Québec modifie le plafond des médecins spécialistes
Marie-Andrée Chouinard
5 juillet 2003
Il y a un irritant de moins sur la route des médecins spécialistes, qui viennent tout juste d'arracher du gouvernement libéral la permission de modérer l'application du plafond d'activités, qui réduisait leur pratique et alourdissait l'accessibilité aux soins.
Le Devoir a appris que la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sont parvenus à une entente qui, contrairement à ce que certains auraient souhaité, n'efface pas le plafond salarial imposé aux médecins spécialistes, mais le modère. «C'est réglé!», a confirmé hier le Dr Yves Dugré, président de la FMSQ.
Pour les médecins adeptes de la pratique mixte — hôpital et cabinet — ce plafond les incitait à réduire leur pratique après l'atteinte d'un montant de 152 000 $ par semestre, puisqu'on amputait alors de 75 % leur rémunération en pratique privée. Dorénavant, le calcul de ce plafond ne comptabilisera qu'à hauteur de 50 %, plutôt qu'à 100 %, les gains du médecin à l'hôpital, «ce qui fait que ça prendra plus de temps pour atteindre le plafond», explique le Dr Dugré, qui juge ce règlement «satisfaisant».
Dans un contexte de pénurie de médecins spécialistes et alors que les besoins médicaux atteignent une ampleur inégalée, ces médecins réclamaient qu'on abolisse ou tempère la mesure restrictive pour accroître la disponibilité des services aux patients. Certains secteurs névralgiques, telles l'orthopédie et l'ophtalmologie, dont les listes d'attente en chirurgie ont fait couler beaucoup d'encre, étaient au coeur de ces revendications.
«Dans une situation de pénurie, où tout le monde travaille fort, le plafond était vite atteint», explique le Dr Dugré. Et la pratique en cabinet est beaucoup moins alléchante, avec le quart du salaire en poche une fois le plafond atteint et jusqu'à l'expiration du semestre. La FMSQ estime que près de 15 % des spécialistes étaient touchés par cette situation.
La modification ne règlera pas tous les problèmes, mais devrait permettre une plus grande souplesse dans l'organisation des soins, croit Yves Dugré. «C'est une modification qui est importante sur le plan de l'organisation des soins, qui donne le signal qu'on veut que les médecins demeurent à l'hôpital», explique le médecin, qui estime que cette mesure coûtera environ trois millions de dollars à l'État pour une année.
Cette modulation du plafond figurait dans la liste des promesses du Parti libéral, qui avait assuré en campagne que la «révision» de ces plafonds pourrait permettre aux médecins spécialistes d'accroître leur temps de pratique médicale.
Au MSSS, on était incapable hier de livrer les détails de cette entente, qui doit encore passer sous la lorgnette du Conseil du trésor, a expliqué hier Katie Rouleau, attachée de presse du ministre Philippe Couillard. «Mais il y a bel et bien une entente en négociation sur la question du plafond, et le Conseil du trésor doit y repasser pour finaliser les détails», ajoute Mme Rouleau, précisant que l'annonce officielle se fera au cours des prochaines semaines.
Avec ce nouveau calcul en poche, le Dr Dugré prédit que non seulement le rythme d'activité pourra reprendre, mais aussi que la liste des consultations en cabinet sera beaucoup plus aérée. «Le médecin qui avait atteint son plafond et voyait sa rémunération coupée de 75 % en cabinet n'avait aucun incitatif pour ce type de pratique», explique-t-il. «En le retournant au cabinet, on allège l'accès aux consultations.»
Cette nouvelle, attendue depuis des lustres, faisait soupirer d'aise certains spécialistes, hier. «Ça va nous donner une bonne chance», expliquait hier la Dre Francine Mathieu-Millaire, présidente de l'Association des médecins ophtalmologistes du Québec, dont plusieurs des membres avaient déjà atteint en mai leur plafond d'activité pour un semestre ne prenant fin que le 1er juillet. «Est-ce que ce sera suffisant? Nous le verrons à l'usage.»
