Littérature française - La pièce maîtresse de Chantal Thomas
Guylaine Massoutre
13 novembre 2010
À retenir
- Le Testament d'Olympe
- Chantal Thomas
- Le Seuil
- Paris, 2010, 305 pages
Sur son blogue d'écrivain, intitulé L'Autofictif, le caustique Éric Chevillard reprenait récemment ce truisme: «Existe-t-il rien de plus stupide, de plus malsain, de plus ridicule et de plus fallacieux que les prix littéraires?» Les paris sont ouverts.
Alors que le nombre des écrivains primés en France est exponentiel, certains marmonnent après Gracq: «Qu'il soit ou non un écrivain de qualité, sa littérature est instantanément désamorcée, anéantie, marchandise d'excellent rapport, certes, mais d'un coup privée de toute valeur autre que commerciale, car voici qu'au lieu de s'introduire comme une lame dans le corps social, comme un poison, sa phrase se révèle aussi plate, nulle et satisfaite que la combinaison gagnante d'un jeu d'argent.» Est-ce vrai?
En ces jours où les prestigieux Goncourt et Renaudot viennent d'être attribués, parier sur les bons livres apparaît tel un jeu innocent. Houellebecq, seul présent dans les deux sélections, a-t-il besoin de publicité pour ses poses faciles, son style plat et son air dégoûté — même s'il est souvent drôle? Les prix ne sont-ils, comme son univers, que tendances, ambiances et finances?
Un roman bien ficelé
Le Testament d'Olympe de Chantal Thomas aurait dû l'emporter. Ce roman, grouillant comme Le Parfum de Süskind, plaît à un fidèle lectorat. Pourtant, le sujet a de quoi rebuter puisqu'il raconte les turpitudes du pouvoir au XVIIIe siècle, dont Thomas est une éminente spécialiste.
Prix Femina en 2002, elle a rhabillé Sade et Casanova, Don Juan et Marie-Antoinette, avec talent. Dans Le Testament d'Olympe, elle croise le destin de deux soeurs, que tout oppose et que la vie sépare, induisant une comparaison qui laisse l'imagination vagabonder. Qu'auriez-vous fait à leur place? semble-t-elle insinuer. L'oeuvre est ouverte, plus gouailleuse qu'un traité d'histoire.
Emboîtons-lui le pas. Une soeur raconte l'enfance de l'autre, puis elle meurt; l'autre l'est à peine qu'on découvre son testament, corps substitut à l'entrée en matière. Suivons ces filles obscures dessiner le paysage d'en bas, sous les jupes et entre les draps.
On distingue la jeune Bordelaise au couvent, Apolline, survivant aux ruses d'un Tartuffe de père et d'une marâtre supérieure. Puis on voit Ursule, rebaptisée Olympe dans une brève carrière inaugurée par Richelieu. Rien ne la destine à sortir du rang, sauf qu'en se prêtant au libertinage, elle y est remarquée: Louis XV fera d'elle sa maîtresse.
Ce chemin n'est pas droit. De la misère du peuple aux fastes délirants d'un régime corrompu, Olympe connaît tous les stades, régressions, ascensions, risques effroyables. Elle sort de l'aventure comme une chienne: la Pompadour veille au grain. Tant pis pour l'enfant issu de la débauche, simple dommage, dirait-on ailleurs, collatéral.
Thomas plonge avec allant dans un monde écoeurant et féroce. Rien ne rend cette époque attachante, ni la religion ni la royauté, sinon que les Encyclopédistes avaient fort à faire pour arracher l'ivraie. La nôtre aime de tels drames populaires et pervers, ce grouillement d'un temps où il était plus facile de brutaliser une intrigante que d'utiliser des privilèges pour faire progresser le bien commun. C'est vieux, neuf, rebattu, reconnu. Justement, ce frisson-là fait peur.
***
Collaboratrice du Devoir
***
Le Testament d'Olympe
Chantal Thomas
Le Seuil
Paris, 2010, 305 pages
Alors que le nombre des écrivains primés en France est exponentiel, certains marmonnent après Gracq: «Qu'il soit ou non un écrivain de qualité, sa littérature est instantanément désamorcée, anéantie, marchandise d'excellent rapport, certes, mais d'un coup privée de toute valeur autre que commerciale, car voici qu'au lieu de s'introduire comme une lame dans le corps social, comme un poison, sa phrase se révèle aussi plate, nulle et satisfaite que la combinaison gagnante d'un jeu d'argent.» Est-ce vrai?
En ces jours où les prestigieux Goncourt et Renaudot viennent d'être attribués, parier sur les bons livres apparaît tel un jeu innocent. Houellebecq, seul présent dans les deux sélections, a-t-il besoin de publicité pour ses poses faciles, son style plat et son air dégoûté — même s'il est souvent drôle? Les prix ne sont-ils, comme son univers, que tendances, ambiances et finances?
Un roman bien ficelé
Le Testament d'Olympe de Chantal Thomas aurait dû l'emporter. Ce roman, grouillant comme Le Parfum de Süskind, plaît à un fidèle lectorat. Pourtant, le sujet a de quoi rebuter puisqu'il raconte les turpitudes du pouvoir au XVIIIe siècle, dont Thomas est une éminente spécialiste.
Prix Femina en 2002, elle a rhabillé Sade et Casanova, Don Juan et Marie-Antoinette, avec talent. Dans Le Testament d'Olympe, elle croise le destin de deux soeurs, que tout oppose et que la vie sépare, induisant une comparaison qui laisse l'imagination vagabonder. Qu'auriez-vous fait à leur place? semble-t-elle insinuer. L'oeuvre est ouverte, plus gouailleuse qu'un traité d'histoire.
Emboîtons-lui le pas. Une soeur raconte l'enfance de l'autre, puis elle meurt; l'autre l'est à peine qu'on découvre son testament, corps substitut à l'entrée en matière. Suivons ces filles obscures dessiner le paysage d'en bas, sous les jupes et entre les draps.
On distingue la jeune Bordelaise au couvent, Apolline, survivant aux ruses d'un Tartuffe de père et d'une marâtre supérieure. Puis on voit Ursule, rebaptisée Olympe dans une brève carrière inaugurée par Richelieu. Rien ne la destine à sortir du rang, sauf qu'en se prêtant au libertinage, elle y est remarquée: Louis XV fera d'elle sa maîtresse.
Ce chemin n'est pas droit. De la misère du peuple aux fastes délirants d'un régime corrompu, Olympe connaît tous les stades, régressions, ascensions, risques effroyables. Elle sort de l'aventure comme une chienne: la Pompadour veille au grain. Tant pis pour l'enfant issu de la débauche, simple dommage, dirait-on ailleurs, collatéral.
Thomas plonge avec allant dans un monde écoeurant et féroce. Rien ne rend cette époque attachante, ni la religion ni la royauté, sinon que les Encyclopédistes avaient fort à faire pour arracher l'ivraie. La nôtre aime de tels drames populaires et pervers, ce grouillement d'un temps où il était plus facile de brutaliser une intrigante que d'utiliser des privilèges pour faire progresser le bien commun. C'est vieux, neuf, rebattu, reconnu. Justement, ce frisson-là fait peur.
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Collaboratrice du Devoir
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Le Testament d'Olympe
Chantal Thomas
Le Seuil
Paris, 2010, 305 pages
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