fait, si la réforme avait été acceptée, des dizaines de politiciens traditionnels auraient pointé au chômage. Ceci explique cela: la majorité d'entre eux a fait le service minimum lors de la campagne qui a précédé le scrutin de dimanche. Pour les ténors de l'indépendance, la pilule est d'autant plus amère que l'une des raisons ayant convaincu, dans les années 60, leurs aînés de militer pour la souveraineté de la Corse était justement cette culture clanique qu'encourage la structure administrative et, au premier chef, le découpage en départements.
Ce rejet de la réforme est aussi un rejet, si on en croit les experts de la nébuleuse corse, des groupes ou courants qui ont fait de la souveraineté leur fond de commerce. La violence de ces derniers s'est traduite par une invasion, si l'on peut dire, de la peur. Il semblerait qu'en votant non à une certaine délégation de pouvoirs, les Corses ont signifié un certain attachement à la république qui, seule, a les moyens de combattre les fous furieux de la cause. Il faut préciser que contrairement à bien des mouvements souverainistes, le corse se caractérise par une ribambelle de factions qui s'entre-déchirent lorsqu'elles ne tuent pas un préfet ou un commerçant qui refuse de verser l'impôt soi-disant révolutionnaire.
À ce propos, l'arrestation d'Yvan Collona, présumé assassin du préfet Érignac, la veille du scrutin, a quelque peu troublé les votants. Selon certains, elle a favorisé ce non qui signifie le maintien dans la république. Pour d'autres, elle a au contraire gonflé le camp du oui. Comment savoir, comment voir juste lorsqu'on est en Corse?
À cet égard, la Corse avait valeur de test de première importance. Si la réforme avait obtenu les faveurs de l'électorat, les deux départements qui composent l'île auraient été supprimés. Conséquemment, l'empilement des structures territoriales, qui distingue cette région en ceci qu'elle est politiquement surreprésentée comparativement aux autres, aurait subi tout un élagage. Ainsi que le rapporte un quotidien, la Corse compte deux fois plus d'élus que le reste de la France.
Or, si on comprend bien ce qui singularise la culture politique qui a cours depuis des lunes dans ce coin de pays, le clientélisme ou plus précisément le clanisme a préséance sur tout le reste. Autrement dit, chaque élu est aussi un chef de clan, c'est-à-dire que pour être élu, il faut être d'abord un chef de clan. Et une fois élu, le chef en question accorde emploi à l'un, soutien matériel à l'autre, privilège au troisième, et ainsi de suite. Toujours est-il que la vie politique corse épouse la structure clanique, et non l'inverse, qui existe depuis des temps immémoriaux.
De fait, si la réforme avait été acceptée, des dizaines de politiciens traditionnels auraient pointé au chômage. Ceci explique cela: la majorité d'entre eux a fait le service minimum lors de la campagne qui a précédé le scrutin de dimanche. Pour les ténors de l'indépendance, la pilule est d'autant plus amère que l'une des raisons ayant convaincu, dans les années 60, leurs aînés de militer pour la souveraineté de la Corse était justement cette culture clanique qu'encourage la structure administrative et, au premier chef, le découpage en départements.
Ce rejet de la réforme est aussi un rejet, si on en croit les experts de la nébuleuse corse, des groupes ou courants qui ont fait de la souveraineté leur fond de commerce. La violence de ces derniers s'est traduite par une invasion, si l'on peut dire, de la peur. Il semblerait qu'en votant non à une certaine délégation de pouvoirs, les Corses ont signifié un certain attachement à la république qui, seule, a les moyens de combattre les fous furieux de la cause. Il faut préciser que contrairement à bien des mouvements souverainistes, le corse se caractérise par une ribambelle de factions qui s'entre-déchirent lorsqu'elles ne tuent pas un préfet ou un commerçant qui refuse de verser l'impôt soi-disant révolutionnaire.
À ce propos, l'arrestation d'Yvan Collona, présumé assassin du préfet Érignac, la veille du scrutin, a quelque peu troublé les votants. Selon certains, elle a favorisé ce non qui signifie le maintien dans la république. Pour d'autres, elle a au contraire gonflé le camp du oui. Comment savoir, comment voir juste lorsqu'on est en Corse?
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