Pour un cessez-le-feu sur le front intergénérationnel
Éric Germain - Citoyen de Lachine, 31 ans
14 juin 2002
«Peu à peu, souverainement, s'accentue un drame humain d'une profondeur morale et spirituelle dont nous prenons trop peu la mesure, à savoir une logique de mort qui l'emporte sur une logique de vie. Le thanatos sur l'éros. Le haut taux de suicide n'en est que la pointe de l'iceberg. À ce chapitre, il faut avoir peu de conscience historique et politique, peu de conscience tout court, pour ne pas soupçonner la gravité du fait que tant de jeunes adultes n'aient pas les conditions minimales pour avoir des enfants, cet ancrage sérieux pour bien se planter dans la vie et développer une capacité d'engagement à long terme.» - Jacques Grand'Maison, «Le pont entre les générations», L'Action nationale, janvier 1999
C'est avec incrédulité que j'ai lu la «Lettre à la génération de l'individualisme» de Suzanne et Pierre-André Julien (Le Devoir, 11 juin 2002). Présentant un amas de données intégrées dans une argumentation insignifiante, les auteurs dépeignent une génération de «yuppies» déconnectés des valeurs sociales-démocrates et unis par la rengaine qu'ils entretiennent au sujet de leurs aînés et du peu de place que ceux-ci leur laissent. J'ai été particulièrement déçu que le nom de Jacques Grand'Maison, qui a beaucoup fait pour le rapprochement intergénérationnel, soit cité sans explication aucune à l'appui d'une opinion aussi peu nuancée.
Reconnaissons d'entrée de jeu la puérilité et l'inutilité de ce débat autour du «ma génération est meilleure que la tienne», débat suscité par Rita Dionne-Marsolais et repris notamment par des députés des deux côtés de l'Assemblée nationale.
Une génération ne saurait évidemment être individualiste, collectiviste, égoïste, néolibérale, revendicatrice, socialiste, névrosée ou jaune tomate. Les étiquettes telles «baby-boomer» ou «génération X» sont nécessairement réductrices et masquent la multiplicité des valeurs et des attitudes de chacun.
Il semble bien que notre époque favorise l'émergence d'un certain individualisme. Toutefois, les manifestations de ce phénomène transcendent les générations. Par exemple, je côtoie régulièrement des enfants uniques ou dont les parents sont divorcés. Ces enfants n'ont pas deux, cinq ou dix ans mais bien 25, 40 ou 65 ans.
Quant au phénomène des yuppies, on reconnaît généralement qu'il a ses racines non pas dans la jeunesse actuelle mais bien dans celle du début des années 80 et qu'il est étroitement associé au reaganisme. Par ailleurs, a-t-on oublié que l'ADQ, soi-disant «pro-individualiste», a été cofondée il y a neuf ans par Jean Allaire, qui fait partie de la génération de mes parents?
Ainsi, le raisonnement selon lequel l'actuelle «vague Dumont» telle que soulignée par les sondages découle d'une soudaine crise d'individualisme de la jeunesse est simpliste et injustifié, en dépit du fait que le principal intéressé soit un individu de 32 ans en veston-cravate qui dénonce les clauses «orphelin» dans la fonction publique. L'âge du politicien n'est pas une faute et le débat est pertinent, quoi qu'on en dise. Même si le problème ne fait pas consensus, les fameuses clauses ont été dénoncées par plusieurs intervenants crédibles lors des audiences publiques de l'automne 1998.
Le Québec est déjà divisé entre souverainistes et fédéralistes plus ou moins nuancés. Ce clivage pollue notre vie publique depuis trop longtemps. L'apport au débat d'une classification «jeunes contre vieux» n'est certainement pas l'initiative la plus pertinente pour le développement et la croissance de notre société. Les citoyens de tout âge doivent abandonner leurs préjugés et instaurer un véritable cessez-le-feu intergénérationnel. Une telle attitude nécessite un retour à la sérénité, essentielle à la santé de notre vie démocratique.
Respirons par le nez; nous apprécierons d'autant plus les progrès que nous ferons ensemble après nous être entendus sur les problèmes réels qui affligent les jeunes et les autres.
Est-ce que je rêve en couleur?
C'est avec incrédulité que j'ai lu la «Lettre à la génération de l'individualisme» de Suzanne et Pierre-André Julien (Le Devoir, 11 juin 2002). Présentant un amas de données intégrées dans une argumentation insignifiante, les auteurs dépeignent une génération de «yuppies» déconnectés des valeurs sociales-démocrates et unis par la rengaine qu'ils entretiennent au sujet de leurs aînés et du peu de place que ceux-ci leur laissent. J'ai été particulièrement déçu que le nom de Jacques Grand'Maison, qui a beaucoup fait pour le rapprochement intergénérationnel, soit cité sans explication aucune à l'appui d'une opinion aussi peu nuancée.
Reconnaissons d'entrée de jeu la puérilité et l'inutilité de ce débat autour du «ma génération est meilleure que la tienne», débat suscité par Rita Dionne-Marsolais et repris notamment par des députés des deux côtés de l'Assemblée nationale.
Une génération ne saurait évidemment être individualiste, collectiviste, égoïste, néolibérale, revendicatrice, socialiste, névrosée ou jaune tomate. Les étiquettes telles «baby-boomer» ou «génération X» sont nécessairement réductrices et masquent la multiplicité des valeurs et des attitudes de chacun.
Il semble bien que notre époque favorise l'émergence d'un certain individualisme. Toutefois, les manifestations de ce phénomène transcendent les générations. Par exemple, je côtoie régulièrement des enfants uniques ou dont les parents sont divorcés. Ces enfants n'ont pas deux, cinq ou dix ans mais bien 25, 40 ou 65 ans.
Quant au phénomène des yuppies, on reconnaît généralement qu'il a ses racines non pas dans la jeunesse actuelle mais bien dans celle du début des années 80 et qu'il est étroitement associé au reaganisme. Par ailleurs, a-t-on oublié que l'ADQ, soi-disant «pro-individualiste», a été cofondée il y a neuf ans par Jean Allaire, qui fait partie de la génération de mes parents?
Ainsi, le raisonnement selon lequel l'actuelle «vague Dumont» telle que soulignée par les sondages découle d'une soudaine crise d'individualisme de la jeunesse est simpliste et injustifié, en dépit du fait que le principal intéressé soit un individu de 32 ans en veston-cravate qui dénonce les clauses «orphelin» dans la fonction publique. L'âge du politicien n'est pas une faute et le débat est pertinent, quoi qu'on en dise. Même si le problème ne fait pas consensus, les fameuses clauses ont été dénoncées par plusieurs intervenants crédibles lors des audiences publiques de l'automne 1998.
Le Québec est déjà divisé entre souverainistes et fédéralistes plus ou moins nuancés. Ce clivage pollue notre vie publique depuis trop longtemps. L'apport au débat d'une classification «jeunes contre vieux» n'est certainement pas l'initiative la plus pertinente pour le développement et la croissance de notre société. Les citoyens de tout âge doivent abandonner leurs préjugés et instaurer un véritable cessez-le-feu intergénérationnel. Une telle attitude nécessite un retour à la sérénité, essentielle à la santé de notre vie démocratique.
Respirons par le nez; nous apprécierons d'autant plus les progrès que nous ferons ensemble après nous être entendus sur les problèmes réels qui affligent les jeunes et les autres.
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