Une fois le plafond atteint, ces ophtalmologistes pouvaient continuer à travailler à l'hôpital, mais selon les disponibilités à la fois des lieux et du personnel. «Souvent, ils ne pouvaient plus rien faire», expose la Dre Mathieu-Millaire. Quant au travail en clinique, inutile d'y penser: une fois arrivé au plafond, avec 25 % de la rémunération en poche au cabinet, contre des frais de bureau évalués à 40 ou 45 %, c'était un contexte «perdant». «Les gens ne pouvaient plus travailler», poursuit Mme Mathieu-Millaire, dont les membres doivent s'affairer à alléger la liste d'attente des chirurgies de la cataracte.
Avec cette nouvelle entente, un double message lancé par le ministère de la Santé vient de s'atténuer, conclut Mme Mathieu-Millaire. «À la population, il passait le message qu'il augmenterait l'accessibilité aux soins de santé, et aux médecins, avec ce plafond, il leur disait de restreindre leurs activités.»
Pour les radiologues, qui participent à un grand nombre d'actes médicaux, cette entente ne pourra qu'améliorer une situation devenue détestable, l'accessibilité aux services ayant été considérablement réduite dans cette spécialité, aux prises avec une importante pénurie. «Ce n'était pas une question de revenus, c'est une question d'accessibilité», explique le Dr Barrette, dont les deux tiers des membres atteignaient les plafonds de façon systématique, en l'espace de quatre mois sur six. «Les médecins devaient diminuer leur charge de travail parce qu'ils n'étaient pas payés.»
Avec ce nouveau calcul, les plafonds seront presque impossibles à atteindre, croit le Dr Barrette, qui refuse de voir dans cette entente une manière de hausser les revenus du médecin, car les charges financières des médecins en cabinet sont élevées. «C'est une question de souplesse d'organisation du travail.»
Verra-t-on un changement draconien, dans la mesure où le règlement s'applique déjà pour le semestre qui vient à peine de se conclure? «Il y aura plus de services, et partout en province», prédit le Dr Barrette, qui n'y voit toutefois pas une panacée et qui aurait souhaité une abolition complète du plafond. «Ce n'est pas ça qui va régler le problème de pénurie de spécialistes. Je dis toujours que nous sommes une minorité visible: quand il en manque un sur dix, tout le monde le remarque. Quand il y en a un de plus sur la dizaine, personne ne le voit...»
Selon la Fédération des médecins spécialistes, l'entente est valide pour deux ans, au bout desquels elle devra être réévaluée. Elle ne s'applique qu'aux médecins qui ont une pratique mixte — cabinet et hôpital — et vaut pour l'ensemble des spécialités médicales.
Le Devoir a appris que la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sont parvenus à une entente qui, contrairement à ce que certains auraient souhaité, n'efface pas le plafond salarial imposé aux médecins spécialistes, mais le modère. «C'est réglé!», a confirmé hier le Dr Yves Dugré, président de la FMSQ.
Pour les médecins adeptes de la pratique mixte — hôpital et cabinet — ce plafond les incitait à réduire leur pratique après l'atteinte d'un montant de 152 000 $ par semestre, puisqu'on amputait alors de 75 % leur rémunération en pratique privée. Dorénavant, le calcul de ce plafond ne comptabilisera qu'à hauteur de 50 %, plutôt qu'à 100 %, les gains du médecin à l'hôpital, «ce qui fait que ça prendra plus de temps pour atteindre le plafond», explique le Dr Dugré, qui juge ce règlement «satisfaisant».
Dans un contexte de pénurie de médecins spécialistes et alors que les besoins médicaux atteignent une ampleur inégalée, ces médecins réclamaient qu'on abolisse ou tempère la mesure restrictive pour accroître la disponibilité des services aux patients. Certains secteurs névralgiques, telles l'orthopédie et l'ophtalmologie, dont les listes d'attente en chirurgie ont fait couler beaucoup d'encre, étaient au coeur de ces revendications.
«Dans une situation de pénurie, où tout le monde travaille fort, le plafond était vite atteint», explique le Dr Dugré. Et la pratique en cabinet est beaucoup moins alléchante, avec le quart du salaire en poche une fois le plafond atteint et jusqu'à l'expiration du semestre. La FMSQ estime que près de 15 % des spécialistes étaient touchés par cette situation.
La modification ne règlera pas tous les problèmes, mais devrait permettre une plus grande souplesse dans l'organisation des soins, croit Yves Dugré. «C'est une modification qui est importante sur le plan de l'organisation des soins, qui donne le signal qu'on veut que les médecins demeurent à l'hôpital», explique le médecin, qui estime que cette mesure coûtera environ trois millions de dollars à l'État pour une année.
