Libre opinion: Multimédia: recul à l'horizon?
Suzanne Guèvremont - L'auteur est présidente de l'Alliance numériQC, un regroupement d'entreprises et d'organismes de l'industrie du multimédia et des contenus numériques.
4 juillet 2003
Résumé d'une lettre envoyée au premier ministre du Québec, Jean Charest - À défaut d'un engagement réel et structuré de l'État, le multimédia québécois se trouvera cantonné dans des fonctions de sous-traitance et d'adaptation sous licence de produits originaux américains, européens et asiatiques. Ce n'est évidemment pas ce que souhaitent l'industrie québécoise, ses créateurs et ses artistes. J'ose croire que ce n'est pas non plus ce que vise le gouvernement du Québec.
Depuis quelques années, l'émergence du numérique et du multimédia a remodelé chaque aspect de nos vies [...]. Cette révolution du numérique marque notre époque, tant par les gains de productivité qu'elle procure que par l'enrichissement culturel qu'elle permet. J'en appelle à vous, M. le premier ministre: le multimédia n'est pas «une industrie comme les autres»; il est l'un des principaux vecteurs d'une révolution technologique dont les répercussions se font sentir sur l'ensemble de l'économie et de la culture, au Québec comme dans tous les pays industrialisés.
À ce sujet, je vous rappelle que tout au long de la campagne électorale, votre parti a prôné, en matière culturelle, un soutien accru aux créateurs. Or, dans le secteur du multimédia et des contenus numériques, plus encore qu'en télévision et en cinéma où — on le sait — la situation est difficile, les créateurs (concepteurs, scénaristes, artistes) ont absolument besoin d'une structure de production, de financement, de diffusion et de mise en marché locale et internationale extrêmement solide.
Pour ces raisons, il nous apparaît que soutenir le secteur du multimédia par des politiques, des programmes et une aide financière adéquats, c'est préserver et augmenter les chances du Québec de participer à l'économie moderne dans un contexte de mondialisation. À cela s'ajoute l'importance de stimuler la présence francophone dans la diversité culturelle planétaire.
L'élimination et la réduction des mesures fiscales contenues au dernier budget surviennent au moment où l'industrie du multimédia est déjà fortement ébranlée par l'insécurité des marchés financiers et la difficulté de trouver du financement privé et boursier. L'abolition des programmes accordant des avantages fiscaux aux entreprises admissibles qui s'établiront dans des sites désignés [...] aura un impact négatif certain sur le développement de notre industrie. À titre d'exemple, la Cité du multimédia constitue aujourd'hui un symbole et un outil promotionnel important dans la compétition que se livrent Montréal et d'autres grands centres nord-américains pour attirer des entreprises et des créateurs. Il faudra donc, malgré l'abolition des mesures fiscales, s'assurer que les entreprises y demeurent dynamiques et actives.
Pour ce qui est de la réduction du crédit d'impôt à la production de titres multimédias, il est important de souligner que, dans tout le budget, il s'agit du seul crédit d'impôt applicable à une industrie culturelle à avoir été réduit de 25 %. J'aimerais de plus vous rappeler que [...] l'ensemble de l'industrie est loin d'avoir fait sa place sur les marchés, même au Québec, où dominent largement les produits étrangers.
Pour ce qui est de la réduction de 12,5 % du crédit d'impôt à la recherche scientifique et au développement expérimental, elle frappe aussi un secteur comme celui du multimédia et des contenus numériques [...]. Réduire ce crédit met en péril un avantage concurrentiel dont le Québec pouvait jusqu'à présent se targuer.
Dernier point à propos du budget: l'incertitude reste totale en ce qui concerne le programme «Québec multimédia jeunesse» de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), qui favorise la relève entrepreneuriale et l'intégration des jeunes au secteur du multimédia. L'industrie doit continuer à bénéficier de ce programme car celui-ci offre des solutions au problème crucial de la main-d'oeuvre qualifiée dans ce secteur de l'économie du savoir. [...]
Compte tenu de tout ce qui précède, quelle doit être la vision de l'État québécois à l'égard du multimédia? Dans une première vague, le gouvernement du Québec a adopté un ensemble de mesures visant l'informatisation des foyers et des entreprises privées et publiques. Dans une deuxième vague, après avoir équipé nos écoles d'ordinateurs, il importe de produire des contenus éducatifs interactifs originaux et de qualité pour mettre à profit les avantages du multimédia dans le processus éducatif lui-même. Après avoir informatisé les postes de travail de la fonction publique et favorisé le branchement des ménages, il faut maintenant utiliser le multimédia pour améliorer, accélérer et rendre moins coûteuse la prestation des services gouvernementaux à la population dans toutes les régions du Québec. Après avoir favorisé l'équipement et le branchement des entreprises, nous devons développer la formation interactive de la main-d'oeuvre (e-learning).
