Nouveaux-nés: Sainte-Justine manque de place aux soins intensifs
Victime de sa spécialisation, l'hôpital Sainte-Justine dépasse de plus en plus fréquemment sa capacité d'accueil aux soins intensifs néonataux, au point où il doit fermer sporadiquement cette unité, envisager le transfert de nouveaux-nés vers d'autres centres hospitaliers et refuser ses propres patientes enceintes, faute d'espace et d'équipement.
Selon les informations recueillies par Le Devoir et confirmées hier par la direction de l'hôpital pédiatrique de Montréal, l'unité de soins intensifs pour nouveaux-nés a dû fermer ses portes entre les 21 et 23 juin derniers et envisager le transfert de deux bébés en détresse vers l'Hôpital général juif. «Les patientes ont été prévenues que si leur bébé avait besoin de soins intensifs, on aurait été obligés de les transférer au Jewish», explique le Dr Lucie Poitras, directrice des services professionnels au Centre mère-enfant de Sainte-Justine. «Ça ne s'est pas passé parce que les bébés se sont portés mieux. On a été... chanceux.»
Avec une capacité d'accueil de 19 lits aux soins intensifs, cette fin de semaine de juin a été particulièrement brûlante avec l'arrivée inopinée, en l'espace d'une heure et demie, de triplés et de jumeaux aux soins intensifs. «Ça déborde comme ça de plus en plus souvent durant l'année», poursuit le Dr Poitras, précisant que la capacité d'accueil moyenne aux soins intensifs est passée de 10 lits par année à plus de 16 au cours de la dernière année. Malgré l'ajout de ressources et l'augmentation de la quantité de lits, le nombre annuel de refus continue d'osciller autour de 100.
Pour ajouter au phénomène, les propres patientes de Sainte-Justine, des femmes enceintes ayant fait le choix de cet hôpital — l'un des centres de référence pour grossesses à risque —, auraient pu se heurter à une porte close cette fameuse fin de semaine, faute d'espace. Là encore, l'administration a joué de chance puisque aucune de ces patientes n'a eu ses premières contractions lors de cette fin de semaine de juin.
«Pour la première fois chez nous, nous n'aurions pas été capables de recevoir, même l'espace de quelques heures, nos propres patientes», explique en effet Céline Pilon, infirmière et gestionnaire administrative pour le programme mère-enfant. «C'est vraiment embêtant, mais en même temps, on ne peut pas préserver des lits vides pour nos patientes», ajoute le Dr Poitras.
L'hôpital Sainte-Justine est à un tel niveau de spécialisation pour les soins des bébés prématurés que selon le souhait formulé par le Collège des médecins du Québec dans un rapport publié en 1998, les grossesses à risque y sont de plus en plus souvent acheminées. S'ils sont souhaitables et salués par Sainte-Justine, ces «transferts» venus d'hôpitaux moins spécialisés font en sorte que la capacité d'accueil des soins intensifs néonataux est de plus en plus fréquemment atteinte.
«Ce n'est même pas une question de manque de personnel, explique le Dr Poitras. On parle de cas où on n'a plus de pompe, plus de respirateur, plus d'espace physique, plus d'équipement. Carrément plus de place.» À ces situations s'ajoute aussi la capacité électrique de l'unité de soins intensifs néonataux, qui atteint parfois une limite ne permettant aucun branchement additionnel.
Les rénovations sont urgentes, explique Céline Pilon. Les soins intensifs n'ont pas été retouchés depuis 1974, et les soins intermédiaires, depuis 1957, année de construction de l'hôpital! «Les normes nous obligent à un minimum d'espace de 150 pieds carrés autour d'un patient en néonatalité, et nous sommes actuellement à 60. Nous fonctionnons vraiment au maximum de la capacité d'accueil, dans des lieux physiques inadéquats», explique Céline Pilon.
La réorientation des cas les plus lourds vers des centres spécialisés comme Sainte-Justine est «souhaitable, et nous sommes tout à fait en accord avec cela, parce que cette concentration correspond à ce qui est le mieux pour les bébés, explique Lucie Poitras. Mais tout cela est arrivé un peu trop vite pour notre capacité d'accueil, et le phénomène est en croissante constante.»
