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Alcan retente le grand coup

Devenir le no1 de l'aluminium en achetant la française Pechiney pour 3,9 milliards $US. Une offre jugée hostile à Paris

Claude Turcotte   8 juillet 2003 
Presque quatre ans après une première tentative avortée d'amener la grande firme française Pechiney dans son giron, Alcan fait un débarquement surprise à Paris pour lancer une offensive sans pareille en vue de devenir dans cinq mois la plus importante entreprise d'aluminium au monde. C'est une offre d'achat non sollicitée, mais elle n'est pas hostile, soutient Travis Engen, président-directeur général d'Alcan, qui courtise tout de même les actionnaires de Pechiney avec une offre de 3,9 milliards $US. En incluant la dette, Alcan paierait 5,46 milliards pour acquérir cette société.

L'ensemble formé par Alcan et Pechiney, s'il devait être approuvé par les instances réglementaires européennes, représenterait un chiffre d'affaires de 24 milliards $US, selon les résultats de 2002, dépassant ainsi Alcoa, cette américaine qui occupe le premier rang mondial et qui l'an dernier a déclaré des revenus de 20 milliards. L'état-major d'Alcan, qui se retrouvait à Paris pour faire cette annonce surprise hier, ne manque pas de souligner que cette entité nouvelle aurait des revenus répartis de manière équilibrée entre les activités primaires en aluminium, les produits laminés, usinés et les produits d'emballage. Il y aurait aussi un équilibre géographique avec 44 % des affaires en Europe, 34 % en Amérique du Nord et 22 % dans le reste du monde.

La rentabilité serait assurée dès la première année, affirme M. Engen, qui promet une croissance du bénéfice net par action de 15 % par année, un flux de trésorerie avant financement d'au moins 400 millions et une synergie de 250 millions par année d'ici deux ans, ce qui suppose une consolidation dont l'ampleur n'est pas connue pour l'instant. Le siège social d'Alcan, qui compte présentement 600 employés, restera à Montréal. Il pourrait y avoir fusion de certaines filiales de l'un et l'autre des deux groupes actuels.

Pechiney restera néanmoins une entité séparée et conservera son siège social, lequel pourrait être toutefois amputé de certaines prérogatives, et sa taille pourrait subir des modifications substantielles. Paris occuperait toutefois une place importante dans l'organisation de ce nouvel Alcan, puisqu'elle serait le siège mondial pour les activités d'emballage et les activités européennes d'aluminium primaire, ainsi que le centre mondial pour le développement de la nouvelle technologie de cuves. Enfin, Alcan étudie la possibilité d'établir en France son siège mondial pour les produits aéronautiques et usinés.

Malgré ce positionnement qui, a priori, semble plutôt avantageux pour Pechiney, la réaction de la société française fut officiellement froide, voire négative. On y a plutôt vu une tentative de prise de contrôle hostile. Cette réaction laisse quand même perplexe, puisqu'il y a quatre ans Pechiney accueillait avec enthousiasme le projet de fusion avec Alcan et la Suissesse Algroup. «À terme, nous aurions peut-être été contraints de trouver des partenaires, sans pouvoir les choisir», déclarait alors Jean-Pierre Rodier, p-d.g. de Pechiney.

Toutefois, ce mariage à trois n'a pas eu lieu parce qu'en 2000 la Commission européenne s'y est opposée en exigeant qu'Alcan se conforme à certaines conditions, notamment la vente d'actifs, ce qui, selon elle, aurait éliminé le risque d'activités monopolistiques. L'union s'est faite alors avec Algroup, mais pas avec Pechiney.

En 2001, Alcan a changé de président, et c'est avec ce même M. Rodier que M. Engen a amorcé un nouveau rapprochement l'an dernier. Les deux hommes ont tenu plusieurs réunions jusqu'à tout récemment. Le conseil d'administration de Pechiney a refusé les avances d'Alcan, dont la direction s'est alors demandé quelle stratégie il fallait appliquer pour en arriver rapidement au regroupement souhaité.

Celle-ci a opté pour une offre publique d'achat (OPA) des actions de Pechiney. Est-ce vraiment une OPA hostile? L'avenir le dira. Il se pourrait que Pechiney adopte une position pour faire monter les enchères, une hypothèse que M. Engen n'a pas écartée hier. D'autres joueurs entreront-ils dans la course? Voilà un autre scénario possible.

Quoi qu'il en soit, Alcan fait une offre de 41 euros pour chaque action de Pechiney, ce qui représente une prime de 28 % sur le cours de clôture le 2 juillet dernier et de 39 % sur la moyenne du dernier mois. L'offre comporte une partie comptant de 60 % et une autre de 40 % en titres d'Alcan. L'offre principale est faite de 123 euros et trois actions d'Alcan en échange de cinq actions de Pechiney. Il y a deux offres subsidiaires comportant quelques variantes.

Par ailleurs, pour éviter de se faire jouer le même tour qu'en 1999 par la Commission européenne, Alcan dit avoir déjà fait des démarches auprès de celle-ci pour vérifier ce qui lui serait acceptable ou pas. Alcan reconnaît d'ores et déjà qu'il devrait probablement se départir de certains actifs, même quelques-uns qu'il n'avait pas voulu laisser tomber dans le projet de 1999. Alcan pense aujourd'hui que si, une fois la fusion approuvée, il revendait ses participations dans les laminoirs AluNorf et Neuf-Brisach, la Commission donnerait enfin son aval à ce mariage avec Pechiney.

Alcan aurait dès lors 88 000 employés dans 50 pays. Il serait leader mondial dans le secteur de l'emballage et deuxième dans l'aluminium primaire; l'apport de Pechiney serait précieux dans les marchés de l'automobile et de l'aéronautique. Les sites français de recherche et de développement, particulièrement dans l'électrolyse de l'aluminium où Pechiney est un leader, continueront à faire l'objet d'investissements, promet Alcan.
 
 
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