Dans les années à venir, la vigueur de notre industrie affectera directement le dynamisme et la compétitivité de nombreux secteurs traditionnels de l'activité économique, culturelle et sociale du Québec. Pour cela, l'industrie québécoise du multimédia, encore fragile, a besoin de tout le soutien que l'État peut lui apporter [...].
Depuis quelques années, l'émergence du numérique et du multimédia a remodelé chaque aspect de nos vies [...]. Cette révolution du numérique marque notre époque, tant par les gains de productivité qu'elle procure que par l'enrichissement culturel qu'elle permet. J'en appelle à vous, M. le premier ministre: le multimédia n'est pas «une industrie comme les autres»; il est l'un des principaux vecteurs d'une révolution technologique dont les répercussions se font sentir sur l'ensemble de l'économie et de la culture, au Québec comme dans tous les pays industrialisés.
À ce sujet, je vous rappelle que tout au long de la campagne électorale, votre parti a prôné, en matière culturelle, un soutien accru aux créateurs. Or, dans le secteur du multimédia et des contenus numériques, plus encore qu'en télévision et en cinéma où — on le sait — la situation est difficile, les créateurs (concepteurs, scénaristes, artistes) ont absolument besoin d'une structure de production, de financement, de diffusion et de mise en marché locale et internationale extrêmement solide.
Pour ces raisons, il nous apparaît que soutenir le secteur du multimédia par des politiques, des programmes et une aide financière adéquats, c'est préserver et augmenter les chances du Québec de participer à l'économie moderne dans un contexte de mondialisation. À cela s'ajoute l'importance de stimuler la présence francophone dans la diversité culturelle planétaire.
L'élimination et la réduction des mesures fiscales contenues au dernier budget surviennent au moment où l'industrie du multimédia est déjà fortement ébranlée par l'insécurité des marchés financiers et la difficulté de trouver du financement privé et boursier. L'abolition des programmes accordant des avantages fiscaux aux entreprises admissibles qui s'établiront dans des sites désignés [...] aura un impact négatif certain sur le développement de notre industrie. À titre d'exemple, la Cité du multimédia constitue aujourd'hui un symbole et un outil promotionnel important dans la compétition que se livrent Montréal et d'autres grands centres nord-américains pour attirer des entreprises et des créateurs. Il faudra donc, malgré l'abolition des mesures fiscales, s'assurer que les entreprises y demeurent dynamiques et actives.
Pour ce qui est de la réduction du crédit d'impôt à la production de titres multimédias, il est important de souligner que, dans tout le budget, il s'agit du seul crédit d'impôt applicable à une industrie culturelle à avoir été réduit de 25 %. J'aimerais de plus vous rappeler que [...] l'ensemble de l'industrie est loin d'avoir fait sa place sur les marchés, même au Québec, où dominent largement les produits étrangers.
Pour ce qui est de la réduction de 12,5 % du crédit d'impôt à la recherche scientifique et au développement expérimental, elle frappe aussi un secteur comme celui du multimédia et des contenus numériques [...]. Réduire ce crédit met en péril un avantage concurrentiel dont le Québec pouvait jusqu'à présent se targuer.
Dernier point à propos du budget: l'incertitude reste totale en ce qui concerne le programme «Québec multimédia jeunesse» de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), qui favorise la relève entrepreneuriale et l'intégration des jeunes au secteur du multimédia. L'industrie doit continuer à bénéficier de ce programme car celui-ci offre des solutions au problème crucial de la main-d'oeuvre qualifiée dans ce secteur de l'économie du savoir. [...]
Compte tenu de tout ce qui précède, quelle doit être la vision de l'État québécois à l'égard du multimédia? Dans une première vague, le gouvernement du Québec a adopté un ensemble de mesures visant l'informatisation des foyers et des entreprises privées et publiques. Dans une deuxième vague, après avoir équipé nos écoles d'ordinateurs, il importe de produire des contenus éducatifs interactifs originaux et de qualité pour mettre à profit les avantages du multimédia dans le processus éducatif lui-même. Après avoir informatisé les postes de travail de la fonction publique et favorisé le branchement des ménages, il faut maintenant utiliser le multimédia pour améliorer, accélérer et rendre moins coûteuse la prestation des services gouvernementaux à la population dans toutes les régions du Québec. Après avoir favorisé l'équipement et le branchement des entreprises, nous devons développer la formation interactive de la main-d'oeuvre (e-learning).
Dans les années à venir, la vigueur de notre industrie affectera directement le dynamisme et la compétitivité de nombreux secteurs traditionnels de l'activité économique, culturelle et sociale du Québec. Pour cela, l'industrie québécoise du multimédia, encore fragile, a besoin de tout le soutien que l'État peut lui apporter [...].
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