Les avancées scientifiques ainsi que la capacité de plus en plus grande de sauver les bébés de très petit poids ajoutent sans doute au phénomène, selon l'interprétation des autorités de l'hôpital, puisque des bébés qui n'auraient pas survécu il y a quelques années à peine occupent aujourd'hui un large espace de cette unité de soins intensifs.
L'ensemble de ces événements, de même que les débordements de plus en plus fréquents, a mené certains membres de l'équipe médicale à dénoncer la situation, qu'ils jugent «inacceptable», spécialement pour les patientes de Sainte-Justine qui, après avoir choisi cet hôpital précisément pour le niveau de soins qu'il procure, pourraient être redirigées vers un autre hôpital.
La solution? Un plan de réaménagement de cette unité, plan conçu en 1999 et dont la première phase coûterait quelque 3,5 millions. Sur un ensemble de 57 lits en soins intensifs et intermédiaires, on souhaiterait pouvoir en réaménager 27 afin de permettre une certaine souplesse en ce qui concerne le niveau de soins à prodiguer aux très jeunes patients. «Actuellement, on n'a pas de marge, la pression est trop forte, explique Lucie Poitras. À 19 lits, on ne peut plus rien faire. Avec notre plan, on devrait pouvoir convertir des lits en soins intermédiaires ou intensifs, au besoin.»
La demande est actuellement sur le bureau du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. «C'est un dossier qu'on regarde de façon très étroite actuellement», a confirmé hier l'attachée de presse du ministre, Katie Rouleau, ajoutant que la décision devrait être «imminente». Le dossier de Sainte-Justine fait partie de l'analyse des deux hôpitaux universitaires pour lesquels l'administration libérale a promis de faire le point au cours des six prochains mois.
Rappelons qu'en février dernier, lors d'une démarche extraordinaire, des médecins «exaspérés» de l'hôpital Sainte-Justine avaient convoqué la presse pour dénoncer la crise qui secouait leur hôpital: à la suite d'un manque important de lits disponibles à l'unité de soins intensifs, des chirurgies majeures avaient dû être reportées, laissant des enfants malades sur le carreau.
«Chez nous, les femmes accouchent, on ne peut pas les reporter!», explique Lucie Poitras, qui confirme les similitudes entre la situation dénoncée à l'époque par les médecins et la crise que connaît actuellement l'unité de soins intensifs néonataux.
Selon les informations recueillies par Le Devoir et confirmées hier par la direction de l'hôpital pédiatrique de Montréal, l'unité de soins intensifs pour nouveaux-nés a dû fermer ses portes entre les 21 et 23 juin derniers et envisager le transfert de deux bébés en détresse vers l'Hôpital général juif. «Les patientes ont été prévenues que si leur bébé avait besoin de soins intensifs, on aurait été obligés de les transférer au Jewish», explique le Dr Lucie Poitras, directrice des services professionnels au Centre mère-enfant de Sainte-Justine. «Ça ne s'est pas passé parce que les bébés se sont portés mieux. On a été... chanceux.»
Avec une capacité d'accueil de 19 lits aux soins intensifs, cette fin de semaine de juin a été particulièrement brûlante avec l'arrivée inopinée, en l'espace d'une heure et demie, de triplés et de jumeaux aux soins intensifs. «Ça déborde comme ça de plus en plus souvent durant l'année», poursuit le Dr Poitras, précisant que la capacité d'accueil moyenne aux soins intensifs est passée de 10 lits par année à plus de 16 au cours de la dernière année. Malgré l'ajout de ressources et l'augmentation de la quantité de lits, le nombre annuel de refus continue d'osciller autour de 100.
Pour ajouter au phénomène, les propres patientes de Sainte-Justine, des femmes enceintes ayant fait le choix de cet hôpital — l'un des centres de référence pour grossesses à risque —, auraient pu se heurter à une porte close cette fameuse fin de semaine, faute d'espace. Là encore, l'administration a joué de chance puisque aucune de ces patientes n'a eu ses premières contractions lors de cette fin de semaine de juin.
«Pour la première fois chez nous, nous n'aurions pas été capables de recevoir, même l'espace de quelques heures, nos propres patientes», explique en effet Céline Pilon, infirmière et gestionnaire administrative pour le programme mère-enfant. «C'est vraiment embêtant, mais en même temps, on ne peut pas préserver des lits vides pour nos patientes», ajoute le Dr Poitras.