Cette modulation du plafond figurait dans la liste des promesses du Parti libéral, qui avait assuré en campagne que la «révision» de ces plafonds pourrait permettre aux médecins spécialistes d'accroître leur temps de pratique médicale.
Au MSSS, on était incapable hier de livrer les détails de cette entente, qui doit encore passer sous la lorgnette du Conseil du trésor, a expliqué hier Katie Rouleau, attachée de presse du ministre Philippe Couillard. «Mais il y a bel et bien une entente en négociation sur la question du plafond, et le Conseil du trésor doit y repasser pour finaliser les détails», ajoute Mme Rouleau, précisant que l'annonce officielle se fera au cours des prochaines semaines.
Avec ce nouveau calcul en poche, le Dr Dugré prédit que non seulement le rythme d'activité pourra reprendre, mais aussi que la liste des consultations en cabinet sera beaucoup plus aérée. «Le médecin qui avait atteint son plafond et voyait sa rémunération coupée de 75 % en cabinet n'avait aucun incitatif pour ce type de pratique», explique-t-il. «En le retournant au cabinet, on allège l'accès aux consultations.»
Cette nouvelle, attendue depuis des lustres, faisait soupirer d'aise certains spécialistes, hier. «Ça va nous donner une bonne chance», expliquait hier la Dre Francine Mathieu-Millaire, présidente de l'Association des médecins ophtalmologistes du Québec, dont plusieurs des membres avaient déjà atteint en mai leur plafond d'activité pour un semestre ne prenant fin que le 1er juillet. «Est-ce que ce sera suffisant? Nous le verrons à l'usage.»
Une fois le plafond atteint, ces ophtalmologistes pouvaient continuer à travailler à l'hôpital, mais selon les disponibilités à la fois des lieux et du personnel. «Souvent, ils ne pouvaient plus rien faire», expose la Dre Mathieu-Millaire. Quant au travail en clinique, inutile d'y penser: une fois arrivé au plafond, avec 25 % de la rémunération en poche au cabinet, contre des frais de bureau évalués à 40 ou 45 %, c'était un contexte «perdant». «Les gens ne pouvaient plus travailler», poursuit Mme Mathieu-Millaire, dont les membres doivent s'affairer à alléger la liste d'attente des chirurgies de la cataracte.
Avec cette nouvelle entente, un double message lancé par le ministère de la Santé vient de s'atténuer, conclut Mme Mathieu-Millaire. «À la population, il passait le message qu'il augmenterait l'accessibilité aux soins de santé, et aux médecins, avec ce plafond, il leur disait de restreindre leurs activités.»
Pour les radiologues, qui participent à un grand nombre d'actes médicaux, cette entente ne pourra qu'améliorer une situation devenue détestable, l'accessibilité aux services ayant été considérablement réduite dans cette spécialité, aux prises avec une importante pénurie. «Ce n'était pas une question de revenus, c'est une question d'accessibilité», explique le Dr Barrette, dont les deux tiers des membres atteignaient les plafonds de façon systématique, en l'espace de quatre mois sur six. «Les médecins devaient diminuer leur charge de travail parce qu'ils n'étaient pas payés.»
Avec ce nouveau calcul, les plafonds seront presque impossibles à atteindre, croit le Dr Barrette, qui refuse de voir dans cette entente une manière de hausser les revenus du médecin, car les charges financières des médecins en cabinet sont élevées. «C'est une question de souplesse d'organisation du travail.»
Verra-t-on un changement draconien, dans la mesure où le règlement s'applique déjà pour le semestre qui vient à peine de se conclure? «Il y aura plus de services, et partout en province», prédit le Dr Barrette, qui n'y voit toutefois pas une panacée et qui aurait souhaité une abolition complète du plafond. «Ce n'est pas ça qui va régler le problème de pénurie de spécialistes. Je dis toujours que nous sommes une minorité visible: quand il en manque un sur dix, tout le monde le remarque. Quand il y en a un de plus sur la dizaine, personne ne le voit...»
Selon la Fédération des médecins spécialistes, l'entente est valide pour deux ans, au bout desquels elle devra être réévaluée. Elle ne s'applique qu'aux médecins qui ont une pratique mixte — cabinet et hôpital — et vaut pour l'ensemble des spécialités médicales.
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