Gâchisville
Josée Boileau
8 juillet 2003
Début février, l'administration municipale de Val-David fulminait. Le Devoir avait raconté à la une l'histoire de Guindonville: la démolition à venir des maisonnettes pour faire place à un stationnement desservant le parc régional, mais surtout la manière dont l'éviction avait été préparée. C'était là, semble-t-il, donner une bien mauvaise image de la ville.
Cinq mois plus tard, Guindonville fait partout la manchette. Même le National Post y consacrait un important article il y a quelques jours. Val-David, qui se rêvait destination touristique de qualité, loin du tapageur Mont-Tremblant, est maintenant pointé du doigt comme symbole d'oppression. L'histoire aurait pourtant pu finir autrement. À une condition, que les dirigeants de Val-David ont toujours ignorée: témoigner d'une vraie sensibilité à l'égard des évincés.
Il était fâcheux dès le départ d'opposer le développement de Val-David au sort de locataires, aussi pauvres et marginaux soient-ils. Les Laurentides sont aussi affectées que Montréal par la crise du logement — même si c'est le genre de réalité que les politiciens répugnent à nommer. Invoquer l'appui massif de la population au développement d'un parc régional n'efface en rien l'obligation qu'a tout dirigeant de mesurer l'impact de ses choix — donc d'en saisir toute la donne.
Il était encore plus odieux de constater que d'autres terrains auraient pu servir de stationnement. Ceux-ci ne convenaient pas, affirmait l'administration. Elle n'a toutefois jamais pu nier que, dans son évaluation des trois terrains possibles, le choix de celui de Guindonville lui permettait — et c'était décrit comme un avantage — de se débarrasser d'un bidonville, comme le stipule un document interne datant de janvier 2002.
Des mots malheureux, sans impact, a-t-on dit par la suite. Soit. Il n'en devenait que plus déplorable de constater, une fois la décision prise, à quel point ce qui arriverait aux locataires évincés était indifférent à la municipalité. Sept mois de loyer ont été offerts, mais les sommes en jeu étaient ridicules pour des gens appelés à se reloger dans des loyers plus coûteux. Et l'offre — finalement bonifiée pour certains, annulée pour d'autres — doit bien plus à la ténacité des locataires qu'à la mansuétude des élus.
Le refus absolu de Val-David d'aider les gens à se reloger était aussi révélateur de l'attitude de la Ville. Celle-ci ne pouvait même pas envisager la construction de logements communautaires — une option qui aurait pu être prise dès janvier 2002 et pour laquelle des programmes existent. Que les gens s'arrangent, ce n'est pas à une municipalité de faire du logement, disait-on en janvier. C'est dire si le comité sur le logement social créé par la Ville, il y a un mois, est le fruit d'une bien tardive prise de conscience.
En fait, le discours n'a jamais changé depuis le début: l'avenir de Val-David passe par son parc, voué aux sports non motorisés et au respect de la nature. Pour y arriver, «on ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs», affirmait en janvier le directeur général de la municipalité. Aujourd'hui, force est de constater que bien des coquilles ont été échappées et que l'omelette est bel et bien gâchée.
Cinq mois plus tard, Guindonville fait partout la manchette. Même le National Post y consacrait un important article il y a quelques jours. Val-David, qui se rêvait destination touristique de qualité, loin du tapageur Mont-Tremblant, est maintenant pointé du doigt comme symbole d'oppression. L'histoire aurait pourtant pu finir autrement. À une condition, que les dirigeants de Val-David ont toujours ignorée: témoigner d'une vraie sensibilité à l'égard des évincés.
Il était fâcheux dès le départ d'opposer le développement de Val-David au sort de locataires, aussi pauvres et marginaux soient-ils. Les Laurentides sont aussi affectées que Montréal par la crise du logement — même si c'est le genre de réalité que les politiciens répugnent à nommer. Invoquer l'appui massif de la population au développement d'un parc régional n'efface en rien l'obligation qu'a tout dirigeant de mesurer l'impact de ses choix — donc d'en saisir toute la donne.
Il était encore plus odieux de constater que d'autres terrains auraient pu servir de stationnement. Ceux-ci ne convenaient pas, affirmait l'administration. Elle n'a toutefois jamais pu nier que, dans son évaluation des trois terrains possibles, le choix de celui de Guindonville lui permettait — et c'était décrit comme un avantage — de se débarrasser d'un bidonville, comme le stipule un document interne datant de janvier 2002.
Des mots malheureux, sans impact, a-t-on dit par la suite. Soit. Il n'en devenait que plus déplorable de constater, une fois la décision prise, à quel point ce qui arriverait aux locataires évincés était indifférent à la municipalité. Sept mois de loyer ont été offerts, mais les sommes en jeu étaient ridicules pour des gens appelés à se reloger dans des loyers plus coûteux. Et l'offre — finalement bonifiée pour certains, annulée pour d'autres — doit bien plus à la ténacité des locataires qu'à la mansuétude des élus.
Le refus absolu de Val-David d'aider les gens à se reloger était aussi révélateur de l'attitude de la Ville. Celle-ci ne pouvait même pas envisager la construction de logements communautaires — une option qui aurait pu être prise dès janvier 2002 et pour laquelle des programmes existent. Que les gens s'arrangent, ce n'est pas à une municipalité de faire du logement, disait-on en janvier. C'est dire si le comité sur le logement social créé par la Ville, il y a un mois, est le fruit d'une bien tardive prise de conscience.
En fait, le discours n'a jamais changé depuis le début: l'avenir de Val-David passe par son parc, voué aux sports non motorisés et au respect de la nature. Pour y arriver, «on ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs», affirmait en janvier le directeur général de la municipalité. Aujourd'hui, force est de constater que bien des coquilles ont été échappées et que l'omelette est bel et bien gâchée.
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