L'hôpital Sainte-Justine est à un tel niveau de spécialisation pour les soins des bébés prématurés que selon le souhait formulé par le Collège des médecins du Québec dans un rapport publié en 1998, les grossesses à risque y sont de plus en plus souvent acheminées. S'ils sont souhaitables et salués par Sainte-Justine, ces «transferts» venus d'hôpitaux moins spécialisés font en sorte que la capacité d'accueil des soins intensifs néonataux est de plus en plus fréquemment atteinte.
«Ce n'est même pas une question de manque de personnel, explique le Dr Poitras. On parle de cas où on n'a plus de pompe, plus de respirateur, plus d'espace physique, plus d'équipement. Carrément plus de place.» À ces situations s'ajoute aussi la capacité électrique de l'unité de soins intensifs néonataux, qui atteint parfois une limite ne permettant aucun branchement additionnel.
Les rénovations sont urgentes, explique Céline Pilon. Les soins intensifs n'ont pas été retouchés depuis 1974, et les soins intermédiaires, depuis 1957, année de construction de l'hôpital! «Les normes nous obligent à un minimum d'espace de 150 pieds carrés autour d'un patient en néonatalité, et nous sommes actuellement à 60. Nous fonctionnons vraiment au maximum de la capacité d'accueil, dans des lieux physiques inadéquats», explique Céline Pilon.
La réorientation des cas les plus lourds vers des centres spécialisés comme Sainte-Justine est «souhaitable, et nous sommes tout à fait en accord avec cela, parce que cette concentration correspond à ce qui est le mieux pour les bébés, explique Lucie Poitras. Mais tout cela est arrivé un peu trop vite pour notre capacité d'accueil, et le phénomène est en croissante constante.»
Les avancées scientifiques ainsi que la capacité de plus en plus grande de sauver les bébés de très petit poids ajoutent sans doute au phénomène, selon l'interprétation des autorités de l'hôpital, puisque des bébés qui n'auraient pas survécu il y a quelques années à peine occupent aujourd'hui un large espace de cette unité de soins intensifs.
L'ensemble de ces événements, de même que les débordements de plus en plus fréquents, a mené certains membres de l'équipe médicale à dénoncer la situation, qu'ils jugent «inacceptable», spécialement pour les patientes de Sainte-Justine qui, après avoir choisi cet hôpital précisément pour le niveau de soins qu'il procure, pourraient être redirigées vers un autre hôpital.
La solution? Un plan de réaménagement de cette unité, plan conçu en 1999 et dont la première phase coûterait quelque 3,5 millions. Sur un ensemble de 57 lits en soins intensifs et intermédiaires, on souhaiterait pouvoir en réaménager 27 afin de permettre une certaine souplesse en ce qui concerne le niveau de soins à prodiguer aux très jeunes patients. «Actuellement, on n'a pas de marge, la pression est trop forte, explique Lucie Poitras. À 19 lits, on ne peut plus rien faire. Avec notre plan, on devrait pouvoir convertir des lits en soins intermédiaires ou intensifs, au besoin.»
La demande est actuellement sur le bureau du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. «C'est un dossier qu'on regarde de façon très étroite actuellement», a confirmé hier l'attachée de presse du ministre, Katie Rouleau, ajoutant que la décision devrait être «imminente». Le dossier de Sainte-Justine fait partie de l'analyse des deux hôpitaux universitaires pour lesquels l'administration libérale a promis de faire le point au cours des six prochains mois.
Rappelons qu'en février dernier, lors d'une démarche extraordinaire, des médecins «exaspérés» de l'hôpital Sainte-Justine avaient convoqué la presse pour dénoncer la crise qui secouait leur hôpital: à la suite d'un manque important de lits disponibles à l'unité de soins intensifs, des chirurgies majeures avaient dû être reportées, laissant des enfants malades sur le carreau.
«Chez nous, les femmes accouchent, on ne peut pas les reporter!», explique Lucie Poitras, qui confirme les similitudes entre la situation dénoncée à l'époque par les médecins et la crise que connaît actuellement l'unité de soins intensifs néonataux.
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